ROPS Félicien

Mettet
place Joseph Meunier – 5640 Mettet

Buste en hommage à Félicien Rops, réalisé par Charles Delporte, 12 mai 1988.

Si la ville de Namur a fini par accorder beaucoup d’attention à la mémoire de Félicien Rops, né dans la cité mosane en 1833, une autre localité a aussi compté dans la vie de l’artiste : par son mariage avec Charlotte Polet de Faveaux (1857), le peintre va habiter régulièrement dans le château familial des Polet, à Thozée. C’est là, à partir de 1869, qu’il donnera des leçons de gravure. Classé par la Région wallonne en 1996, le château de Thozée accueille l’asbl Fonds Félicien Rops qui perpétue la mémoire de son ancien propriétaire. À moins de trois kilomètres du château, un buste commémore la présence de Rops dans l’entité de Mettet. Il est situé devant la maison communale, place Joseph Meunier, et est l’œuvre de Charles Delporte.
Frère du poète Jacques Viesvil et du chanteur Paul Louka, Charles Delporte (1928-2012) avait entamé une carrière d’instituteur dans le pays de Charleroi qui l’a vu naître, avant de se consacrer entièrement à l’art : s’il commence à sculpter en 1947, sa première exposition remonte à l’année 1952 (Charleroi), mais la peinture le passionne également. Créatif à l’originalité débordante, artiste contemporain, il découpe lui-même son parcours artistique en trois périodes : génétique (il privilégie alors les formes ovoïdes et embryologiques) ; géophysique (son graphisme s’inspire alors de la science et des mathématiques) ; nucléaire enfin (ses formes évoquent des mouvements d’électrons). Si ses réalisations provoquent souvent la perplexité du spectateur, voire des critiques, Charles Delporte n’a de cesse de les promouvoir, exposant aux quatre coins de la planète, n’hésitant pas à offrir certaines d’entre elles à des musées prestigieux ; il parvient à obtenir un espace d’exposition permanent à Mont-sur-Marchienne, tandis qu’un musée lui est consacré dans l’ancienne école communale de Damme. Catholique fervent, royaliste revendiqué et Wallon passionné, Charles Delporte jouit d’une notoriété toute particulière dans le pays de Charleroi en raison de ses trois coqs situés au milieu du rond-point du boulevard Tirou. Sculpture acquise par la ville dans les années 1990, cette œuvre s’intitule en réalité Chantre de la liberté. Ce n’est d’ailleurs pas le seul rond-point occupé par des œuvres monumentales de Charles Delporte en Wallonie, comme à Bruxelles et en Flandre. Également poète et musicien, il signe plusieurs bustes de Félicien Rops, dont une très originale version à Mettet.
Sur une dalle dressée, en marbre Sainte-Anne, un moulage bronzé figure la tête barbue de Félicien Rops dans un cadre particulier puisqu’elle apparaît entre des ramures de cerf. Sur le socle, une petite plaque en bronze indique :

HOMMAGE A ROPS
DELPORTE
1988

Inauguré en mai 1988 en présence du gouverneur de la province de Namur, d’une petite-fille de Félicien Rops et de Charles Delporte, le buste rend hommage à un artiste wallon des plus exceptionnels. Peintre, aquafortiste, dessinateur, illustrateur et graveur, Félicien Rops (Namur 1833 – Essonnes 1898, et enterré à Mettet), fut sa vie durant un provocateur qui n’avait consenti à aucun sacrifice pour éviter de tomber dans un purgatoire justifié seulement par la pudibonderie de son temps. Dans les milieux artistiques que fréquente le jeune Rops alors qu’il est inscrit aux cours de Droit de l’Université libre de Bruxelles au milieu du XIXe siècle, on a très vite reconnu le talent du caricaturiste et du lithographe. Illustrateur des Légendes flamandes (1858) de Charles de Coster, il est poussé par Charles de Groux et Constantin Meunier. Maîtrisant toutes les techniques (vernis mou, pointe sèche, aquatinte), il excelle dans la gravure à l’eau-forte qu’il a étudiée à Paris. Illustrateur de Baudelaire (Épaves en 1866, et les poèmes condamnés des Fleurs du mal), Rops devient l’un des illustrateurs les plus recherchés de la capitale française où il s’installe définitivement en 1874, sans renoncer à voyager à travers l’Europe et l’Amérique du Nord, ni à revenir régulièrement en bord de Meuse. Il en ramène d’éblouissants paysages ; mais à côté de cette peinture à l’huile, le dessinateur continue d’affoler les bourgeois bien-pensants par ses thématiques provocatrices. Membre du Groupe des XX, Félicien Rops a encore croisé la route d’Armand Rassenfosse (1886). De leur profonde amitié naissent une technique particulière de gravure et un vernis mou transparent, au nom évocateur, le « Ropsenfosse ».

Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
André LÉPINE, 80 monuments insolites d'Entre-Sambre-et-Meuse, Cerfontaine, 1989, p. 28
Wallonia 1912, p. 561
La Vie wallonne, 15 août 1921, n°12, p. 573 ; 15 octobre 1925, LXII, p. 81 ; 15 décembre 1925, LXIV, p. 133-146 ; octobre 1933, CXLVIII, p. 66-68
Maurice KUNEL, dans Biographie nationale, t. 33, col. 627-63

 

Buste Félicien Rops (Mettet)

Buste Félicien Rops (Mettet)

Paul Delforge