Jean-Joseph Dehin

Liège 21/10/1809, Liège 9/01/1871

« Type du poète-ouvrier » du XIXe siècle, Jean-Joseph Dehin est parvenu à améliorer sa condition sociale par son courage d’une part, par son talent d’écrivain d’autre part. Initié au métier de chaudronnier par son père, il s’applique dans le métier, avant de se lancer dans la ferronnerie/dinanderie dont il devient maître-artisan. Avec ses fils, il intervient sur de nombreux bâtiments de Liège, notamment la cathédrale, et il laisse quelques marques en wallon qui sont autant de signatures du maître Dehin.
Séduit très tôt par le prolifique chansonnier parisien Béranger (1780-1857), il enchante ses familiers par diverses chansons, avant d’élargir son auditoire : ses pasqueyes séduisent par leur bonne humeur, leur humour, voire surtout leur esprit gaulois. À la suite de Charles Duvivier de Streel, de Charles-Nicolas Simonon et de Henri Forir, Dehin devient au milieu du XIXe siècle le chansonnier liégeois le plus prisé. Sur des airs repris à Béranger, il apporte ses p’tits moumints d’plaisir dès 1845, où alternent cramignons gaillards, chants politiques, où déjà se dégage son talent de description des scènes populaires. Attaché à l’histoire liégeoise et se sentant le besoin de défendre des idées politiques, il dédie un poème historique au drame de Sébastien La Ruelle et dénonce l’exploitation des ouvriers (Les Rawettes, 1846). S’il perdra quelque peu le ton incisif de ses premiers écrits, li mêsse tchödronî ainsi que Dehin signait ses premières publications reste marqué par la période liégeoise où s’affrontaient Chiroux et Grignoux et commet aussi une satire contre le flamand. Avec Fâves de Lafontaine, Dehin se lance dans d’excellentes adaptations wallonnes de l’écrivain français, transformant par exemple La cigale et la fourmi en un coq d’awous’ qu’aveût tchanté tot long l’osté. Poète dialectal, il apporte sa contribution à l’Almanach de Mathieu Laensberg dans les années 1850. En 1856, il fait partie des fondateurs de la Société de littérature wallonne et, parmi les nombreux bourgeois, il fait figure d’homme du peuple.

Maurice PIRON, Anthologie de la littérature dialectale (poètes et prosateurs), Liège, 1979, p. 132-141
Maurice PIRON, dans Biographie Nationale, t. 29, col. 525-530
La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. II, p. 125, 467-468
Musée des Beaux-Arts, Exposition Le romantisme au pays de Liège, Liège, 10 septembre-31 octobre 1955, Liège (G. Thone), s.d., p. 64-65

Les p’tits moumints d’plaisir, 1845
Les Rawettes, 1846
Châre et panâhe, 1850
Oûves complettes, 1850
Fâves de Lafontaine, 1850

Paul Delforge, décembre 2014