Monuments

VAN DEN BERG Albert

Mémorial Albert van den Berg.
Liège – rue du Laveu, passage van den Berg ; 22 novembre 2010.
Réalisé par Halinka Jakubowska.

« J’ai gravé une chaine d’étoiles de David pour évoquer le réseau qu’il avait mis en place. Des petites étoiles, puis des plus grandes. Certaines sont effacées, car tout le monde n’a pas survécu… » commentait Halinka Jakubowska, dans une interview au journal Le Soir, au sujet du mémorial van den Berg qu’elle signe en 2010 dans le quartier du Laveu, à Liège. Docteur en Droit de l’Université de Liège, invalide de la Grande Guerre et décoré de la Croix de feu, Albert van den Berg (1890-1945) a reçu le titre de Juste parmi les nations de l’Institut Yad Vashem en 1995. Durant la Seconde Guerre mondiale, il s’est en effet mobilisé pour sauver des vies, certes la sienne et celle de ses proches, mais surtout celle de nombreux enfants et adultes juifs persécutés par l’occupant. Avec l’aide de milieux catholiques (l’évêque de Liège Louis-Joseph Kerkhofs, les sœurs franciscaines et celles de Saint-Vincent-de-Paul), il parvient à mettre en place un réseau qui procure de faux papiers d’identité et cache des enfants juifs dans deux homes de Banneux et qui se montre particulièrement efficace de 1942 à 1944. Dénoncé en 1943, Albert van den Berg est envoyé en Allemagne dont il ne devait jamais revenir.
En 1960, un premier mémorial lui est consacré à Banneux, mais ce n’est qu’en 2010 que, en collaboration avec Guy Wolf qui préside le Foyer culturel juif de Liège, la ville de Liège pose un geste officiel similaire en inaugurant une stèle dans un endroit de la cité qui est un lieu de passage fréquenté et qui porte déjà le nom d’Albert van den Berg. La cérémonie se déroule en présence de l’ambassadeur d’Israël, des autorités locales et en particulier du bourgmestre de Liège, ainsi que du consul d’Israël à Liège. Reconnu officiellement en 1995 « Juste parmi les nations » par l’Institut Yad Vashem (comme avant lui, en 1981, l’évêque Louis-Joseph Kerkhofs), Albert van den Berg avait contribué à sauver près de 400 enfants juifs ainsi que le rappelle le texte gravé sur la pierre bleue du mémorial :

QUI SAUVE UNE VIE SAUVE L’UNIVERS TOUT ENTIER
LE PEUPLE JUIF RECONNAISSANT

Albert Van den Berg
Juste parmi les Nations

Mort en déportation (1890-1945)
Le réseau qu’il créa avec
son beau-frère Georges Fonsny
a sauvé 400 enfants juifs
condamnés à mort
par la barbarie nazie

Si la face avant du monument est une surface polie, l’arrière par contre a été laissé brut, l’épaisseur étant de taille variable.
Artiste d’origine polonaise, née à Slubice en 1952, Halinka Jakubowska avait découvert Liège en 1972 et s’y est définitivement fixée ; elle y mène des études à l’Académie des Beaux-Arts avant de poursuivre sa formation à Anderlecht à l’Académie, où elle se spécialise dans la rénovation de la pierre et du bois. En 1990, le prix de la pierre lui est décerné par l’Association des Maîtres Tailleurs de pierre de la province de Liège ; il s’agit de la première des nombreuses reconnaissances accordées à son travail : la pierre, puis le bronze, et progressivement la fonte sont autant de matières qui font l’objet de ses sculptures abstraites, d’intérieur ou d’extérieur, de petits formats ou monumentales. Jouant souvent sur la dualité, confrontant les matériaux (pierre et bronze) ou leur traitement (pierre polie aux bords rugueux), elle remporte plusieurs concours publics, dont celui de la fontaine de la place Saint-Séverin à Huy (1991), celui de la fontaine pour la Place saint-Lambert à Liège (1997), voire la fontaine de la place Patria à Soumagne (intitulée La Porte, en 2008). En 1995, l’année où elle achève l’hommage aux soldats polonais destiné au monument Interallié de Cointe, elle avait aussi séduit le jury formé pour désigner le sculpteur du mémorial Jean Gol. Prix Techni-Pierre de la Région wallonne 1992, prix Hembecca de la sculpture (1995) et prix Louis Schmidt (1995), prix de la Galerie Juvénal de la biennale d’art contemporain de Huy (2007), celle qui a été élue « Polonaise de l’année 2011 en Belgique » a exposé dans de nombreux endroits en Wallonie, plus particulièrement en province de Liège, ainsi qu’à Bruxelles, à Paris, en Suisse et aux Pays-Bas, seule ou lors d’expositions collectives.

Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse, en particulier Le Soir et La Libre du 24 novembre 2010
Léon PAPELEUX, Un Liégeois qui sauva des centaines de juifs (1940-1944), dans La Vie Wallonne, 1980, t. LIV, p. 280-290 ; 1981, t. LV, p. 129-208
Une certaine idée de la Wallonie. 75 ans de Vie wallonne, Liège, 1995, numéro spécial de La Vie wallonne, t. LXIX, p. 252-253
Daniel DRATWA, Un aspect de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale en Belgique : les monuments juifs, dans Rudi VAN DOORSLAER (dir.), Les Juifs de Belgique de l’immigration au génocide. 1925-1945, Bruxelles, CERHSGM, 1994, p. 209-222
ENGELEN-MARX, La sculpture en Belgique à partir de 1830, Bruxelles, août 2006, t. III, p. 1574
Joseph TORDOIR, Des libéraux de pierre et de bronze. 60 monuments érigés à Bruxelles et en Wallonie, Bruxelles, Centre Jean Gol, 2014, p. 199-202
Informations communiquées par l’ambassade d’Israël (juillet 2015)
http://www.rtc.be/reportages/societe/1440880-un-monument-a-la-memoire-de-albert-van-den-berg
http://reflexions.ulg.ac.be/cms/c_384587/fr/la-reconnaissance-des-justes-un-processus-memoriel-delicat?portal=j_55&printView=true
http://www.halinka-jakubowska.be/video_teletourisme.html
http://www.halinka-jakubowska.be/index.html
http://www.yadvashem.org/yv/en/righteous/statistics/belgium.pdf (s.v. juillet 2015)

 

 

Stèle Henri Tudor (Florival, Grez-Doiceau)

Stèle Henri Tudor (Florival, Grez-Doiceau)

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VAN DEN BERG Albert
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Stèle Henri Tudor (Florival, Grez-Doiceau)
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TUDOR Henri

Stèle commémorative Henri Tudor, réalisée par Georges Vandevoorde, date inconnue.

