Culture

Terre romane ouverte sur le monde germanique, la Wallonie a toujours été un espace d’expression artistique particulièrement fécond. Au carrefour des influences, ses enfants ont produit, à travers les siècles et dans de très nombreux domaines, des œuvres magistrales dont la renommée a dépassé les frontières.

Musique

Guillaume Dufay, Miniature extraite de Martin le Franc, Champion des Dames, Arras 1451 – Paris, Bibliothèque nationale © GFDL Guillaume Dufay

Né à Liège vers 1370, Johannes Ciconia est considéré comme le premier grand compositeur du pays wallon. Il enchante littéralement l’Italie, ouvrant ainsi la voie, au XVe siècle, à des maîtres comme Guillaume Dufay et, surtout, Josquin dès Prés, déjà considéré par ses contemporains comme le « prince de la musique ».

Le XVIe siècle est marqué par le compositeur montois Roland de Lassus, qui mène une carrière internationale qui lui vaut la célébrité dans l’Europe entière. Le XVIIe siècle voit notamment s’exprimer le talent d’Henri Dumont, maître puis compositeur de la chapelle du roi Louis XIV, qui s’impose comme l’homologue de Lully dans la musique religieuse. Au XVIIIe siècle, le violoniste François-Joseph Gossec est l’initiateur de la musique instrumentale en France. Chantre des idées de la Révolution, il compose notamment une remarquable Messe des morts. Quelques années plus tard, le Liégeois André-Modeste Grétry triomphe à Paris et dans tout l’Empire avec ses opéras et opéras-comiques.

Le XIXe siècle est marqué par un renouveau musical, symbolisé notamment par la célèbre invention du Dinantais Adolphe Sax : le saxophone. De très nombreux musiciens virtuoses sont formés en Wallonie, comme les violonistes Henri Vieuxtemps ou Eugène Ysaÿe qui fonde sur sa renommée le concours international connu aujourd’hui sous le nom de « Reine Élisabeth ».

Arthur Grumiaux (s.d.) – Photo RTBF Arthur Grumiaux

Également virtuoses, le pianiste César Franck et le violoniste Guillaume Lekeu s’imposent aussi comme les plus grands compositeurs wallons du XIXe siècle. Au XXe siècle, cette riche tradition se perpétue avec Joseph Jongen, Arthur Grumiaux ou André Souris, compositeur, chef d’orchestre et théoricien proche des surréalistes qui reste comme l’un des musiciens les plus importants de l’école moderne et même de l’avant-garde.

Après la Seconde Guerre mondiale, les influences musicales se diversifient. C’est ainsi que l’organiste Henri Pousseur, nommé à la tête du Conservatoire de Liège, favorise l’expression du jazz, des musiques électro-acoustiques et de l’improvisation. De nombreuses institutions musicales voient le jour comme Musiques Nouvelles, l’Opéra royal de Wallonie, l’Orchestre royal de Chambre de Wallonie à Mons, le Centre d’Art vocal et de Musique ancienne de Namur ou la maison de production Musique en Wallonie qui a pour ambition de faire revivre le patrimoine musical wallon de qualité absent du répertoire discographique.

Par ailleurs, la Wallonie a également été une terre fertile pour les artistes de variété : du mondialement célèbre Salvatore Adamo à Frédéric François, en passant par Sœur Sourire - dont la chanson Dominique s’est hissée au sommet des ventes aux États-Unis - ou Sandra Kim, seule wallonne à avoir remporté le concours eurovision de la chanson. De nos jours, des artistes wallons comme Mélanie De Biasio continuent à porter haut la voix et les couleurs de la Wallonie.

Cinéma

Le Fantascope de Robertson © Institut Destrée - Diffusion Sofam Le Fantascope de Robertson

Bien avant les frères Lumière, plusieurs Wallons ont apporté leur contribution au développement des arts audiovisuels. Ainsi, à la fin du XVIIIe siècle, le Liégeois Robertson dépose le brevet d’une lanterne magique et se produit à travers l’Europe. Formé à Liège, le physicien Joseph Plateau met au point, en 1832, le premier appareil à créer l’illusion du mouvement. Quant au montois Henri Désiré Dumont, il invente des appareils, aujourd’hui disparus, créant la double illusion du relief et du mouvement et dépose plusieurs brevets préfigurant la chronophotographie.

Malgré ces précurseurs, le cinéma en Wallonie est longtemps demeuré essentiellement le fait de réalisateurs extérieurs. Ce n’est qu’à partir des années 1970 que des personnalités comme Jean-Jacques Andrien ou Manu Bonmariage réalisent leurs premiers films, inspirés par la réalité sociale et soucieux d’aborder des sujets sociétaux sous un angle personnel. Ce faisant, ils ouvrent une veine qui va s’avérer particulièrement riche.

