Symboles

La Wallonie dispose de ses symboles : un emblème et un drapeau - le coq hardi -, un hymne - Le Chant des Wallons -, une fête - le troisième dimanche de septembre -, une fleur - la gaillarde -, une distinction - le Mérite wallon - et une capitale : Namur. Tous sont le fruit d’une histoire, d’une appropriation populaire et d’une reconnaissance officielle.

Un emblème et un drapeau : le coq hardi

L'aquarelle de Pierre Paulus (1913) © Province de Liège - Musée de la Vie wallonne L'aquarelle de Pierre Paulus (1913)

Symbole annonciateur de l’aube, présent dans de nombreuses cultures, le coq est associé à la Gaule dès le IIe siècle par l’historien romain Suétone, jouant sur le fait que le terme latin gallus signifie à la fois coq et GauloisDepuis la Renaissance, il est l’un des symboles de la France, tant sous la monarchie que sous la république. Par ce choix, les promoteurs de la conscience wallonne soulignent donc les origines gallo-romaines des Wallons ainsi que leur appartenance à la culture française et aux valeurs des Lumières. Ils marquent néanmoins leur particularité dans la forme de l’emblème. Le coq gaulois est dit « chantant », le bec ouvert et les deux pattes au sol ; le coq wallon est « hardi », le bec clos et la patte droite - la dextre - levée. À l’initiative des militants wallons Jules Destrée et Paul Pastur, le modèle du coq wallon est fixé en 1913 par le grand peintre carolorégien Pierre Paulus. Les couleurs du drapeau - le rouge et le jaune - renvoient à celles de Liège, en hommage à son action pionnière en faveur de l’affirmation wallonne. L’emblème de la Wallonie est le coq hardi. Adopté en 1913 par l’Assemblée wallonne, premier parlement - encore officieux - des Wallons, il a été consacré officiellement par le décret du 23 juillet 1998.

Une fête : les fêtes de Wallonie

Fêtes de Wallonie - Citadelle de Namur © SPW-SG/J.-L. CarpentierFêtes de Wallonie - Citadelle de Namur

La fête officielle de la Wallonie est fixée au troisième dimanche de septembre. Elle rend hommage aux combattants wallons des Journées de septembre 1830 qui ont chassé les troupes hollandaises de Guillaume d'Orange dans le cadre de la révolution belge. Les fêtes des Wallonie sont lancées à l'extrême fin du XIXe siècle, à Liège, par les premiers mouvements d'affirmation de la conscience wallonne qui en font le symbole de la lutte contre la « néerlandisation ». Reconnues par l'Assemblée wallonne en 1913, leur première célébration organisée se déroule à Verviers, cette année-là. C'est cependant à partir de 1923 que le militant wallon et homme politique namurois François Bovesse assure leur pérennité et leur essor, en leur donnant une dimension à la fois politique et populaire. Son but est de mobiliser les Wallons pour la promotion de leur identité et la défense de leurs droits. Les fêtes conservent cette double dimension, à la fois festive et militante, au fil des décennies, faisant écho aux revendications wallonnes en faveur de l’autonomie politique. Après la création de la Région wallonne en 1980, c’est ce symbole et cette tradition profondément ancrée dans plusieurs villes et communes wallonnes que le Parlement wallon consacre unanimement par le décret du 23 juillet 1998.

Un hymne : Le Chant des Wallons

Lorsqu’en 1998, le Parlement wallon reconnaît « Le Chant des Wallons » comme hymne de la Wallonie, il consacre un usage quasi centenaire. Le chant est, en effet, le premier symbole à avoir été forgé. Il est composé dans le cadre d'un concours organisé en 1900 et 1901 par la Ligue wallonne de Liège - organe pionnier du Mouvement wallon - dans le but de donner à la Wallonie un hymne commun, par delà les chants traditionnels de ses différentes villes. Ses paroles - originellement en wallon liégeois -  sont de Théophile Bovy (1900) et la musique de Louis Hillier (1901). Après avoir envisagé la question en même temps que celles du drapeau et de la fête, l'Assemblée wallonne reconnaît ce chant - qui a fait son chemin dans les esprits - en 1935. En 1998, le Parlement wallon décide de retenir, pour la version officielle de l’hymne wallon, trois des quatre couplets originels, dans leur forme française (décret du 23 juillet).