À Florival (Grez-Doiceau), sur le site de l’ancienne usine Tudor, au cœur d’une large pelouse, s’élève un monument en pierre rouge dédié à Henri Tudor. Le nom de l’industriel est la seule mention qui subsiste sur la face avant du monument abîmé par le temps, tandis qu’un bas-relief, exécuté par Georges Vandevoorde (1878-1964), représente le profil gauche de l’industriel barbu. Un plant de rhododendrons semble vouloir continuer à fleurir au pied de ce souvenir en pierre d’une prospérité passée. D’usine Tudor, il n’est en effet plus question depuis 1995. Succède à Tudor producteur de batterie le distributeur Exide Technologies qui continue d’occuper les bâtiments que l’investisseur luxembourgeois avait fait construire au XIXe siècle.
Durant ses études à l’Université libre de Bruxelles, à l’école polytechnique (1879-1883), Henri Owen Tudor, citoyen du grand-duché de Luxembourg, se passionne pour l’électricité, en particulier pour la dynamo inventée par Zénobe Gramme en 1869 et pour la lampe à incandescence que commercialise Edison. Dès 1881, Tudor parvient à mettre au point un système pour stocker l’énergie électrique à partir d’accumulateur au plomb, perfectionnant ainsi l’invention de Gaston Planté (remontant à 1859). Depuis son village natal de Rosport, il parvient à valoriser son invention (l’électrode à grande surface) et à passer le cap de la fabrication industrielle. Dès 1886, Tudor parvient à convaincre les autorités d’Echternach de remplacer les réverbères à pétrole par un éclairage électrique : l’expérience est concluante et, très vite, Tudor doit constituer un Société anonyme belge pour l’Éclairage Public par l’Électricité afin de répondre à des sollicitations de localités belges, avant de se tourner aussi vers de nouveaux marchés en Allemagne, en Scandinavie et en Europe centrale.
Quand son usine de Rosport devient trop petite et alors que le grand-duché reste confiné dans le Zollverein imposé par Berlin, Henri Tudor décide de s’implanter en Brabant wallon, rachetant l’ancienne abbaye cistercienne de Florival, à Grez-Doiceau. C’est là, de 1901 jusqu’en 1995, que vont être fabriquées les batteries Tudor. Inventeur et investisseur, Tudor était présent à l’exposition universelle de Liège en 1905, avec un chariot dit « energy-car ». Peut-être est-ce là que sa route croise celle de Henri Pieper. Les deux hommes participent alors à la mise au point de l’Auto-Mixte, Tudor fournissant les accumulateurs électriques. À partir de 1908, il construit des batteries pour voitures à Florival sous la dénomination SA Accumulateurs Tudor. « Auto-Mixte », modèle exceptionnel de voiture hybride (pétrole, batterie électrique), rencontrera un certain succès en Europe jusqu’à la Grande Guerre, mais finalement ne parviendra pas à percer.
Si les successeurs des entreprises Tudor sont aujourd’hui dispersés à travers le monde, c’est à Grez-Doiceau que subsiste le monument honorant l’initiateur de cette aventure industrielle qui dure depuis plus d’un siècle. Le bas-relief est dû au talent de Georges Vandevoorde, sculpteur originaire de Courtrai, où il fit ses études à l’Académie sous la direction de Constant Devreese. Formé également auprès de Julien Dillens et de Charles Van der Stappen, Vandevoorde est occupé durant sept années aux côtés du sculpteur wallon Victor Rousseau, dans son atelier bruxellois (en 1958, il signera le monument Rousseau inauguré à Forest). Médailles et sculptures n’ont guère de secrets pour cet artiste qui affectionne les portraits, les nus et les allégories. Comme ses contemporains, il est souvent sollicité pour des monuments aux morts des deux guerres (Gembloux, Jemelle, Braine-le-Comte, etc.), tout en réalisant des œuvres d’inspiration personnelle ou de commande (comme des décorations pour des parcs publics à Bruxelles). Professeur à l’Académie de Molenbeek-saint-Jean, il en devient le directeur, tout en étant inspecteur dans l’enseignement artistique provincial du Brabant.

Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
http://www.aliai.lu/YT2010/wp-content/uploads/2009/01/rt20063b.pdf (sv. novembre 2013)
Michel BEDEUR, Henri Pieper : Un génie créateur : 1867-1952, Andrimont, Vieux-Temps, 2003, p. 61-65
Henri WERNER, Ernest REITER, Henri Owen Tudor - l'impact d'une idée, Luxembourg 2009
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. II, p. 613

 

Stèle Henri Tudor (Florival, Grez-Doiceau)

Stèle Henri Tudor (Florival, Grez-Doiceau)

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rue de Florival – 1390 Florival (Grez-Doiceau)
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TUDOR Henri
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Stèle Henri Tudor (Florival, Grez-Doiceau)
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TRÉSIGNIES Léon

Plaque commémorative au caporal Léon Trésignies, à l’initiative des autorités locales, c. 2012.

Pendant plusieurs années, la façade de la maison natale de Léon Trésignies, à Bierghes (Rebecq) présentait, entre les deux fenêtres du premier étage, légèrement à droite au-dessus de la porte d’entrée, une plaque commémorative dédiée à ce soldat héros de la Grande Guerre. Il s’agissait d’un marbre blanc stylisé sur sa partie supérieure, où étaient gravées deux palmes, en haut à gauche et à droite, et la mention suivante, au centre :