Luc et Jean-Pierre Dardenne, commandeurs du Mérite wallon Luc et Jean-Pierre Dardenne

Poursuivant dans cette voie, les frères Luc et Jean-Pierre Dardenne mettent en scène un univers réaliste dans une approche caractéristique qui connaît un succès international grandissant. La Palme d’or décrochée en 1999 pour Rosetta – et qui sera confirmée par celle obtenue en 2005 pour L’Enfant - agit comme un révélateur pour le cinéma wallon qui entre dans une véritable efflorescence, également portée par des acteurs comme Émilie Dequenne, Cécile de France, Marie Gillain ou Olivier GourmetCe bouillonnement créatif a également soutenu le développement d’une véritable industrie culturelle centrée sur les technologies de l’image et du cinéma, grâce notamment à la création de fonds d’investissements et de clusters thématiques. Dans un tout autre style, avec C’est arrivé près de chez vous, Rémy Belvaux et Benoît Poelvoorde approchent la comédie sous un angle original et remarqué qui annonce, pour Poelvoorde, une succession impressionnante de succès.

Architecture

Les témoignages architecturaux du Moyen Âge sont rares en Wallonie mais certaines traces remontant aux Xe et XIe siècle présentent déjà des traits communs, marqués par une extrême sobriété, qui permettent d’identifier une école mosane. Au XIIe siècle, dans l’ouest de l’actuelle Wallonie, le bassin de l’Escaut se développe sous l’impulsion de Tournai, ouvrant la porte au style gothique. La cathédrale Notre-Dame de Tournai s’offre ainsi comme la plus remarquable illustration de cette transition entre roman et gothique, ces deux styles allant cohabiter en pays wallon durant de nombreux siècles.

Portail de l’église Saint-Jacques de Liège, dessiné par Lambert Lombard - Wikipedia Portail de l’église Saint-Jacques de Liège, par Lambert Lombard

Il faut attendre le XVIe siècle pour que les bâtisseurs et architectes de Wallonie, emmenés par Lambert Lombard à Liège et Jacques du Broeucq à Mons, intègrent les influences italienne et française. Au XVIIIe siècle, l’architecture en Wallonie s’ouvre au modernisme et adopte progressivement les formes venues de France, principalement dans les centres urbains et pour les édifices religieux. Laurent Benoît Dewez, architecte officiel de la cour de Charles de Lorraine, oriente ainsi l’architecture vers le néo-classicisme qui régira l’essentiel du XIXe siècle. 

Le charbonnage du Grand-Hornu - http://www.cid-grand-hornu.be/ Le charbonnage du Grand-Hornu

Avec l’essor de la Révolution industrielle qui triomphe en Wallonie, les usines se multiplient et prennent parfois l'apparence de véritables cathédrales ou de forteresses, générant aussi de vastes ensembles originaux, comme le Grand-Hornu ou la cité ouvrière du Bois-du-Luc. Au XXe siècle, le développement de nouveaux quartiers et les reconstructions faisant suite aux deux guerres mondiales font la part belle aux influences anglaise et française. Paul Jaspar se démarque cependant en créant une architecture moderniste marquée par l’architecture mosane traditionnelle.

De nos jours, les Wallons continuent de poser des gestes architecturaux forts. On pense, bien sûr, à la ville nouvelle de Louvain-la-Neuve, conçue par Michel Woitrin et qui conjugue la modernité avec la tradition des villes universitaires médiévales. L’expertise wallonne se traduit aussi par-delà les frontières avec des bureaux comme Greisch qui a notamment contribué à la prouesse technique du viaduc de Millau. Réciproquement, la Wallonie confirme son ouverture à la création internationale en accueillant des réalisations prestigieuses comme les gares de l’architecte espagnol Santiago Calatrava, le nouveau centre de congrès de Mons (MICX) de Daniel Libeskind ou le nouvel hôtel de police de Charleroi (la Tour bleue), conçue par Jean Nouvel.

Orfèvrerie

Fragment du pommeau de l'épée de Childéric - Bibliothèque nationale de France. Cabinet des Médailles Fragment du pommeau de l'épée de Childéric

En pays wallon, les Celtes excellaient déjà dans le travail du bois et des métaux, comme en témoignent les objets retrouvés sur les sites funéraires. Après la romanisation, c’est à partir de nos régions que les Francs et les Carolingiens développent leur empire, attirant de nombreux artisans d’exception. Les nombreux trésors d’orfèvrerie retrouvés dans la tombe de Childéric à Tournai en sont l’illustration.