Le Chant des Wallons

 (version française officielle)

Li Tchant des Walons

(version originale en wallon liégeois - 1901)

I. 

Nous sommes fiers de notre Wallonie,

Le monde entier admire ses enfants,

Au premier rang brille son industrie

Et dans les arts on l'apprécie autant.

Bien que petit, notre pays surpasse

Par ses savants, de plus grandes nations,

Et nous voulons des libertés en masse

Voilà pourquoi l'on est fier d'être Wallons ! 

I.

Nos estans firs di nosse pitite patreie

Ca, lâje et long, on jâse di ses èfans

A prûmi rang on l’mette po l'industrèye

Et d'vins les arts elle riglatihe ottant !

Nosse térre est p’tite, mains nos avans l’ritchèsse

Des hommes sincieux qu'anôblihet leu nom ;

Et nos avans des libertés tinpèsse :

Volà poqwè qu'on z'est fir d'esse Wallon !

Non repris dans la version officielle

Quand on relit les faits de notre histoire,

À chaque page on se sent transporté ;

Et l'on tressaille en pensant à la gloire

De nos aïeux qui n'ont jamais tremblé.

Quand l'ennemi voulu les rendre esclaves,

Il fut vaincu, broyé sous leur talon ;

César les a proclamés les plus braves :

Voilà pourquoi l'on est fier d'être Wallons !

II.

Di nosse passé, qwand c'est qu'on lét l'histwère,

On s'récresteye vormint à chaque foyou,

Et nosse cour crèhe, gwand c'est qu'on tûse al glwère,

Di nos vix péres qui n'avît mâie pawou !

C'est gråce à zels qui n'jouïvans dè l'pâie.

Is ont sprâtchî l’ênn'mi d'zos leu talon !

On l's'a r'clamé « les pus vaillants qu'i n'âye ! »

Volà poqwè qu'on z’est fir d'esse Wallon !

II.

Entre Wallons, toujours on fraternise ;

Dans le malheur, on aime à s'entraider ;

On fait le bien sans jamais qu'on le dise,

En s'efforçant de le tenir caché.

La charité visitant la chaumière

S'y prend le soir avec cent précautions ;

On donne peu, mais c'est d'un cœur sincère ;

Voilà pourquoi l'on est fier d'être Wallons !

III.

On s'veut voltis inte frés dé l’Wallonneye

Et l'on est prête onke l’aute à s'dinner l'main ;

On fait plaisir bin sovint sins qu'on l'deye ;

Nouque ni s'hâgnèye, qwand c'est qui vout fer l'bin !

Li Charité, qui mousse è l'mohinette,

N'y va qu'a l'nute, avou mèye precautions ;

Li pau qu'on donne on nè l'done qu'è cachette :

Volà poqwè qu'on z'est fir d'esse Wallon !

III.

Petit pays, c'est pour ta grandeur d'âme

Que nous t'aimons, sans trop le proclamer.

Notre œil se voile aussitôt qu'on te blâme

Et notre cœur est prêt à se briser.

Ne crains jamais les coups de l'adversaire,

De tes enfants les bras te défendront

Il ne faut pas braver notre colère :

Voilà pourquoi l'on est fier d'être Wallons !

IV.

Pitit pays, vos qu'a tant d'grandeur d'âme,

Nos v's-aîmans bin, sins qu'nos l'brèyanse bin haut ;

Qwand on v'kidjâse, âs-oûyes montèt nos låmes

Et nos sintans nosse cour batte à gros côps.

N'ayîz nolle sogne èt viquez è liyèsse :

Di nos èfants les bresses et l’cour sont bons,

Et nos avans les ch'vès foe'rt près dè l’tièsse :

Volà poqwè qu'on z'est fir d'esse Wallon !