AU
CAPORAL
TRESIGNIES
NÉ À BIERGHES
LE 26 MARS 1886
HOMMAGE ET RECONNAISSANCE
1914 – 1918

La rue du village, où se situait la maison natale, fut d’ailleurs rebaptisée à son nom. Pendant plusieurs années aussi, la maison figurait sur le parcours d’une promenade rendant hommage aux héros de la localité (Rebecq Historical Association). Vers 2009-2010, la bâtisse a été rasée et de nouvelles maisons ont été construites. La plaque commémorative, quant à elle, a été préservée et apposée sur le monument aux morts des deux guerres de Bierghes, située à hauteur du rond-point de la place Léopold Nuttinck et de la rue caporal Trésignies. Construit en briques, le monument aux morts présente en effet la particularité d’être composé de trois parties relativement distinctes mais réunies : au centre, la partie la plus haute, est dédiée aux victimes de la Grande Guerre ; la partie de droite aux victimes de 1940-1944 et celle de gauche accueille la plaque en marbre blanc, en dessous de laquelle a été placé un médaillon avec la photographie du visage de Trésignies.
Ouvrier aux chemins de fer, ce natif de Rebecq a été mobilisé en août 1914 comme de nombreux autres jeunes Wallons de sa génération. Il a rejoint directement la 2e compagnie, 3e bataillon du 2e Chasseur à pied. Arrivé à hauteur du canal de Willebroeck, bloqué par les Allemands, il a fait la preuve d’un courage tel que le statut de héros lui a été immédiatement attribué. Il s’est en effet porté volontaire pour plonger dans le canal et tenter d’actionner le mécanisme du pont-levis. Repéré par les Allemands, il est abattu sur place (26 août 1914). Il est cité à l’ordre du jour de l’Armée belge le 15 septembre 1914 : « Au caporal Trésignies, le héros de Pont-Brûlé, il honora son régiment, l’armée et la nation ». Très vite, il devient le héros du Pont-Brûlé, un héros de la résistance nationale auquel de nombreux hommages seront rendus après l’Armistice, grâce à l’initiative de la Ligue du Souvenir ; tandis qu’une souscription est lancée dans toute la Belgique pour un monument à élever à hauteur du Pont-Brûlé et que Charleroi lui rend aussi hommage, sa commune natale ne pouvait faire moins que d’apposer une plaque commémorative sur sa maison natale et de continuer d’honorer sa mémoire : outre la présence de la plaque sur le monument aux morts et par conséquent les hommages annuels, le caporal a été au centre d’une exposition, en 2014, organisée au Moulin d’Arenberg, dans le cadre du centième anniversaire de la Grande Guerre.

http://www.1914-1918.be/photo.php?image=photos/tresignies/tresignies_02.jpg
http://www.bel-memorial.org/names_on_memorials/display_names_on_mon.php?MON_ID=1154  (s.v. juillet 2015)
Yves VANDER CRUYSEN, Un siècle d’histoires en Brabant wallon, Bruxelles, Racine, 2007, p. 51-52
Raymond GILON, Les Carnets de la mobilisation 38-40, Liège, Dricot, s.d., p. 308
Arthur DELOGE, Le caporal Trésignies, le héros du Pont-Brûlé, Bruxelles, ACJB, 1922
Camille BUFFIN, La Belgique héroïque et vaillante, Paris, 1916, p. 117-119

 

Plaque Léon Trésignies (Bierghes)

Plaque Léon Trésignies (Bierghes)

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rue caporal Trésignies, date de l’inauguration inconnue ; ensuite place Léopold Nuttinck, c. 2012 – 1430 Bierghes
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TRÉSIGNIES Léon
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Plaque Léon Trésignies (Bierghes)
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THIRIONET Édouard

Plaque commémorative sur la maison natale d’Édouard Thirionet, réalisée à l’initiative des Rèlîs namurwès et de l’Association des écrivains wallons anciens combattants, 26 octobre 1930.

En février 1930, quand décède Édouard Thirionet (1891-1930), c’est l’un des piliers de l’association des Rèlîs namurwès qui disparaît. S’il n’était pas parmi les quatre fondateurs en 1909, il est le premier membre extérieur recruté dès 1910 par cette association fondée pour l’étude et l’encouragement de la littérature wallonne, en particulier du wallon namurois. Il en sera aussi le quatrième président, de 1924 à 1930. Afin de préserver le souvenir de cette personnalité jamboise particulièrement impliquée dans la vie culturelle locale et dans la valorisation de la langue wallonne, ses amis des Rèlîs et de l’Association des écrivains wallons anciens combattants s’empressent d’apposer une plaque commémorative sur la façade de la maison natale de Thirionet, en associant à la fois les autorités politiques locales, la Fédération des Invalides, le Comité de Wallonie, la Fédération wallonne, les Pierrots philanthropes, la société Moncrabeau, l’Association des écrivains wallons anciens combattants et le Club La Perle, autant de cercles dans lesquels Thirionet était fort actif.
Contrôleur des contributions à Auvelais, cet ancien étudiant de l’Athénée de Namur avait contribué grandement aux expériences éditoriales des Rèlîs namurwès, que ce soit dans Lî Ban Cloke (1909-1911), ainsi que pendant la Grande Guerre, voire aussi au Guetteur wallon. Usant des pseudonymes de Maulair et Djean Kîrit, il croque, en wallon, une série de types namurois, bien connue sous le titre de Djins d’nos djins. C’est la maladie contractée au moment où il était prisonnier dans les camps allemands qui eut finalement raison de celui qui était un compagnon de la lutte wallonne de François Bovesse. Témoignage de son engagement wallon, il avait souhaité que son cercueil soit recouvert du drapeau wallon. En octobre 1930, les autorités politiques locales ainsi que les militants wallons de Namur étaient présents pour l’inauguration de la plaque en marbre apposée sur sa maison natale.

Paul DELFORGE, Encyclopédie du Mouvement wallon, Charleroi, Institut Destrée, 2001, t. III, p. 1524
Émile ROBIN, À la mémoire d’Édouard Thirionet, dans Le Guetteur wallon, novembre 1930, nlle série, n°2, p. 56-60
Lucien MARÉCHAL, Vingt-cinq années d'activité wallonne du cercle royal littéraire Les Relis Namurwès, dans Le Guetteur wallon, avril 1934, 10e année, n°129, nlle série n°43, p.  147
Les Kriegscayès. Un témoignage de guerre inédit en wallon, Namur, Rèlîs Namurwès, 2015, p. 84-86
Association des Ecrivains wallons Anciens combattants, Xe anniversaire. Plaquette-Souvenir, 1931, p. 18

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Adresse : 
rue du Commerce – 5100 Jambes
Titre alternatif : 
THIRIONET Édouard
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THÉROIGNE DE MÉRICOURT

Stèle à la mémoire de Théroigne de Méricourt, réalisée à l’initiative du SI de Marcourt, 5 août 1989.

Sur un bloc de pierre installé devant le syndicat d’initiative de Marcourt, une plaque rend hommage à une jeune fille née dans ce petit village au XVIIIe siècle et qui s’est distinguée, à Paris, durant les années décisives de la Révolution française. Comme l’indique l’inscription :

THEROIGNE DE MERICOURT
EST NÉE A MARCOURT
LE 13 AOÛT 1762
ANNE JOSEPHE DITE DE MERICOURT.
FILLE DE PIERRE THEROIGNE ET
D’ELISABETH LAHAYE DE MARCOURT
DÉCÉDÉ À PARIS LE 8 JUIN 1817.
ELLE A PARTICIPE
A LA RÉVOLUTION FRANÇAISE
ET A LA PROPAGANDE DE LA JUSTICE
ET DU BON DROIT.

