Abel Dubois

Erbisoeul 5/01/1921, Mons 18/10/1989

Longtemps dans l’ombre de Léo Collard, Abel Dubois s’est imposé comme une forte personnalité socialiste, un partisan acharné de l’enseignement public, un réformateur majeur du monde de l’éducation et un défenseur attentif des intérêts et du rôle de la ville de Mons dans le paysage institutionnel en pleine évolution. En 1968, Abel Dubois était devenu le premier ministre de l’Éducation nationale à s’occuper exclusivement de l’enseignement « francophone ».
Fils de cheminot militant syndical, diplômé de l’École normale de l’État à Mons (1939), il entame sa carrière dans l’enseignement communal juste avant la Seconde Guerre mondiale. Ayant suivi une formation à Nivelles comme régent en éducation physique, il devient professeur à l’Athénée de Mons à partir de 1948. Pédagogue comme militant socialiste, Abel Dubois considère que la question de l’enseignement est primordiale. Secrétaire puis président des Jeunes Gardes socialistes montoises (1939), secrétaire de la section locale du PSB de Mons (1945), Dubois s’est présenté au scrutin communal d’octobre 1952 et a été élu conseiller communal. Il entre à l’hôtel de ville de Mons au moment où, pour la première fois, en la personne de Léo Collard, la cité du Doudou est dirigée par un socialiste. Forte personnalité, Léo Collard est choisi comme ministre de l’Instruction publique (1954-1958) et s’entoure d’un cabinet où Abel Dubois devient le secrétaire particulier du ministre. C’est dire s’il soutient les mesures vilipendées par le PSC qui ranime la guerre scolaire. Le pacte scolaire est signé en novembre 1958, mais les socialistes ne sont plus au gouvernement.
Nommé inspecteur de l’Enseignement technique (1957-1965), Abel Dubois est désigné, après le scrutin d’octobre 1958, comme échevin en charge des Travaux publics (1959-1965). Il héritera plus tard de l’Instruction publique et de la Culture (1965-1969, janvier 1972-mars 1973), avant de remplacer Léo Collard comme bourgmestre de Mons (mai 1974-mars 1989). Entre-temps, Dubois a exercé à plusieurs reprises responsable de cabinets ministériels (auprès de Marcel Busieau de 1961 à 1963, de Henri Deruelles de 1963 à 1965). Fort d’une telle expérience, et alors que Léo Collard préside le PSB, Dubois est choisi comme sénateur provincial du Hainaut (1965-1968), avant d’être élu au scrutin dans l’arrondissement de Mons-Soignies (1968-1974).
Ses compétences en matière d’enseignement le désignent immanquablement comme ministre de l’Éducation nationale dans les gouvernements Eyskens (de juin 1968 à janvier 1972) ; il aura à régler définitivement les conséquences du Walen buiten dont la première est sans conteste sa désignation en tant que premier ministre de l’Éducation nationale uniquement responsable de l’enseignement francophone ; à ses côtés, Pierre Vermeylen est en charge de l’enseignement néerlandophone. Durant son mandat ministériel, Abel Dubois entreprend une profonde réforme dans un but de démocratisation, dont les principaux éléments sont l’instauration de l’enseignement rénové dans le secondaire, la création de l’enseignement spécial, le lancement de l’enseignement de promotion sociale, l’établissement d’un statut pour les enseignants, l’instauration de la semaine des cinq jours, ainsi que les fameuses lois universitaires de 1971, dont celle sur l’expansion universitaire qui crée une troisième université d’État, à Mons, et celle sur le mode de financement fondé sur le nombre d’étudiants. Partisan de la décentralisation administrative, il installe à Mons le Fonds de Constructions scolaires, ainsi que le Centre technique de l’Education nationale. Secrétaire d’État dans le gouvernement Leburton Ier (janvier-octobre 1973), en charge de l’Aménagement du Territoire et au Logement, adjoint du ministre des Travaux publics, il démissionne de sa fonction et se consacre entièrement à « sa » ville de Mons. S’il a voté en faveur de l’inscription d’une réforme de l’État dans la Constitution en décembre 1970, il ne siégera qu’au sein du seul Conseil culturel de la Communauté culturelle française de Belgique (1971-1974). Les institutions wallonnes ne sont pas encore nées lorsqu’il décide, en mars 1974, de ne plus se représenter au Sénat.
Devenu principalement maïeur de Mons, Abel Dubois y développe une politique ambitieuse de rénovation urbaine, de développement d’infrastructures (hôpitaux, routes, studio RTB, musées), de valorisation culturelle et de restauration architecturale, affirmant le rôle de sa ville à l’échelle wallonne, et pas seulement en tant que cité universitaire. En juin 1976, il figurait parmi les 143 signataires de la Nouvelle Lettre au roi (29 juin 1976), destinée à dénoncer l’extrême lenteur mise dans l’application de l’article 107 quater de la Constitution et à plaider en faveur d’un fédéralisme fondé sur trois Régions : Bruxelles, Flandre et Wallonie. En 1978, Abel Dubois avait anticipé la mise en place du futur paysage institutionnel wallon en s’accordant avec les autres bourgmestres des grandes villes wallonnes, pour reconnaître à Namur le statut de capitale politique de la Wallonie, pour attribuer à Liège les fonctions économiques, à Charleroi les administrations sociales, et à Mons les organismes culturels.

Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
Marie ARNOULD, dans Nouvelle Biographie nationale, t. VI, p. 178-180
Mark VAN DEN WIJNGAERT (dir.), D’une Belgique unitaire à une Belgique fédérale. 40 ans d’évolution politique des communautés et des régions (1971-2011). Étude à l’occasion du 40e anniversaire du Parlement flamand, Bruxelles, ASP, décembre 2011, p. 21
Histoire du Sénat de Belgique de 1831 à 1995, Bruxelles, Racine, 1999
La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. IV, p. 267, 271, 293-295, 298

conseiller communal de Mons (1953-
échevin (1959-1974)
sénateur provincial du Hainaut (1965-1968)
sénateur (1968-1974)
ministre (1968-1972)
secrétaire d’État (1973)
bourgmestre (1974-1989)

Paul Delforge, décembre 2014