L’armée belge en position de paix renforcée (31 juillet 1914)

Reconnu en 1831 par le concert des nations, à l’exception des Pays-Bas, le nouvel État belge a reçu les garanties de sa pérennité au lendemain de la Conférence de Londres, en 1839. Sa neutralité – perpétuelle et armée – est garantie – soit collectivement soit individuellement – par les grandes puissances. Ainsi protégée, la Belgique ne va pas accorder une très grande importance à sa politique étrangère. Quant à sa politique de défense nationale, elle est dominée depuis 1860 par la doctrine dite « du réduit national » : en construisant le réduit d’Anvers, les responsables de l’époque estiment établir une citadelle inexpugnable à partir de laquelle tout ennemi pourra être refoulé. L’ennemi d’alors c’était surtout la France de Napoléon III. Au lendemain de 1870, la Belgique craint que Français et Prussiens règlent leur revanche sur le territoire de la moyenne Belgique, le long de la Meuse. Pour faire face à un danger qui pourrait aussi venir de l’est, des forts sont construits sur la Meuse, à partir de 1887. En 1906, alors que Français et Allemands se toisent à Tanger, une loi entérine officiellement une tactique qui consiste à ne livrer qu’une résistance sporadique en cas d’attaque, à mener quelques combats d’arrière-garde et, surtout, à se réfugier autour d’Anvers où des forts sont alors construits et où sont entreposées toutes les réserves de vivres et de matériels. On s’appuie ainsi sur la seule frontière néerlandaise en omettant de prévoir ce qu’il adviendrait d’une armée belge qui, assiégée au sud, verrait les frontières des Pays-Bas, pays neutre, verrouillées. Cette tactique suppose aussi l’abandon total du reste du pays dès le début de l’offensive : en l’occurrence toute la Wallonie et son riche bassin industriel, qui est aussi, par la vallée de la Meuse, la route directe de l’Allemagne vers la France. Les forts de Namur et de Liège n’ont d’autres objectifs que de retarder aussi longtemps que possible une éventuelle percée ennemie. Cette stratégie alerte et inquiète les milieux libéraux et certains milieux wallons. Après plusieurs mois de débats parlementaires, une importante réforme de l’armée est adoptée en 1913. Ces dispositions ne sont pas d’application quand l’Allemagne remet son ultimatum au gouvernement belge (2 août 1914).
En « positions de concentration », six divisions devaient assurer la défense du territoire. Dans un rôle d’avant-garde, la 1ère division (dite des Flandres) était orientée pour faire face à un danger qui pourrait venir d’Angleterre ; la 3e division (dite de Liège) regardait l’Allemagne ; les 4e et 5e divisions devaient se protéger de la France en cas d’attaque sur Namur ou par Maubeuge-Lille. Leur mission respective était de résister le temps qu’arrivent les cinq autres divisions en renfort. Dans ce dispositif, Liège et Namur servaient de places d’arrêt, de têtes de pont et de points d’appui. Anvers constituait un camp retranché et une place refuge.

Références
G14AAB01 ; G14AAB02  ; G14AAB06 ; Lent354

Institut Destrée (Paul Delforge et Marie Dewez) - Segefa (Pierre Christopanos, Gilles Condé et Martin Gilson)