Anne-Josèphe Terwagne (ou Théroigne, les orthographes varient très fort) est une figure mythique de cette période troublée qui va de 1789 à 1794. Après avoir beaucoup voyagé en Europe, la jeune fille est à Paris au printemps 1789. Beaucoup de rumeurs alimentent la notoriété de la « Belle Liégeoise » dont il semble établi qu’elle assiste à la visite du roi à l’hôtel de ville (17 juillet), qu’elle s’assied fréquemment dans la tribune de l’Assemblée nationale pour assister aux débats, qu’elle tient salon rue du Boulay et qu’elle constitue avec Romme un cercle politique qui défend des idéaux démocratiques. Prenant résolument le parti des républicains contre les royalistes (1792), prenant en tout cas le parti de Brissot, elle semble vouloir développer un programme dans lequel la femme est appelée à jouer un rôle actif dans la société. Peu suivie par les femmes elles-mêmes, regardée avec circonspection par ses « amis » politiques, Théroigne de Méricourt (ainsi que la surnommait la presse royaliste) devient par contre le porte-fanion de tous les combats sous la plume de certains biographes : ils lui accordent un premier rôle dans les différents événements sanglants qui marquent 1792 et le début de 1793. Passée à tabac et outragée par des « jacobines » (mai 1793), elle sombre dans la dépression nerveuse et mentale. Sa vie mouvementée nourrira les imaginations, dès le siècle du romantisme, au point d’en faire une des premières féministes. Le village de Marcourt n’a pas échappé au phénomène : le curé de la paroisse obtint au tournant du XIXe et du XXe siècle de faire démolir la maison natale de cette héroïne aux idées révolutionnaires.
En l’absence de lieu de mémoire, le syndicat d’initiative de Marcourt saisit l’occasion des célébrations du bicentenaire des événements de 1789 pour lancer le projet d’élever une stèle en l’honneur de la jeune femme et de ses idées. L’inauguration de la stèle s’est déroulée le 5 août 1989, dans le cadre de l’émission Télé-tourisme, avec représentation théâtrale, kermesse et barbecue. La stèle est située en face de l’emplacement qu’occupait jadis la maison natale d’A-J. Terwagne.

Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse, en particulier Le Soir, 7 août 1989
Félix MAGNETTE, dans Biographie nationale, t. 24, col. 760-768
Félix MAGNETTE, Théroigne de Méricourt, la belle Liégeoise. Légendes littéraires et réalité historique, dans Wallonia, XXIe année, mars 1913, p. 163-187
Ursmer LEGROS, Double destin de Théroigne de Marcourt, dite de Méricourt, Marquain (Hovine), Hotton, 1969
La Vie wallonne, II, 1970, n°330, p. 175-177
Marcellin PELLET, Étude historique et biographique sur Théroigne de Méricourt, dans les Variétés révolutionnaires, 3e série, Paris, 1890
Léopold LACOUR, Trois femmes de la Révolution : Olympe de Gouges. Rose Lacombe, Théroigne de Méricourt, Paris, 1900
E. et J. DE GONCOURT, Histoire de la Société française pendant la révolution, Paris, 1889
http://www.marcourt-beffe.be/historique.php (s.v. mars 2015)

 

Stèle Théroigne de Méricourt (Marcourt)

Stèle Théroigne de Méricourt (Marcourt)

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Carte : 
Adresse : 
place de Chéroubles – 6987 Marcourt
Titre alternatif : 
THÉROIGNE DE MÉRICOURT
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Stèle Théroigne de Méricourt (Marcourt)
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TERWAGNE Freddy

Plaque commémorative Freddy Terwagne, réalisée à l’initiative de René Pirkin, circa 1990.

Au cœur du village de Hodeige, sur la façade en briques rouges du n°21 de la rue Terwagne, une plaque en marbre noir avec inscription en lettres d’or rend

HOMMAGE A FREDDY TERWAGNE
NE A AMAY LE 26 MARS 1925
DEPUTE DE L’ARRONDISSEMENT
DE HUY – WAREMME
MINISTRE
DES RELATIONS COMMUNAUTAIRES
JUIN 1968 FEVRIER 1971
BOURGMESTRE D’AMAY
ARDENT WALLON
FEDERALISTE CONVAINCU

Le nom de Freddy Terwagne est étroitement lié à la loi du 15 juillet 1970 portant organisation de la planification et de la décentralisation économique (Conseils économiques régionaux de Droit public, Sociétés de Développement régional, Bureau du Plan et Office de Promotion industrielle). Ancien compagnon de route d’André Renard, militant du Mouvement populaire wallon devenu ministre des Relations communautaires dans le gouvernement Eyskens (1968-1971), le député socialiste élu dans l’arrondissement de Huy-Waremme depuis 1958 contribue aussi de manière résolue à la révision de la Constitution de décembre 1970, et à l’inscription de la reconnaissance de l’existence de la Région wallonne dans son article 107 quater. Si son décès inopiné l’empêche de voir se concrétiser son projet, Freddy Terwagne est resté fidèle aux engagements qu’il avait pris tant dans la Résistance, que comme fondateur de La Gauche, ainsi qu’au moment de la Grève wallonne contre la Loi unique, voire lors du congrès des socialistes wallons de 1967.
L’initiative de l’apposition de cette plaque commémorative revient à René Pirkin qui pourrait bien être à l’origine de la suggestion de renommer l’ancienne rue Haut-Vinâve du nom de Freddy Terwagne, au lendemain de la fusion des communes (il y avait alors trois rues Haut-Vinâve sur l’entité). Fils d’un ancien bourgmestre de Retinne, René Pirkin avait participé à la création d'un éphémère Rassemblement progressiste wallon (RPW), en 1971, quelques semaines après la disparition de Freddy Terwagne. Autonomie de la Wallonie dans ou en dehors de la Belgique, referendum d’initiative populaire, démocratie économique et sociale, contrôle ouvrier, création d’un secteur industriel public à côté d’un secteur industriel privé, planification économique, intensification des relations avec la France, valorisation de la culture wallonne, retour des Fourons à la Wallonie... tels était le programme du RPW dont René Pirkin présidait la fédération liégeoise. Grand admirateur de l’homme politique wallon, René Pirkin est ensuite le fondateur, au milieu des années 1980, de l’association « Club Freddy Terwagne », dont l’appellation se mue en « Club des Amis de Freddy Terwagne », en raison d’un désaccord avec une autre association qui porte déjà le nom de « Club Freddy Terwagne ». Organisatrice de conférences, le « Club des Amis… » publie aussi quelques numéros de La rose au poing (vers 1987-1990), avant que René Pirkin ne prenne l’initiative de la plaque commémorative apposée sur la maison voisine de celle qu’il habitait à Hodeige.