Une capitale : Namur

Namur, capitale de la Wallonie © Daniel Van AckerNamur, capitale de la Wallonie

Depuis 1986, Namur est officiellement reconnue comme la capitale de la Wallonie (décret du 11 décembre). C’est le résultat d’une maturation progressive. À la fin du XIXe siècle, Liège, ancienne capitale d’une principauté millénaire et berceau du Mouvement wallon, jouit assez naturellement du statut de capitale historique. Pourtant, en 1912, au moment de fonder l’Assemblée wallonne, les militants wallons choisissent de fixer le lieu de ses séances à Namur « qui est la ville la plus centrale de Wallonie », située à l’articulation de toutes ses provinces et au confluent de la Sambre et de la Meuse. La question prend tout son sens avec la réforme de l’État et la création des institutions fédérées. En 1978, les bourgmestres des grandes villes wallonnes scellent un accord pour revendiquer pour Namur le statut de capitale de leur future Région, tout en refusant la centralisation que les Wallons ont combattue dans l’État unitaire. Ils préconisent ainsi l’installation des institutions politiques (Parlement et Gouvernement) et de l’administration centrale dans la capitale namuroise, des institutions économiques à Liège, des institutions sociales à Charleroi, de la fonction culturelle à Mons et des services liés à l’eau à Verviers. Une décision du jeune Exécutif régional wallon formalise cette répartition en 1983. Il faut cependant attendre 1988 pour que le Gouvernement, les cabinets ministériels et les administrations wallonnes prennent progressivement mais définitivement le chemin de la Wallonie et de sa capitale. Cette situation est consacrée en 2010 par l’adoption, par le Parlement wallon unanime, d’un décret instituant explicitement Namur comme capitale de la Wallonie, siège de son Parlement et de son Gouvernement (décret du 21 octobre).

Une fleur : la gaillarde

La Gaillarde La gaillarde

Comme les autres symboles, l’emblème floral de la Wallonie est d’abord adopté au sein de la société civile, sous l’influence du Mouvement wallon du début du XXe siècle. La question se pose dès 1913, au moment de reconnaître la fête et le drapeau. Léonie de Waha, pionnière de l’enseignement féminin et militante wallonne - fondatrice de l’Union des Femmes de Wallonie - propose la gaillarde, fleur qui aurait servi de signe de ralliement aux patriotes liégeois de 1789 ou de 1830. Ses couleurs, rouge et jaune, sont celles qui viennent d’être choisies pour la Wallonie. Sa popularisation est rapide, si bien que l’Assemblée wallonne la consacre dès 1914. Depuis, sans acquérir la notoriété du coq hardi, elle illustre la Wallonie dans ses manifestations. Ainsi, à Namur, depuis 1928, une gaillarde d’argent est remise comme distinction par le Comité central de Wallonie. En 2015, sur proposition du Gouvernement, le Parlement wallon accorde à ce symbole familier la consécration décrétale qui lui manquait.

Une distinction : le Mérite wallon

La médaille d'officier du Mérite wallon La médaille d'officier du Mérite wallon

En 2011, le Parlement wallon unanime crée la distinction du Mérite wallon (décret du 31 mars). Elle consacre la reconnaissance des autorités wallonnes envers toute personne, physique ou morale, dont le talent ou le mérite fait honneur à la Wallonie dans une mesure exceptionnelle et contribue à son rayonnement. Il s'agit de mettre en exergue celles et ceux qui, par leur vie et leurs actions, peuvent faire figure d'exemple pour leur participation à la dynamique wallonne et contribuent ainsi à la fierté et au respect des Wallons. Cette distinction compte quatre rangs, suivant le degré ou le niveau de confirmation du mérite distingué : médaille, chevalier, officier et commandeur. Ces distinctions sont, pour l’essentiel, remises à l’occasion d’une cérémonie annuelle organisée dans le cadre des fêtes de Wallonie.