Christian Beck

Verviers 4/01/1879, Menton 29/02/1916

Christian Beck perd sa mère, emportée par la tuberculose, alors qu’il n’a que trois ans. Lui-même mourra de la même cause. Ses études, incomplètes et désordonnées, il les accomplit dans un collège d’Anvers, puis à l’Athénée de Liège et enfin au Collège à Herve. En 1896, il arrive à Paris et se fait admettre dans le groupe du Mercure de France et rencontre Alfred Jarry. Deux ans plus tard, il commence une existence vagabonde, découvrant tour à tour la Suisse, l’Italie, l’Allemagne, la Hollande, la Norvège, la Russie. Au retour de ses voyages, il lance la revue littéraire Vie Nouvelle (1900), revue qui fait une profession de foi wallonne, francophile et fédéraliste ; ensuite ce sera Antée (1905-1907), revue d’esprit européen et de rang international, qui se situe à l’avant-garde parmi les revues françaises, Antée évoque l’enracinement ; le nom a été trouvé par Christian Beck lui-même. Il donne encore des articles dans différentes revues avant de repartir. Quelques années avant sa mort, il devient un collaborateur régulier au Mercure de France et accorde quelques articles à Wallonia. Christian Beck, qui inspire Gide dans ses Faux-Monnayeurs (il est dépeint dans le personnage de Lucien Bercail) et Jarry dans Gestes et opinions du docteur Faustroll, passe auprès des Wallons comme un illustre inconnu. Écrivain, il publie peu sous son nom et use de plusieurs pseudonymes. Sous le nom de plume de Joseph Bossi, il publie notamment Le Papillon (1910). Parmi ses autres œuvres, il faut retenir Adam (1906), Les erreurs (1906) et, au théâtre, Ce qui a été sera ou Adam battu et content (1898).

Pourtant, il s’est dévoué pour créer, au sein de la classe intellectuelle, une conscience de la personnalité wallonne, surtout en matière linguistique et littéraire. Il est le tout premier instigateur du Congrès international pour l’Extension et la Culture de la Langue française, qui se tient à Liège du 14 au 17 septembre 1905, et dont il est le secrétaire général. Pangalliste, anti-flamingant et en alerte à l’égard du pangermanisme, Beck se distingue moins par ce qu’il a écrit que par ce qu’il a voulu faire: à cause de cela, il a sur la vie intellectuelle de la Wallonie une action qui dépasse de beaucoup son apport personnel. Il ne cache pas sa sympathie pour une solution à l’époque jugée radicale : la séparation administrative. Il l’affirme en 1900 et le répète en 1911, encouragé par les mots prononcés par Émile Dupont, au Sénat. Il n’est cependant pas parmi les délégués de l’Assemblée wallonne.
Christian-le-Malchanceux, dira son ami Mockel, Beck est mort de tuberculose à l’âge de trente-trois ans. Sa fille, Béatrice Beck, née quatre ans avant la mort de son père, obtiendra le Prix Goncourt en 1954.

Encyclopédie du Mouvement wallon, Charleroi, Institut Destrée, 2000, t. I, p. 134-135
Histoire de la Wallonie (L. GENICOT dir.), Toulouse, 1973, p., p. 401
La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Histoire. Économies. Sociétés, t. II, p. 197, 204
La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. II, p. 429-430 ; t. III, p. 45, 145

Paul Delforge, septembre 2012