Paul DELFORGE, Encyclopédie du Mouvement wallon, Charleroi, 2001, t. III, p. 1274 et 1520-1522
REMY Claude, COLLIGNON Robert (préface), Freddy Terwagne. Inscrire la Wallonie dans la Constitution, Charleroi, Institut Jules-Destrée, 1991, coll. Écrits politiques wallons, n°5
Informations aimablement communiquées par M. Daniel Pirotte après enquête et collecte de plusieurs témoignages (juillet 2015)

 

Plaque Freddy Terwagne (Hodeige)

Plaque Freddy Terwagne (Hodeige)

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Adresse : 
rue Terwagne – 4351 Hodeige
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TERWAGNE Freddy
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Plaque Freddy Terwagne (Hodeige)
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SOLVAY Ernest et Alfred

Monument à la mémoire d’Ernest et Alfred Solvay, réalisé par Victor Rousseau, 15 septembre 1938.

Rebecq est le berceau de la famille Solvay. Au début du XIXe siècle, Alexandre y est maître de carrières avant de se lancer comme raffineur de sel. C’est là que naissent et grandissent ses deux fils, Ernest (1838-1922) et Alfred (1840-1894) avant de se lancer ensemble dans une aventure industrielle exceptionnelle. Par conséquent, alors que Couillet (1895), La Hulpe (1924) et Bruxelles (1932) avaient déjà rendu hommage par l’érection d’un monument dans l’espace public, il est apparu évident aux autorités locales de Rebecq qu’il en soit de même au cœur de leur entité. Le monument dédié aux deux frères est confié au célèbre sculpteur Victor Rousseau (1865-1954) dont ce n’est évidemment pas la première réalisation.
L’artiste est alors au sommet de son art. Prix Godecharle 1890, Grand Prix de Rome 1911, Grand Prix des arts plastiques 1931, Prix des amis du Hainaut 1935, il ne donne plus le cours de sculpture à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles (1901-1919) qu’il a dirigée deux fois, entre 1919 et 1922, puis entre 1931 et 1935, et il ne cesse de répondre à des commandes, comme celles de bustes d’industriels, les Solvay en 1938, Auguste Lannoye en 1939. Représentant actif de l’art wallon dont on cherche à cerner la définition tout au long des premières années du XXe siècle, le « Grand » Victor Rousseau a derrière lui une œuvre considérable, « sculptée » sur de nombreux chantiers et par de multiples commandes officielles ou œuvres personnelles : chantier pharaonique du Palais de Justice de Bruxelles dans les années 1880, décoration du Pont de Fragnée à Liège, cour d’honneur de l’ancien château de Mariemont (Vers la Vie), Memorial in Gratitude à Londres. C’est ce « sculpteur d’âmes », originaire de Feluy, qui fige Ernest et Alfred Solvay dans le marbre pour l’éternité, dans un monument installé au cœur de Rebecq-Rognon, localité dont un des neveux du père Alexandre Solvay fut bourgmestre de 1867 à 1876 et que dirigeait Eugène Solvay, un cousin des deux industriels, au moment de l’inauguration en septembre 1938, quelques semaines avant une échéance électorale.
Esprit curieux, « apprenti-directeur » dans l’usine à gaz de son oncle, Ernest Solvay a dû multiplier les expériences, dans sa jeunesse, avant de parvenir à obtenir du carbonate de soude. Conscient de l’importance de sa découverte, il a déposé un premier brevet (1861), avant de se lancer dans la mise en route du processus de la fabrication industrielle du carbonate sodique à l’ammoniaque, dans sa première usine à Couillet (1863). En 1888, le groupe Solvay atteint une production annuelle de 350.000 tonnes et en 1900, ce géant de l’industrie chimique fournit 95% de la production mondiale... Inventeur, chercheur, patron d’industrie, Solvay est aussi préoccupé par les conditions de travail de ses ouvriers et introduit très tôt des mesures sociales hardies (caisse de retraite, limitation du temps de travail,  congés payés, etc.). On connaît aussi son rôle durant la Grande Guerre, en tant que fondateur du Comité national de secours et d’alimentation. Sénateur libéral à deux reprises (1893-1894, 1897-1900), Ernest Solvay est nommé Ministre d’État au lendemain de l’Armistice. Dans l’ombre de son frère, Alfred avait contribué au démarrage de l’activité industrielle, dans les années 1860, notamment à la construction de l’usine de Couillet dont il était devenu le directeur-gérant ; par la suite, il participe aussi à l’extension des activités de la société Solvay et Cie qui compte déjà une vingtaine d’usines au milieu des années 1880, en Europe et aux États-Unis. Conseiller communal libéral de Couillet et conseiller provincial du Hainaut, il devait décéder à Nice d’une congestion pulmonaire.
Les deux frères sont subtilement associés par Victor Rousseau dans le bronze qui occupe la position centrale d’un imposant portique-fontaine construit en blocs de pierre. Les deux industriels sont représentés de profil, l’un dans le prolongement de l’autre. Au-dessus du médaillon, la mention suivante est gravée dans la pierre :

AUX FONDATEURS DE L’INDUSTRIE
DE LA SOUDE À L’AMMONIAQUE

Sous le bas-relief, les autorités communales s’identifient en association le personnel de l’usine Solvay :

TÉMOIGNAGE DE RECONNAISSANCE
DES COMMANDITAIRES ET DU PERSONNEL
DE LA SOCIÉTÉ SOLVAY & CIE

À gauche et à droite du portique, de part et d’autre du bronze, des plaques gravées précisent l’identité des deux industriels :

ALFRED SOLVAY                                    ERNEST SOLVAY
NE A REBECQ                                        NE A REBECQ
LE 1-7-1840                                             LE 16-4-1838
DECEDE A NICE                                     DECEDE A IXELLES
LE 23-1-1894                                           LE 26-5-1922

