Amandt COLNET (ou COLLINET)

Lieu de naissance inconnu après 1580,  lieu et date de décès inconnus

« Facteur de verrerie » à Momignies, Amandt Colinet (Colnet) appartient à une dynastie de verriers actifs  en pays wallon depuis la fin du XIVe siècle, et originaires du pays de Chimay. À la lecture d’une liste de privilèges accordés par Philippe II en 1559, on se rend compte qu’ils sont une dizaine de Colnet à en bénéficier pour des fours et exploitations installés à Barbençon, Froidchapelle, Momignies, Genappe, voire Namur et le pays de Liège. Amandt Colnet (ou Collinet) n’est pas explicitement cité parmi les Colnet bénéficiant des dits privilèges, mais il présente la particularité d’avoir tenu un journal de manière ininterrompue durant quarante ans sur l’activité des verreries de Momignies (entre 1567 et 1613). Cela devrait suffire pour le ranger parmi les illustres Colnet verriers, d’autant que son témoignage apporte  une mine de renseignements sur la pratique quotidienne du métier, le contexte économique et politique de l’époque. Telle était la thèse développée par Raymond Chambon, cet historien, expert international de l’histoire du verre, qui découvrit plusieurs archives exceptionnelles, dont la monstrance de Beauwelz et le fameux Journal d’Amandt Collinet, qui lui permirent de démontrer que la région de Chimay était un lieu exceptionnel, avant-gardiste et permanent dans l’histoire du verre.

Si l’on en croit le journal, vers 1560, Amandt Colnet se rend notamment en Italie pour embaucher des ouvriers vénitiens et altarais, et les convaincre de travailler dans le pays de Chimay. Mais les guerres de religion sont néfastes à ses activités, à la fois par la baisse des commandes et le départ des ouvriers. Aussi, les deux verriers recrutés fuiront après quelque temps en raison des troubles qui règnent dans les Pays-Bas espagnols. Amandt Collinet en trouvera d’autres, venant de France ou de l’empire germanique ; vers 1582, la production reprend avec trois Altarais, et l’année suivante, il engage un Joseph Dorlodot et son fils, venus de France ; ils travailleront au Surginet à la fabrication de verres allemands. Les verriers italiens produisent alors des objets en verre fougère très clair de très bonne facture, ainsi que des objets « courants » décorés. En 1595, en raison des troubles à nouveau, les fours ne peuvent être rallumés, les ouvriers ayant fui vers d’autres cieux (Anvers, Liège notamment). Les Colnet sont alors contraints de revendre la verrerie de Momignies ; néanmoins Amandt Colinet continue d’y être employé. Avec la fin du siècle, les verreries de Leernes et de Froidchapelle ferment définitivement : face à la concurrence, leur production de verre à vitre n’est plus compétitive ; les verreries s’installent désormais à proximité des gisements houillers. Avec ses « produits haute gamme », Beauwelz, par contre, reste à la pointe, quelques progrès techniques ayant été utilement introduits ; on y produit des verres de cristal qui concurrencent ceux de Philippe Gridolphi, à Anvers. Face à la multiplication des verriers, Gridolphi obtient des gouverneurs des Pays-Bas le monopole absolu de cette production dans les provinces espagnoles (1607) et, malgré l’intervention du prince de Chimay, Surginet doit cesser ses activités à la manière de Venise. La fournaise est définitivement éteinte en 1620. En un demi-siècle, les Colnet perdent quasiment toutes leurs activités verrières en pays wallon.

