Octave Beauduin

dit Dom Lambert

Rosoux-lez-Waremme 5/08/1873, Chevetogne 11/01/1960

Fils d’un fermier catholique à la foi vivante et bourgmestre d’un libéralisme militant, dont il gardera sans doute un esprit en rupture avec le ghetto ecclésiastique, Octave Beauduin avait pensé embrasser la vie monastique, mais il est finalement entré au séminaire de Liège. Il sera ordonné prêtre le 25 avril 1897. Après deux années d’enseignement et de surveillance au petit séminaire de Saint-Trond, il entre dans la congrégation des Aumôniers du Travail, dont la fondation en 1894 avait été encouragée par Mgr Doutreloux. Il y fait preuve de ses qualités d’entreprise en organisant à Seraing une hôtellerie ouvrière. Mais lorsque Mgr Rutten impose une orientation conservatrice à la congrégation, l’abbé Lambert revient à sa vocation première et entre au noviciat de l’abbaye du Mont-César à Louvain (octobre 1906). Séduit par la liturgie qui rythme désormais sa vie, il n’aura de cesse que celle-ci ne soit plus réservée à une élite, mais qu’elle soit « démocratisée », et devienne « source de vie pour tous les chrétiens ».

Chargé du cours de Théologie sur l’Église, l’abbé Beauduin découvre bientôt que c’est véritablement dans la messe que l’Église prend corps. Au Congrès catholique de Malines en 1909, Dom Lambert va « lancer » ce qui deviendra le mouvement liturgique. Invité par le cardinal Mercier à faire un exposé sur la liturgie, il arrive avec peine à faire accepter La vraie prière de l’Église dans la section consacrée aux Œuvres scientifiques, artistiques et littéraires, mais son projet de rendre l’intelligence de la liturgie à tous les chrétiens est appuyé en séance solennelle par le prestige de Godefroid Kurth. Dès novembre 1909, il publie une revue mensuelle La vie liturgique avec traduction et explication des messes dominicales, qui, avec l’édition flamande, est tirée dès la première année à 75.000 exemplaires. À côté de cette « revue-missel », il organise des semaines liturgiques, mais ne parvient pas à créer une école permanente comme il le souhaitait. « (…) Dans un opuscule sur La Piété de l’Église, Dom Lambert va remettre en valeur la liturgie, non comme un ensemble de cérémonies extérieures, mais comme l’acte central du Christ en son Église » (Tihon).

Après l’invasion allemande de 1914, Dom Beauduin collabore avec le cardinal Mercier à la rédaction de la fameuse Lettre de Noël 1914. Il se lance bientôt dans la résistance active et se fait passeur d’hommes. Ayant dû se réfugier aux Pays-Bas, ses activités lui font découvrir l’Angleterre et l’Église anglicane. Peu après la guerre, il entrevoit un nouveau champ d’action tourné vers les Églises orientales, mais il est nommé professeur de Théologie à Rome en 1921. Son intérêt pour l’Orient s’y épanouit de même que son ouverture à l’œcuménisme. Rentré au pays, il écrit le mémoire sur L’Église anglicane unie mais non absorbée que le cardinal Mercier lira à la Conférence de Malines avec les anglicans en 1925. Cette même année, il fonde le monastère d’Amay, qui sera transféré à Chevetogne en 1939 ; il est destiné à promouvoir l’unité chrétienne, mais est centré sur l’Orient, en s’efforçant tout d’abord de comprendre cette autre tradition par une approche scientifique mais aussi spirituelle. « (…) La défection de quelques moines et des accusations fantaisistes provoquent bientôt une intervention romaine ».

Dès 1928, Dom Lambert doit se retirer à Tancrémont, et, en 1931, il comparaît devant un tribunal romain qui l’envoie en exil dans une abbaye du Midi de la France. Après deux années de pénitence, il est obligé de rester dans ce pays comme aumônier de religieuses. Plus proche de Paris, il a de nombreux contacts avec des prêtres et des membres d’autres Églises. « (…) En 1942, les Dominicains lui offrent la présidence du Centre de Pastorale liturgique qu’ils viennent de fonder. Gardant son enthousiasme de jeunesse et son optimisme, il reste l’entraîneur qui ne craint pas les paradoxes et les boutades primesautières » (Tihon). Il pourra enfin regagner le monastère qu’il avait fondé et il y passera les dix dernières années de sa vie. Il meurt le 11 janvier 1960, peu après l’annonce du Concile par son ami Jean XXIII.

André TIHON, dans La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. IV,  p. 54-58

Claude SOETENS, dans Biographie nationale, t. XLIV, col. 27-47

Paul Delforge, décembre 2013