                                                             
SEPTEMBRE 1938 

Joseph TORDOIR, Des libéraux de pierre et de bronze. 60 monuments érigés à Bruxelles et en Wallonie, Bruxelles, Centre Jean Gol, 2014, p. 165-179
Jean-Jacques HEIRWEGH, Patrons pour l’éternité, dans Serge JAUMAIN et Kenneth BERTRAMS (dir.), Patrons, gens d’affaires et banquiers. Hommages à Ginette Kurgan-van Hentenryk, Bruxelles, Le Livre Timperman, 2004, p. 435
Richard DUPIERREUX, Victor Rousseau, Anvers, 1944, coll. Monographie de l’art belge
Marcel BOUGARD, Victor Rousseau. Sculpteur wallon, Charleroi, Institut Destrée, 1968, coll. Figures de Wallonie
Denise VANDEN EECKHOUDT, Jacques VAN LENNEP (dir.), La sculpture belge au 19e siècle, catalogue, t. 2, Artistes et Œuvres, Bruxelles, CGER, 1990, p. 539
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. II, p. 382

Monument Ernest et Alfred Solvay (Rebecq)  

Monument Ernest et Alfred Solvay (Rebecq)

Monument Ernest et Alfred Solvay (Rebecq)

Monument Ernest et Alfred Solvay (Rebecq)

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Adresse : 
place communale – 1430 Rebecq
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SOLVAY Ernest et Alfred
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Monument Ernest et Alfred Solvay (Rebecq)
Monument Ernest et Alfred Solvay (Rebecq)
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SIMONON Léonard

Monument Simonon, réalisé par Cécile Douard et Angelo Hecq, 1934.

Depuis 1885, la commune de Ghlin peut être considérée comme pionnière en raison de l’implantation d’une école privée pour les enfants aveugles qui, par la suite, deviendra l’Institut spécial pour Aveugles de Ghlin et finalement l’œuvre des Amis des Aveugles. L’initiateur de ce projet est un Namurois, Léonard Simonon (1827-1906), lui-même aveugle, auquel est dédié un imposant mémorial. Au cœur d’un ensemble en pierre stylisé, un bas-relief alterne allégorie et représentation du visage de Simonon inscrit dans un médaillon. Le bas-relief comprend d’ailleurs un texte en braille, tandis que, sur la base principale du monument, la mention suivante apparaît en lettres foncées :

HOMMAGE A LEONARD SIMONON
1827 – 1906
FONDATEUR ET PREMIER DIRECTEUR
DE CET INSTITUT

Réalisé sur les plans de l’architecte Angelo Hecq, le mémorial est signé par Cécile Douard, artiste française qui, à 33 ans, perdit la vue et se consacra à la Ligue Braille qu’elle présida de 1926 à 1937. Son bas-relief date de 1934, année où a lieu l’inauguration du mémorial installé devant l’Institut d’enseignement. En 2014, il a fait l’objet d’une rénovation intégrale.
L’école privée pour aveugles de Ghlin n’est pas le premier projet de Léonard Simonon ; ce pédagogue a en effet déjà ouvert ce type d’enseignement en Allemagne et à Namur quand il arrive aux portes de Mons. Jusqu’alors considérés comme des retardés vivant aux marges de la société, les aveugles qui sont pris en charge par Simonon sont de jeunes enfants ou des adolescents auxquels de réelles perspectives d’avenir sont offertes par l’apprentissage du Braille d’une part, et d’activités adaptées, artisanales (vannerie, etc.) ou culturelles (harmonie de musique, etc.) d’autre part. Regroupant de nombreux enfants et organisant une vie en internat, l’école de Ghlin est relativement bien acceptée dans son environnement, mais souffre cruellement de moyens. Au décès de Léonard Simonon, sa veuve prend le relai et parvient à maintenir son initiative. Au lendemain d’une Grande Guerre dévastatrice, elle convainc les autorités provinciales du Hainaut, en particulier le député permanent Paul Pastur, d’assurer la pérennité de l’Institut, désormais public, pour aveugles de Ghlin. De 1937 à 1949, Achille Simonon devient le directeur de l’Institut, tout en présidant l’œuvre « Les Amis des Aveugles » : celle-ci se distingue désormais de l’Institut et s’occupe notamment de l’aide aux aveugles sortis de l’Institut ; en 1929, elle s’est constituée en asbl. Assurément, la démarche pionnière de Léonard Simonon a réussi à s’inscrire dans la durée, modifiant progressivement le regard de la société à l’égard les aveugles.
En 1934, l’inauguration du mémorial Simonon est doublement symbolique. S’il rend hommage à ce dernier, le monument est aussi l’œuvre d’une artiste qui a perdu progressivement la vue et s’est consacrée à la cause des aveugles. Née à Rouen, elle connaît la vie de bohême aux côtés de son père, régisseur de théâtre, mais surtout de sa mère, pianiste de théâtre qui se produit régulièrement en Belgique, notamment à Mons. Attirée par le dessin et la peinture, elle suit les cours de Portaels à l’Académie de Bruxelles et celui-ci l’envoie à Antoine Bourlard, le directeur de l'Académie des Beaux-Arts de Mons, qui finit par la recevoir dans son atelier et par devenir son professeur. S’essayant à toutes les techniques sur des tableaux essentiellement de fleurs, la jeune artiste s’oriente ensuite vers le portrait. Celui de Bourlard, présenté à Mons en 1895, connaît un certain succès qui en appelle d’autres : de nombreux bourgeois de la cité hennuyère se font tirer le portrait par la jeune artiste. Attirée tant par les charbonnages que par la campagne, elle se laisse ensuite inspirer par des hiercheuses, par les travaux des champs et les fumées des usines. Les glaneuses de charbon est son œuvre la plus aboutie et la mieux connue. C’est alors que la cécité priva Cécile Douard de son expression artistique (1899). Si une « rétrospective » est consacrée à sa peinture dans le cadre de l’Exposition internationale de Charleroi en 1911, Cécile Douard parvient à trouver dans la musique, dans le chant, dans la dispensation de cours d’art et dans la sculpture et le modelage d’autres moyens d’exprimer son talent. Au toucher, à partir des années 1920 et 1930, elle exécutera des médaillons, des bas-reliefs et des bustes d’une grande force. Initiée à l’écriture Braille, elle soutient aussi le projet de Léonard Simonon et, comme on l’a déjà mentionné, elle sera désignée à la présidence de la Ligue Braille de 1926 à 1937.
Quant à Angelo Hecq (Piéton 1901-1991), il est tout à la fois sculpteur et architecte, auteur de bustes en terre cuite, de céramiques, de portraits et, comme de nombreux artistes de sa génération, il est sollicité à diverses reprises pour réaliser des monuments aux victimes des deux guerres ou en faveur de la paix (Tamines, Andenne, Pâturages, etc.). Même pour de telles commandes officielles, celui qui signe parfois Angelo ne renonce pas à son style d’inspiration cubiste. Professeur de sculpture à Saint-Luc Mons, il signe des réalisations originales pour la manufacture Boch frères Kéramis avant la Seconde Guerre mondiale et il travaille aussi pour les céramistes d’Andenne. En plus du monument Simonon, Angelo Hecq est l’auteur d’un buste dédié à Verhaeren (1937).

Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
D'après l'inventaire 1957 du Département des Beaux-Arts : http://search.arch.be/BE-A0510_000280_002648_DUT.ead.pdf
http://www.mons.be/decouvrir/mons/villages-de-mons/ghlin-1
http://www.amisdesaveugles.be/fr/histoire-amis-des-aveugles-1.html
http://www.braille.be/fr/chercher
http://notrecole.over-blog.com/article-32584860.html
Jeanne VERCHEVAL, Cécile Douard, un regard retrouvé, La Louvière, L’image et l’Écrit et PAC, 2014
La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. II, p. 553
Pol STIÉVENART, dans La Vie wallonne, 1ère année, n°5, 15 janvier 1921, p. 203-211
Christiane PIÉRARD, dans Biographie nationale, t. 31, col. 260-269
Paul PIRON, Dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles, Lasne, 2003, t. I, p. 507 et 688
Norbert POULAIN, Angelo Hecq, dans Interbellum, bulletin…, 2005, n°25-3, p. 7-15

 

Monument Simonon (Ghlin)

Monument Simonon (Ghlin)

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Adresse : 
2 rue du Temple, au carrefour avec la route de Mons – 7011 Ghlin
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SIMONON Léonard
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Monument Simonon (Ghlin)
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SIMON Henri

Monument Henri Simon, réalisé par Maurice Bar, 30 juillet 1939.

La disparition, à Liège, le 11 mars 1939, de Henri Simon, à l’âge de 83 ans a laissé orphelin les amoureux de la langue wallonne. Poète, écrivain, auteur dramatique, auteur de comédies, il avait contribué à la renaissance des lettres wallonnes au tournant des XIXe et XXe siècles et, avec lui, disparaissait le Mistral du pays de la Meuse. Avec Li Mwért di l’abe (La mort de l’arbre) (1909) et Li pan dè bon Dieu (Le pain du bon Dieu) (1914), œuvres majeures ressortant d’une rare production, il avait signé des pièces de théâtre et des poèmes qui le plaçaient au premier rang des écrivains dialectaux.
Après avoir cherché sa voie du côté de la musique, voire de la peinture, celui qui avait été boursier de la Fondation Darchis (1883) et avait bénéficié des conseils d’Adrien de Witte à Rome, s’installe loin de la ville, quand il revient à Liège. Il trouve le calme dans une maison de Sprimont-Lincé, où il va se consacrer entièrement aux lettres wallonnes. Adversaire des « Romantiques », hostile à La Wallonie d’Albert Mockel parce que le symbolisme lui paraît une esthétique ‘étrangère’, il apporte aux lettres wallonnes les qualités qui lui manquaient. Évoquant « le plus grand de tous », Albert Maquet parle d’une production rare, d’une rare tenue. Ses écrits « font de lui le maître incontesté du classicisme et, nouveau mistral, le sourcier des trésors de la langue ». Co-fondateur du Musée de la Vie wallonne (1913), Henri Simon en est le conservateur pendant ses premières années (1915-1922). Membre de la Société de Littérature wallonne et de l’Académie de Langue et de Littérature françaises, dite Académie Destrée dès sa création (1921), il ne prendra jamais place dans le fauteuil qui lui était réservé. La quiétude de sa maison de Sprimont-Lincé lui suffisait ; ses amis lui rendaient régulièrement visite. Fêté de son vivant (1934), Henri Simon ne pouvait être oublié, même si ses obsèques furent à l’image du personnage, à savoir discrètes et intimes. Discrétion ne rimant pas avec oubli, l’auteur du pan dè bon Dieu – ce monument de la littérature wallonne – se devait d’être honoré d’un lieu de mémoire à son mesure. Et ses amis ne tardèrent pas, puisque l’inauguration eut lieu le 30 juillet 1939.
Dans la rue Henri Simon, dans le grand virage, à droite en montant, juste après le n°13, un monument imposant épouse l’angle du tournant : un long mur de pierres définit un espace où des abreuvoirs sont régulièrement fleuris. Une colonne rectangulaire émerge, surmontée d’un épi de faîtage de forme ovale. Sur la face avant, ont été gravés dans la pierre les mots suivants :

A NOSS’ GRAND
SCRIYEU WALLON
HENRI SIMON
1856 – 1939

Quelques centimètres plus haut, apparaît un bas-relief représentant le visage de Henri Simon dans un léger profil, avec la barbe, la moustache et le chapeau caractéristiques du personnage. Il est signé par le sculpteur sprimontois Maurice Bar. Bien connu dans le pays de la pierre, sculpteur et entrepreneur, Maurice Bar avait suivi des cours à l’Académie de Liège et était régulièrement sollicité par les autorités communales pour réaliser des monuments aux victimes deux guerres (comme à Xhendremael), ou bien pour réaliser des bustes (comme celui en pierre du roi Albert, à Esneux), voire le monument O’Kelly, à Jemeppe-sur-Meuse.