La dinanderie, pratiquée au début du XIe siècle dans la vallée de la Meuse, nourrit une importante tradition d'orfèvrerie liturgique qu’illustrent notamment les fonts baptismaux de l’Église Saint-Barthélemy de Liège. L’art mosan, qui triomphe du XIe au XIIIe siècle, s’illustre, entre autres, en orfèvrerie, avec des chefs d’œuvre comme le Triptyque de Stavelot, la châsse de Notre-Dame de la cathédrale de Tournai et la châsse des rois mages de Nicolas de Verdun, les remarquables pièces du Trésor d'Hugo d'Oignies, le chef-reliquaire du pape Alexandre Ier de Godefroy de Huy ou encore la Couronne de Liège offerte par Saint Louis et le reliquaire du bras de Charlemagne réalisé à la demande de l'empereur Frédéric Barberousse.

Sculpture

L'Espérance de Jacques Du Brœucq -  - Wikipedia L'Espérance de Jacques Du Brœucq

Longtemps liée à la représentation religieuse, la sculpture de la fin du Moyen Âge en pays wallon est marquée par l’introduction de nouvelles formes inspirées de l’Antiquité. Cette « première Renaissance » qui concilie les formes gothiques avec l’influence italienne est, comme en architecture, marquée par les figures de Lambert Lombard et de Jacques du Broeucq dont les réalisations vont inspirer les artistes pendant de nombreux siècles.

À la fin du XVIIe siècle, Jean Del Cour popularise le baroque qu’illustre également Arnold de Hontoire. Quant au sculpteur et graveur Jean Varin, appelé à la cour du Roi de France par Richelieu, Voltaire écrira à son propos : « Nous avons égalé les anciens dans les médailles. Warin fut le premier qui tira cet art de la médiocrité, vers la fin du règne de Louis XIII ». 

Après 1830, les artistes sont sollicités pour réaliser des représentations des grandes figures historiques. Le Liégeois Louis Jehotte – à qui l’on doit notamment la statue équestre de Charlemagne à Liège - va considérablement influencer cette nouvelle école de sculpture. Avec pour figures de proue le grand sculpteur réaliste Constantin Meunier, Léon Mignon – et son Toré – ou Victor Rousseau – auteur de statues du Pont de Fragnée - la sculpture wallonne témoigne alors d’une grande vitalité. Celle-ci se perpétue à l’époque contemporaine à travers des artistes comme le Carolorégien Alphonse Darville, le Louviérois Pol Bury, le Dinantais Félix Rousseau ou la Liégeoise Mady Andrien.

Peinture

La Nativité par le Maître de Flémalle La Nativité par le Maître de Flémalle

L’art pictural prend son essor en Wallonie à partir du XVe siècle, avec Robert Campin – le Maître de Flémalle – et son apprenti puis collaborateur tournaisien Rogier de le Pasture, spécialisé dans la représentation religieuse tragique. À la même époque, le Dinantais Joachim Patinier se concentre sur les paysages qui deviennent les véritables sujets de ses toiles. Au XVIe siècle, le mosan Henri Blès, précurseur des paysagistes, donne notamment les premières représentations du travail de la métallurgie.

Au cours des siècles suivants, les Liégeois Gérard Douffet et Gérard de Lairesse se tournent vers le classicisme et le clair-obscur. À la fin du XVIIIe siècle, le développement industriel offre de nouveaux sujets à des peintres comme Léonard Defrance, par ailleurs proche des idées révolutionnaires liégeoises et françaises. Dans un autre registre, Pierre-Joseph Redouté -  « le Raphaël des fleurs » - représente avec virtuosité la botanique et plus particulièrement les roses.

Après la révolution du 1830, Louis Gallait et Barthélemy Vieillevoye contribuent à l’essor du romantisme, au travers de leurs représentations historiques. Le principal représentant wallon de ce courant est néanmoins le Dinantais Antoine Wiertz qui illustre avec brio de très nombreux sujets à travers ses portraits, peintures de genre, peintures religieuses, portraits d’histoire, natures mortes et paysages.

La famille de Hemptinne, par François-Joseph Navez La famille de Hemptinne, par François-Joseph Navez

Disciple de David, le Carolorégien François-Joseph Navez incarne le néo-classicisme en Wallonie, en s’illustrant particulièrement dans les portraits. Parmi les autres grands peintres wallons, il convient de citer les impressionnistes Anna Boch et Richard Heintz, le réaliste Charles Groux, sans oublier le symboliste namurois Félicien Rops dont les peintures, dessins et gravures marquent la société de son temps.

Au XXe siècle, les artistes wallons ont livré un art hautement personnel, parfois difficile à classer. Pierre Paulus et Anto Carte s’affirment néanmoins comme les fers de lance d’un véritable courant expressionniste wallon, tandis que Paul Delvaux et René Magritte s’imposent comme des maîtres internationaux du surréalisme.

