Auguste Bauchau

et Eugénie LICOT-BAUCHAU

Namur 19/07/1779, Namur 13/03/1827

La famille Bauchart/Bauchau est connue comme étant l’une des toutes premières à s’adonner à l’industrie du cuivre à Bouvignes aux XIIe et XIVe siècles. Rivale de Dinant – sa voisine « liégeoise » située de l’autre côté de la Meuse –, la cité namuroise de Bouvignes entendait égaler voire dépasser les batteurs et fondeurs dinantais et les concurrencer sur les marchés du cuivre. À la fin du XIVe siècle, Colard Bauchau est le premier d’une dynastie d’artisans reconnus pour la qualité de leur production. La prospérité de ses batteurs de cuivre va se trouver favorisée par l’incendie de Dinant causé par les Bourguignons (milieu du XVe siècle). Mais eux-mêmes subissent, en 1554, le sac de Bouvignes par les armées du roi de France. Après avoir connu l’exil, les Bauchau retrouvent Bouvignes avant de se disperser au XVIIIe siècle, du côté de Dinant, de Châtelet ou de Namur. Ceux de Namur vont rester actifs dans leur secteur d’activités et devenir des bourgeois cossus.

À la fin du XVIIIe siècle, Auguste Bauchau hérite de son père (Jean-François, décédé en 1799), des forges de Moulins, près d’Anhée, et leur donne une extension considérable : avec leur haut-fourneau, deux forges, trois martinets et trois affineries, les forges de Moulins deviennent l’industrie la plus importante de la région durant la période française, occupant plus de 250 personnes. À l’époque, le département de Sambre-et-Meuse est l’un de ceux qui comptent le plus grand nombre de forges : on en dénombre plus de 70 avant Waterloo.
Devenu propriétaire de la moitié de la fonderie d’Yvoir et d’un haut-fourneau à Wépion (1803), Auguste Bauchau – surnommé « le Petit Napoléon des forges » – réussit à s’imposer comme l’un des fournisseurs de la marine française, bien que la qualité du fer qu’il produit s’avère insuffisante pour fabriquer des canons ; elle convient cependant parfaitement pour produire des boulets et des bombes, des ancres et des chaînes. Ses tentatives d’utilisation du coke s’avèrent vaines. Conscient que les forges de Florennes et de Couvin disposent de la qualité requise (pour les canons), l’homme d’affaires épouse Eugénie, la fille de Michel Licot, maître de forges à Rance, Couvin et Nismes. Elle aussi aura une destinée remarquable.

Sous le régime hollandais, Auguste Bauchau poursuit le développement de ses activités. Vice-président de la Chambre de Commerce de Namur (1817), il se fait le défenseur de ses propres intérêts et de ceux de ses coreligionnaires en obtenant une révision des droits de douane (1820). Autour de ses ateliers et usines, il contribue à l’amélioration du transport de l’énergie et des marchandises en faisant construire lui-même des routes. Juge à la Chambre de commerce et des fabriques de la ville de Namur (1826), il est encore à la tête de forges à Rivière et à Wépion, ainsi qu’à Annevoie et Maredsous. Nul doute qu’il aurait pris une part plus active dans le processus de la révolution industrielle en Wallonie s’il n’avait perdu la vie à Namur, à l’âge de 48 ans. Il est inhumé à Senenne (Anhée) près de sa maison de campagne. C’est sa veuve, Eugénie Licot, qui reprend alors les affaires et les fait prospérer, introduisant la famille Bauchau parmi les fondateurs de la sidérurgie du bassin de Charleroi.

Le Guetteur wallon, 1963, n°1

Revue du Conseil économique wallon, n°62, mai-juin 1963, p. 65-67

G. DEREINE, Le moulin des preitz, les forges de moulins, actuellement le moulin Bauchau à Moulins (Warnant), Florennes, 1988

Hervé DOUXCHAMPS, La Famille Bauchau, vol. II, Bruxelles, 2003, Recueil de l’Office généalogique et héraldique de Belgique, t. LIII, p. 504-580

Paul Delforge, décembre 2013