Informations obtenues grâce à l’amabilité de Mme Ahn et de M. Pierre Toussaint
Maurice PIRON, Anthologie de la littérature wallonne, Liège, Mardaga, 1979, p. 259
La Wallonie. Le Pays et les hommes (Arts, Lettres, Cultures), Bruxelles, t. II, p. 473-479 ; t. IV, p. 383-385
Les Lettres wallonnes contemporaines, 2e éd., Tournai-Paris, Casterman, 1944
Albert MAQUET, Création, à Liège, du ‘Djan ‘nèsse’ de Henri Simon, dans La Vie wallonne, XLVIII, n° 348, 4e trimestre 1974
Paul DELFORGE, Encyclopédie du Mouvement wallon, Charleroi, Institut Destrée, 2001, t. III, p. 1480
Rita LEJEUNE, Histoire sommaire de la littérature wallonne, Bruxelles. Office de Publicité, 1942
Préface de Jean Haust à la 2e édition du Pan de bon Diu, Liège, Vaillant-Carmanne, 1935, collection ‘Nos Dialectes’
Wallonia, 1893, p. 174
Louis REMACLE, Henri Simon, dans La Défense wallonne, 11 mai 1935
La Vie wallonne, octobre 1934, CLXX, p. 65-66 ; novembre 1934, CLXXI, p. 69-72
Maurice PIRON, Le souvenir de Henri Simon, dans La Vie Wallonne, CCXXIV, n° 8, 15 avril 1939
In memoriam. Textes inédits de Henri Simon dans La Vie Wallonne, CCXXXI, n° 3, 15 novembre 1939
Yves DUBOIS, Les monuments commémoratifs de la Grande Guerre en province de Liège, Université de Liège, mémoire 2010-2011, p. 103

 

Monument Henri Simon (Sprimont Lincé)

Monument Henri Simon (Sprimont Lincé)

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Adresse : 
Lincé13 rue Henri Simon – 4140 Sprimont
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SIMON Henri
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Monument Henri Simon (Sprimont Lincé)
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SIMENON Georges

Buste Georges Simenon, réalisé par Ursula Förster et Angelo Monteforte, 17 juin 1992.

Au cœur du rond-point de la place du Congrès, dans le quartier d’Outremeuse, à Liège, surgit un buste de Georges Simenon, chapeau sur la tête, et désormais sans sa célèbre pipe aux lèvres, dans la mesure où de pseudo-collectionneurs ou de véritables vandales ont décidé, à plusieurs reprises, d’en priver le buste, en dépit des efforts des autorités publiques. Inaugurée le 17 juin 1992, cette statue est la première qui rende hommage à l’écrivain dans sa ville natale. L’initiative en revient au comité de quartier « Outremeuse promotion », présidé par Guy Rutten, qui, dès l’annonce du décès du citoyen d’Outremeuse, décide de lancer une large souscription publique : celle-ci rencontre un franc succès et bénéficie du soutien d’un mécène anonyme ainsi que de la Loterie nationale. Avec l’accord des autorités communales liégeoises, la place du Congrès est choisie pour installer sur un socle de pierre bleue, polie sur les faces avant et arrière, un buste en bronze sculpté par Ursula Förster et Angelo Monteforte et fondu par le fondeur ciseleur José Lhoest et son atelier installé à Herstal. Sur la face avant, une plaque en bronze mentionne simplement le prénom et le nom de l’écrivain. L’ensemble est placé au sommet d’une petite butte et le rond-point est ceinturé par des bornes en petit granit reliées par une forte chaîne.
Né à Liège où il fut notamment journaliste, le romancier Georges Simenon (1903-1989) s’est fait un nom à Paris, avant de s’installer en Amérique puis finalement en Suisse. Ses romans policiers sont parsemés de références à ses années passées en bord de Meuse ; ainsi en est-il par exemple de Pedigree, ou du Pendu de Saint-Pholien, histoire où le Commissaire Maigret impose son personnage. Avec une apparente indifférence, les meilleurs de ses romans et la série des Maigret (au total plus de 300 titres en 34 ans) brossent un panorama du temps comme Balzac et Zola l’ont fait pour leur époque. Un grand nombre de ses livres sont adaptés au cinéma, conférant une dimension supplémentaire à l’œuvre de l’écrivain.
En raison du caractère international du parcours de l’illustre Wallon, plusieurs localités « se disputent » les honneurs de l’écrivain. Depuis quelques années, la ville de Liège – aidée par la province et la Région wallonne – est attentive à honorer la mémoire de l’enfant de la cité, qui a d’ailleurs légué une partie de ses archives littéraires à l’Université de Liège (1977). Si une rue de Liège porte le nom de Simenon depuis 1978, le buste installé en Outremeuse anticipe, dans une certaine mesure, une série de manifestations d’hommage à Simenon : exposition de prestige (1993) ; « Année Simenon » en pays de Liège (2003) ; un géant représentant le Commissaire Maigret dans le folklore local ; un parcours permanent de promenade truffé de références à l’écrivain et à son œuvre ; une place du Commissaire Maigret avec un banc Simenon (2004) ; ouverture d’un Musée (2015) ; etc.
Ursula Förster (Saint-Vith 1944) a suivi une formation en sculpture monumentale, en peinture au chevalet et en dessin à l’Académie de Liège avant de faire de la sculpture le hobby qui occupe l’essentiel de son temps. Recourant aussi bien au bronze, à la pierre, à la résine ou à la terre cuite, celle qui a installé son atelier à Seny privilégie la femme comme thème d’inspiration, même si d’autres sujets (enfants, animaux, scènes quotidienne, etc.) donnent aussi forme à des réalisations de taille moyenne ou monumentale ; le buste de Simenon est celle qui est la plus connue, mais elle est aussi l’auteur des Joueurs de billes à Huy, de L’homme au banc à Durbuy, Les Macralles à Vielsalm (2000) et de Lison à Waremme (2010). Lauréate de plusieurs prix internationaux, elle expose régulièrement. Quant à Angelo Monteforte, le mari d’Ursula Förster, il prend une part active dans la réalisation de plusieurs des œuvres monumentales de sa complice artistique, tout en appréciant travailler le frigolite. Outre les œuvres déjà citées, le couple signe, en 2005, un duo Tchantchès et Nanèsse pour le restaurant du même nom, en Grande-Bèche.

Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
http://mobilart-2009.be/artiste2007.php?prenom=Ursula&nom=F%F6rster (s.v. juillet 2015)
Paul DELBOUILLE, Nouvelle Biographie nationale, t. IV, p. 354-359
Pierre ASSOULINE, Simenon, Paris, éd. Julliard, 1992
Jean-Christophe CAMUS, Simenon avant Simenon. Les Années de journalisme (1919-1922), Bruxelles, Didier-Hatier, 1989.
Centre d’études Georges Simenon, Simenon, l’homme, l’univers, la création, Bruxelles, Complexe, 2002
Anne RICHTER, Simenon sous le masque, Bruxelles, Racine, 2007
Jean-Denys BOUSSART, Dans les pas de Georges Simenon. De la place Saint-Lambert à Outremeuse, Liège, Céfal, 2003, p. 20-21

 

Buste Georges Simenon (Liège)

Buste Georges Simenon (Liège)

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place du Congrès – 4020 Liège
Titre alternatif : 
SIMENON Georges
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Buste Georges Simenon (Liège)
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