Gilles Colnet (ou De Colinet)

Hainaut c. 1618, Barbençon 1651

Dans la première moitié du XVIIe siècle, Gilles Colnet prend le risque de rallumer la fournaise de Barbençon. S’appuyant sur une forte tradition familiale dans le métier du verre, il relance même un secteur plus spécialisé, avec la fabrication du véritable « cristal de Venise ». Avec succès.
Omniprésents, voire omnipotents dans le secteur du verre en pays wallon depuis le XVe siècle, les Colnet sont plus d’une centaine à être actifs dans leur domaine jusqu’au XIXe siècle. Mais, au XVIIIe siècle, plusieurs facteurs mettent à mal leur prospérité d’antan. Le remplacement progressif de l’emploi du charbon de bois par la houille dans les fours des verreries a une conséquence importante dès la première moitié du XVIIe siècle. La qualité des charbons maigres du pays de Charleroi y attirent les maîtres-verriers. Par ailleurs, Anvers a obtenu un monopole absolu sur les productions à la manière de Venise. À Liège, les Bonhomme sont de redoutables concurrents. Enfin, les troubles provoqués par les guerres de religion font fuir les ouvriers étrangers. En quelques années, les Colnet ont dû vendre Momignies et fermer progressivement Leernes, Froidchapelle et Beauwelz, celle-ci en 1620. Nombreux, les Colnet restent cependant actifs à Ways-Bousval, Thy et Baisy, notamment. Vers 1655-1659, deux Colnet travaillent à Liège dans les verreries de la famille Bonhomme. On retrouvera encore au XVIIIe siècle des Colnet, fondateurs de verreries, à Gand, à Bruges et à Dunkerque, voire en Angleterre. Attirés par la présence du charbon, des Colnet s’installeront à Lodelinsart, à Gilly et encore à Jumet.
Mais c’est à Barbençon que Gilles Colnet entreprend de relancer des activités vers 1622. Représentant de la 7e génération des Colnet depuis l’attestation de la présence de Jean de Colnet à Leernes au XVe siècle, il appartient à la branche « Gilles Colnet », frère d’Englebert et fils de Colard Colnet. Il reprend la fabrication en verre clair potassique de modèles vénitiens qu’avait dû abandonner la fournaise de Beauwelz à cause du monopole accordé à Anvers par Philippe Gridolphi. Vers 1628, Gilles Colnet relance aussi la production de verres « à la façon d’Allemagne » ; il conquiert le marché des Pays-Bas et provoque la déroute de van Lemens à Anvers et à Bruxelles. Ambitieux, il entreprend, à partir de 1635, la fabrication du véritable « cristal de Venise » en dépit de l’exclusivité dont bénéficie le même maître verrier bruxellois depuis 1629. Un accord est conclu entre les deux hommes ; de Colnet s’engage à ne pas produire de la verrerie fine, mais le contrat ne stipule rien à propos de « l’imitation des verres raffinés », en l’occurrence les verres de cristal. En quelques années, Gilles Colnet fait renaître Barbençon et assure une grande prospérité à son activité. Son fils Nicolas épousera une fille Polchet, de la famille des maîtres de forges, et sa fille Françoise épousera Fanscesco Savonetti, un excellent verrier de Murano… à qui il confia la fournaise de Bruxelles reprise à son rival van Lemens en 1640. Les Colnet et apparentés disposaient ainsi d’une quasi exclusivité sur tout le marché des Pays-Bas.
Concernant la graphie exacte de son patronyme, Colinet et Colnet sont utilisés indifféremment ; la particule « de » s’est ajoutée depuis le XVe siècle parce que les ancêtres Colnet exerçaient un art très singulier et s’étaient engagés à ne pas faire commerce eux-mêmes ; par conséquent, ils jouissaient d’un statut nobiliaire très particulier.

M. THIRY, Les verreries du Hainaut, dans Luc ENGEN (dir.), Le verre en Belgique des origines à nos jours, Anvers, Mercator, 1989, p. 104
Virgile LEFEBVRE, La verrerie à vitres et les verriers de Belgique depuis le XVe siècle, Charleroi, Université du Travail, 1938
Stanislas BORMANS, La fabrication du verre de cristal à Namur, dans Bulletin des commissions royales d'art et d'archéologie, Bruxelles, 1888, volume 27, p. 439-464
Raymond CHAMBON, Histoire de la verrerie en Belgique du IIe siècle à nos jours, Bruxelles, 1955
http://gw.geneanet.org/michubert?lang=fr;pz=maxine+marie+francoise+cicer... (s.v. novembre 2014)
Informations communiquées par Michel Hubert (novembre 2014)
H. SCHUERMANS, Verres façon de Venise fabriqués aux Pays-Bas. 9e lettre au Comité, dans Bulletin des commissions royales d'art et d'archéologie, Bruxelles, 1889, t. 28, p. 209-260
Janette LEFRANCQ, Apports et incidences de l’œuvre de Raymond Chambon sur l’histoire de la verrerie en Belgique, dans Annales du XVIIe Congrès de l’AIHV (qui a eu lieu à Anvers en 2006), Anvers, 2009, p. 339-343
Jutta-Annette PAGE, The ‘Catalogue Colinet’ : a mid-16th-century manuscrit ?, dans Johan VEECKMAN (dir.), Majolique et verre de l'Italie à Anvers et au-delà : la diffusion de la technologie au XVIe et au début du XVIIe siècle, Anvers, 2002, p. 243-262

Paul Delforge, décembre 2014