Littérature

La Cantilène de sainte Eulalie La Cantilène de sainte Eulalie

Terre romane, la Wallonie a produit un des tout premiers textes littéraires en langue vulgaire, la Cantilène de sainte Eulalie, composé vers 880. Peu à peu, entre latin et langue romane, une littérature se développe, qu’il s’agisse de textes de nature religieuse et morale, de légendes, de chansons de gestes ou d’épopées. Les chroniqueurs comme Jean Le Bel, Jean Froissart, Sigebert de Gembloux ou Jean d’Outremeuse offrent ainsi de nombreux témoignages sur la richesse culturelle du Moyen Âge ainsi que de précieux renseignements pour mieux comprendre cette période de l’histoire en pays wallon.

Sous l’impulsion des princes locaux, l’humanisme se répand progressivement, encourageant une meilleure diffusion de la connaissance. L’hagiographe jésuite Jean Bolland fait paraître, en 1643, les premiers volumes des Acta Sanctorum, œuvre qui est toujours alimentée de nos jours par la société savante à laquelle il a donné son nom : les Bollandistes. Parallèlement aux textes érudits ou littéraires en langue latine et française, des lettres wallonnes émergent lentement à partir du XVIe siècle, pour s’affirmer à la fin du XVIIIe siècle.

Le développement de l’imprimerie en pays wallon contribue à la diffusion de la pensée des Lumières. Dans ce contexte, Liège s’impose comme un foyer de diffusion des idées nouvelles entre la France et les pays germaniques.

Couverture de la première édition de « La Wallonie » © Province de Liège – Musée de la Vie wallonne Première édition de « La Wallonie »

Après 1830, des auteurs comme Paul Heusy dans la veine naturaliste ou Octave Pirmez à l’œuvre empreinte de mélancolie expriment leur talent, tandis que le littérateur Namurois François-Joseph Grandgagnage forge, en 1844, le terme « Wallonie ». Le poète Liégeois Albert Mockel popularise le mot en 1886, en en faisant le titre de sa revue symboliste dont le succès parisien renforcera l’influence.

Parallèlement, une littérature dialectale continue de s’exprimer sur un mode plus intimiste à travers ces époques. Depuis les opéras comiques de Simon de Harlez (XVIIIe siècle) jusqu’aux poètes contemporains Willy Bal et Jean-Marie Kajdanski, en passant par des auteurs romantiques du XIXe siècle comme Charles-Nicolas Simonon ou Nicolas Defrêcheux, des milliers d’œuvres originales sont ainsi produites en wallon et en picard. En langue française, le mouvement régionaliste qui traverse l’Europe, se manifeste en Wallonie à travers l’œuvre de Jean Tousseul, chantre des carriers andennais, ou d’Arthur Masson dépeignant la vie rurale de l’Ardenne.

Georges Simenon (s.d.) – Photo Hubert Grooteclaes Georges Simenon

Enfin, si des personnalités comme Hubert Krains ou Maurice Des Ombiaux s’imposent comme d’ardents défenseurs de la culture wallonne, la littérature française de Wallonie s’impose internationalement avec Charles Plisnier – premier écrivain non Français à recevoir le prix Goncourt - ou les maîtres du genre policier que sont Stanislas-André Steeman et Georges Simenon, père liégeois du célèbre commissaire Maigret.

À côté de la production littéraire proprement dite, la Wallonie s’illustre par la contribution déterminante apportée par ses grammairiens à la description et au bon usage de la langue française. Maurice Grevisse et Joseph Hanse demeurent ainsi les références incontestées en la matière.

Bande dessinée

Tout comme la Wallonie fut pionnière dans le domaine de la littérature policière, elle a puissamment contribué à donner ses lettres de noblesse au neuvième Art. Dès 1929, c’est à Tournai que sont édités les albums de Tintin, par la maison Casterman. La Wallonie est d’ailleurs bien présente dans les aventures du célèbre reporter, Hergé s’étant notamment inspiré de Sart-Moulin, dans la commune de Braine-l’Alleud, pour créer le château de Moulinsart.

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, c’est dans la région de Charleroi que Dupuis lance l’hebdomadaire Spirou, dont le nom signifie « écureuil » en wallon. Il sera à l’origine de l’École de Marcinelle qui réunira Jijé, Jean-Michel Charlier et Victor Hubinon - auteurs de Buck Danny -, Morris - le créateur de Lucky Luke - ou André Franquin, le créateur du Marsupilami et de Gaston Lagaffe. C’est aussi de cette école que sortiront les Schtroumpfs de Peyo.

Ailleurs en Wallonie, d’autres héroïnes populaires comme Martine, Yoko Tsuno ou Natacha naissent sous les plumes de Marcel Marlier, Roger Leloup et François Walthéry. Dans un autre style, Hermann ou Didier Comès contribuent également à l’affirmation d’un art dont le public ne cesse de se diversifier.