Découvert par Raymond Chambon, le Journal d’Amandt Collinet (Colnet) présente un intérêt substantiel pour appréhender la production verrière au XVIe et au début du XVIIe siècle. Cependant, la critique historique récente a démontré que ce témoignage exceptionnel d’un autre temps n’est rien d’autre qu’un faux, fabriqué grossièrement par Raymond Chambon. En 2001/2002, analysant la monstrance de Beauwelz, appelée aussi le Catalogue Colinet, Jutta-Annette Page a démontré que l’encre du Catalogue n’a été fabriquée qu’après 1840, qu’il a été écrit à la plume métallique et non à la plume naturelle et que l’analyse des papiers présente des incohérences. Démontrant force preuves à l’appui que les « trouvailles » de Chambon, dont son Journal d’Amandt Collinet, ont été forgées de toutes pièces vers 1940, Benoit Painchart affirme pour sa part que « le personnage emblématique d’Amandt Collinet (ou Colnet) ne peut en aucun cas être celui d’un maître de fournaise ayant exercé son activité de 1567 à 1613. Sa naissance se situe peu après 1580 » et il est d’une lignée de Colnet n’exerçant pas le métier de verrier, mais active dans la sidérurgie. Par ailleurs, cet Amandt Collinet a simplement été échevin puis mayeur de Beauwelz au début du XVIIe siècle.

Alors qu’il n’y a pas eu d’activités verrières au Surginet et au Fourmathot au XVIe siècle, cet Amandt Collinet  occupe une place de choix dans de nombreux ouvrages et articles scientifiques qui s’appuyaient en toute confiance sur la synthèse de Chambon. Or, contrairement à la thèse de Chambon, le pays de Chimay n’a pas été, au XVIe siècle, « une aire de production d’exception, tant par l’excellence de ses produits que pour la précocité de ses installations en ce qui concerne « la façon de Venise » (PAINCHART, 22, p. 34).

Benoît PAINCHART, L’activité verrière des Colinet au Sart de Chimay, XIIIe-XVIIe siècles, cinq articles répartis  dans la revue Éclats de Verre, du n°21 au n°25, mai 2013-mai 2015, en particulier la deuxième partie : En quête de vérités, les preuves de la non-existence de Verreries au Surginet et au Fourmathot au XVIe siècle, dans Éclats de Verre, novembre 2013, n°22, p. 34-46
Benoît PAINCHART, Les Colinet non verriers et leur diffusion en terres de Chimay, de Trélon et d’Etroeungt, XIVe-XVIIe siècles, dans L’Avesnois. Bulletin du Cercle historique et généalogique de Berlaimont, septembre 2013, n°31, p. 43
Janette LEFRANCQ, Apports et incidences de l’œuvre de Raymond Chambon sur l’histoire de la verrerie en Belgique, dans Annales du XVIIe Congrès de l’AIHV (qui a eu lieu à Anvers en 2006), Anvers, 2009, p. 339-343
Jutta-Annette PAGE, The ‘Catalogue Colinet’ : a mid-16th-century manuscrit ?, dans Johan VEECKMAN (dir.), Majolique et verre de l’Italie à Anvers et au-delà : la diffusion de la technologie au XVIe et au début du XVIIe siècle, Anvers, 2002, p. 243-262
Raymond CHAMBON, Les Verreries forestières du Pays de Chimay du XIIe au XVIIIe siècle d’après les documents d’archives, dans Publications de la Société d’histoire régionale de Rance 1959-1960, Chimay, 1960, t. IV, p. 111-180
Ann CHEVALIER, Jacques TOUSSAINT, L’aventure du cristal et du verre en Wallonie, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1999
M. THIRY, Les verreries du Hainaut, dans Luc ENGEN (dir.), Le verre en Belgique : des origines à nos jours, Anvers, Mercator, 1989, p. 93-103
Virgile LEFEBVRE, La verrerie à vitres et les verriers de Belgique depuis le XVe siècle, Charleroi, Université du Travail, 1938
Raymond CHAMBON, Histoire de la verrerie en Belgique du IIe siècle à nos jours, Bruxelles, 1955
Isabelle LECOCQ, Le verre plat dans le vitrail monumental des anciens Pays-Bas au XVIe siècle dans S. Lagabrielle et M. Philippe (éd.), Verre et fenêtre de l’Antiquité au XVIIIe siècle, Actes de colloque, Paris, 2009, p. 147-157.

http://www.verre-histoire.org/colloques/verrefenetre/pages/p403_01_lecoc... (s.v. novembre 2014)

Paul Delforge, février 2021