François Bouny

Sainte-Foy-la-Grande 16/05/1885, Watermael-Boitsfort 21/03/1965

Ingénieur, physicien, géomètre et professeur à l’École des Mines de Mons pendant 42 ans, François Bouny a marqué des générations d’ingénieurs actifs dans le développement et l’expansion de l’industrie wallonne au milieu du XXe siècle.
Originaire de Dordogne, descendante des Reclus, la famille gasconne des Bouny s’installe à Bruxelles, au milieu des années 1890, retrouvant ainsi Élisée Reclus qui s’apprêtait à enseigner la géographie comparée à l’École des Sciences sociales de l’Université libre de Bruxelles. À Bruxelles, François Bouny fréquente l’École des Petites Études, tenue par Florence de Brouckère, avant de se préparer, à l’Institut Dupuich, à des études d’ingénieur. À 20 ans, il a achevé, avec brio, sa formation à l’Institut Montefiore, et est ainsi ingénieur diplômé de l’Université de Liège. En 1908, il achève un doctorat en Sciences physiques et mathématiques à l’Université de Gand. Engagé d’abord à l’Institut Dupuich pour former ses anciens professeurs aux sciences nouvelles, Bouny accepte, en juin 1908, d’occuper la chaire de Mécanique rationnelle que lui propose l’École des Mines de Mons.
D’emblée, il apporte aux jeunes étudiants appelés à jouer un rôle dans l’industrie du Hainaut les connaissances les plus pointues de son époque, tout en faisant preuve d’humanisme scientifique. Avant la Grande Guerre, puisant dans les travaux récents de l’École française de Mathématique, il introduit dans l’enseignement de la Mécanique les bases de l’Analyse vectorielle et tensorielle, il développe la graphostatique de l’espace, il enseigne les bases de la photogrammétrie dans son cours de Géométrie descriptive, il crée un cours de Relativité, ainsi qu’une formation en Astronomie adaptée aux besoins des ingénieurs. Quant à son cours de géométrie analytique, il est d’emblée structuré en fonction des théories les plus avancées de son temps.
Pendant 42 ans, le professeur de l’École des Mines – qui a fait de l’aéronautique sa spécialité – va ainsi former une pléiade de jeunes ingénieurs et concourir à la bonne réputation de l’établissement montois, devenu Faculté polytechnique. En deux forts volumes, ses Leçons de Mécanique rationnelle témoignent de la pédagogie d’un savant averti pour qui les mathématiques sont primordiales dans la formation des ingénieurs. Doyen de la Faculté, Bouny crée, dans l’Entre-deux-Guerres, un Laboratoire de Mécanique rationnelle où, par une série d’expériences et d’appareils qu’il a mis au point, le pédagogue entend combattre le faux « bon sens » en privilégiant l’expertise scientifique. Par ailleurs, pendant de nombreuses années, par des conférences publiques, il vulgarise avec succès, au cœur du Hainaut, des théories nouvelles et parfois bien complexes (par ex. la théorie d’Einstein, conférence donnée en 1923).
Durant la Grande Guerre, François Bouny fuit la zone occupée, via les Pays-Bas et, après une longue convalescence due à une grave maladie, rejoint la France où il dirige le service électrique de la Fabrique de Poudre de Sevran jusqu’à l’Armistice ; son frère, Pierre, officier aviateur, accomplit plusieurs missions entre 1914 et 1916. Durant la Seconde Guerre mondiale, suspendu par l’occupant (1941), Bouny fait œuvre patriotique dans la clandestinité. Naturalisé belge depuis 1910, Bouny achève sa carrière à Mons, en 1950, mais, deux ans plus tard, il accepte d’assumer une brève succession en tant que professeur à l’Université libre de Bruxelles, suite au décès inopiné de son ami Émile Allard.

Les quarante années de professorat de Monsieur François Bouny à la Faculté polytechnique de Mons, Mons, octobre 1948
André JAUMOTTE et Paul GLANSDORFF, dans Biographie nationale, t. 42, col. 82-100
Christophe BRUN, Élisée Reclus, Une chronologie familiale… (1796-2014), http://raforum.info/reclus/IMG/pdf/1--_Chronologie_complete.pdf (s.v. mai 2016)

Sa bibliographie complète et la liste des instruments et appareils qu’il a conçus, cfr : Les quarante années de professorat de Monsieur François Bouny à la Faculté polytechnique de Mons, Mons, octobre 1948, p. 52-64

Paul Delforge, mai 2016