François de COLNET (COLINET) (lignée Gilles Colnet)

Pays wallon début du XVIe siècle, Barbençon c. 1559

Alors qu’ils détenaient un certain monopole sur la production des verres à vitre, des bouteilles et de la gobeleterie principalement dans le Hainaut, et qu’ils auraient introduit le « verre à fougère » à « la façon de Venise » dont ils auraient détenu l’exclusivité, les Colnet doivent affronter la concurrence de nouveaux verriers italiens et surtout de leurs redoutables techniques. En favorisant l’ouverture d’une verrerie à Anvers, spécialisée dans la production raffinée à la manière de Venise (c. 1535), l’empereur enlève en quelque sorte l’exclusivité dont aurait joui jusque-là la verrerie de Surginet à Beauwelz, dans le pays de Chimay. Beaulwez aurait néanmoins conservé l’avantage de sa déjà longue expérience, son concurrent éprouvant des difficultés à mettre ses produits au point. En associant des verriers de Murano et en produisant des verres à la vénitienne, décorés d’émaux, les Colnet (à l’époque de la 3e génération, celle de Gilles, fils de Collart) montrent leur capacité à rencontrer les nouveaux goûts des souverains.
Fils du maître verrier Gilles de Colnet, François poursuit les activités verrières de Bauwelz, avec son frère Engraind (ou Engrand ou Eugène, les orthographes varient). En 1549, lors d’un séjour en Hainaut, Charles-Quint et son fils, le futur Philippe II, rendent d’ailleurs visite au four à verre du Surginet. Afin de prouver la qualité de leur savoir-faire, les hommes de François et Engrand de Colnet  réalisent deux pièces exceptionnelles qui sont offertes aux visiteurs : une galère en verre blanc, décorée finement et mesurant un mètre vingt-cinq de long, ainsi qu’un vase sophistiqué à la manière de Venise.
Profitant des ratés de la verrerie d’Anvers, François de Colnet maintient à Beauwelz une production raffinée à la façon de Venise qui s’adapte à l’évolution de la mode de l’époque ; elle est exécutée par des artisans étrangers, en l’occurrence originaires de Murano. Un catalogue de ses activités dressé vers 1555 par François de Colnet montre clairement sa capacité de réaliser tout ce qu’il est alors possible de produire ; le four de Beauwelz fabrique à la fois des produits à la manière de Venise, du gros verre à l’allemande et des verres blancs ordinaires. À Macquenoise (ateliers du Formathot), le « grand four » est consacré exclusivement aux bouteilles et au verre plat de France ou de Lorraine. Soucieux de maintenir son omniprésence sur tous les marchés, François de Colnet s’appuie à la fois sur un savoir-faire hérité d’une longue tradition familiale, sur sa capacité de réaliser des produits nouveaux, et de recruter des verriers venus d’Italie dont les connaissances techniques restent supérieures à celles pratiquées en pays wallon.
En 1559, François et Engrand reçoivent la confirmation par Philippe II des privilèges accordés à la fin du siècle précédent à leurs ancêtres maîtres-verriers à l’origine de la dynastie de Colnet. Les lettres patentes leur sont accordées pour Momignies (ateliers du Formathot à Macquenoise, du Surginet à Beauwelz). Frères d’Adrien et de Nicolas, ils sont deux des quatre fils de Gilles de Colnet et petit-fils de Collard. Par rapport à Jean Colnet, considéré comme le fondateur de la dynastie, Engrand et François sont les représentants de la 4e génération. François meurt en 1559 sans descendance.

Les origines des Colnet font l’objet de débats depuis de très nombreuses années ; ils sont loin d’être terminés. En effet, depuis le début du XXIe siècle, les écrits de Raymond Chambon sont très sérieusement remis en cause. Or, son ouvrage de synthèse sur l’histoire du verre en Belgique est une référence qui pèse lourdement sur la vision traditionnelle de l’histoire du verre dans le pays wallon, en particulier dans la région de Chimay. On restera par conséquent attentif à toute nouvelle information permettant de cerner parfaitement les activités des Colnet, de François (de) Colnet en particulier.

Janette LEFRANCQ, Apports et incidences de l’œuvre de Raymond Chambon sur l’histoire de la verrerie en Belgique, dans Annales du XVIIe Congrès de l’AIHV (qui a eu lieu à Anvers en 2006), Anvers, 2009, p. 339-343
Jutta-Annette PAGE, The ‘Catalogue Colinet’ : a mid-16th-century manuscrit ?, dans Johan VEECKMAN (dir.), Majolique et verre de l'Italie à Anvers et au-delà : la diffusion de la technologie au XVIe et au début du XVIIe siècle, Anvers, 2002, p. 243-262
M. THIRY, Les verreries du Hainaut, dans Luc ENGEN (dir.), Le verre en Belgique : des origines à nos jours, Anvers, Mercator, 1989, p. 93-103
Virgile LEFEBVRE, La verrerie à vitres et les verriers de Belgique depuis le XVe siècle, Charleroi, Université du Travail, 1938
http://gw.geneanet.org/michubert?lang=fr;pz=maxine+marie+francoise+cicer...
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http://gw.geneanet.org/michubert?lang=fr;pz=maxine+marie+francoise+cicer...
http://gw.geneanet.org/michubert?lang=fr;pz=maxine+marie+francoise+cicer... (s.v. 27 novembre 2014)
Michel PHILIPPE, Naissance de la verrerie moderne XIIe-XVIe siècles. Aspects économiques, techniques et humains, Turnhout, Brepols, coll. dans De Diversis Artibus, XXXVIII, p. 80, 241-242, 402-403
Stanislas BORMANS, La fabrication du verre de cristal à Namur, dans Bulletin des commissions royales d'art et d'archéologie, Bruxelles, 1888, volume 27, p. 472, note 1 qui cite J-G. Le Fort, héraut d’armes du pays de Liège
Raymond CHAMBON, Histoire de la verrerie en Belgique du IIe siècle à nos jours, Bruxelles, 1955
Histoire de la Wallonie (L. GENICOT dir.), Toulouse, 1973, p. 256
La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Histoire. Économies. Sociétés, t. I, p. 277
La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. II, p. 277

Paul Delforge, décembre 2014