Joseph Demoulin

Liège 29/01/1825, Liège 25/01/1879

Fils d’un ouvrier maçon, Joseph Demoulin bénéficie des sacrifices paternels qui lui permettent d’accéder aux études. Fort d’une solide instruction dans des collèges catholiques réputés, il prend la direction de Paris où il veut se faire un nom en littérature. Il y arrive au moment où la capitale française est plongée dans le climat prérévolutionnaire de 1848 ; acquis aux idées démocratiques et progressistes, partisan absolu du suffrage universel, le Liégeois côtoie les milieux parisiens, est en contact avec Victor Hugo et Pierre-Joseph Proudhon, et se fait pamphlétaire. Ses attaques contre Louis Napoléon le conduisent par deux fois en prison pour délit de presse, avant d’être expulsé de France (1851). Rentré au pays, il vit de sa plume, comme journaliste, romancier, auteur dramatique, auteur engagé. Il écrit des feuilletons, des poèmes satiriques, des œuvres wallonnes pour le théâtre qui sont remarquées, mais pas impérissables. S’inscrivant dans la veine naturaliste et réaliste, il n’échappe pas au ton moralisateur. En 1860, Le Quart d’heure du diable est un petit essai satirique dédié à la princesse de Rheina-Wolbeck, comtesse de Lannoy-Clervaux. Depuis les années 1850, il a aussi en chantier un ambitieux roman sur la Révolution liégeoise de 1789.

S’il excelle dans les lettres, il éprouve des difficultés avec les chiffres. Après avoir retrouvé brièvement la prison, cette fois en raison de dettes accumulées, il lance, en 1869, un journal, Le Petit Courrier, dont le succès est assuré par la couverture qu’il fait de la guerre franco-prussienne de 1870. En 1871, attiré par la Commune, il retourne à Paris afin de mettre en application ses profondes convictions progressistes et sociales. Correspondant pour Le Rappel, Joseph Demoulin est arrêté par les Versaillais et échappe de justesse au peloton d’exécution. À nouveau, il est expulsé de France. Ses dernières années à Liège le voient se consacrer à l’écriture. 

En 1874, il publie son roman le plus connu, Le D’zy, qui, en wallon de la région du Condroz, désigne la couleuvre argentée. Tel est le surnom qu’il attribue à son héros (Paul Derenne), sorte de Robin-des-Bois, « philosophe, droit, libéral, intelligent, toujours prêt à aider les pauvres, mais qu’une erreur judiciaire a réduit à vivre en hors-la-loi, dans les bois, comme un génie bienfaisant, aussi insaisissable qu’un orvet » ; plusieurs fois réédité, ce roman constitue une véritable fresque vivante de la vie rurale dans les années 1830, intégrant de nombreuses dimensions politiques. En 1874, à la suite de son poème Le Martyr dédié à Grégoire-Joseph Chapuis, il mobilise ses contemporains (proches de ses idées) en faveur du Verviétois qu’il comparait à Saint-Just.

En 1876, alors qu’il réédite un Recueil de chansons wallonnes et chansonnettes, J. Demoulin devient aussi le deuxième président du Caveau liégeois ; mais sa présidence de la société littéraire est éphémère (à peine six mois) ; peu rompu à la culture du compromis, ce radical et franc-maçon finit son existence dans un certain dénuement matériel que compensent ses convictions politiques. En 1880, ses frères maçons lui rendront hommage en republiant Les plébéiennes, recueil des poésies écrites par Demoulin dans les années 1870.

Philippe RAXHON, La Figure de Chapuis, martyr de la révolution liégeoise dans l’historiographie belge, dans Elizabeth LIRIS, Jean-Maurice BIZIÈRE (dir.), La Révolution et la mort : actes du colloque international, Toulouse, 1991, p. 209-222
Robert FRICKX et Raymond TROUSSON, Lettres françaises de Belgique. Dictionnaire des œuvres, t. I, Le Roman, Paris-Gembloux, Duculot, 1988, p. 151-152
La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. II, p. 390-391, 482
Histoire de la Wallonie (L. GENICOT dir.), Toulouse, 1973, p. 399
Musée des Beaux-Arts, Exposition Le romantisme au pays de Liège, Liège, 10 septembre-31 octobre 1955, Liège (G. Thone), s.d., p. 58
Célestin DEMBLON, Joseph Demoulin, Sa vie et ses œuvres, Liège, 1883, réédité par le Caveau liégeois, 1998
È Fonci-Pîrète 
Dji von, djin ‘pou (1858)
Les Plébéiennes (1870)
Pô/Lambert (1881)

Paul Delforge, septembre 2012