Joseph Dufrane

Frameries 23/12/1833, Mons 16/12/1906

Écrivain dialectal, l’industriel Joseph Dufrane qui est généralement mieux connu sous son pseudonyme de Bosquétia, est considéré comme le « fondateur de la littérature dialectale du Borinage » (Maurice Piron).
À Frameries, au lendemain des journées de Septembre 1830, la famille Dufrane est bien connue. François-Joseph y est négociant, clerc laïque, et père d’une famille de six enfants, dont Joseph semble l’aîné. Il marche dans les pas de son paternel et devient un directeur de charbonnages prospère. Dans sa localité de Frameries, il s’est présenté au vote des électeurs censitaires et il a été élu conseiller communal à la fin des années 1860. Joseph Dufrane est un bourgeois aisé qui aime se divertir : artiste aux multiples facettes, pianiste, chef de la Ducale fanfare créée par son père, le musicien est chansonnier et compositeur. À Bruxelles où il s’est installé vers 1875 pour raisons professionnelles, il ressent le besoin de se consacrer davantage aux lettres wallonnes.
Reprenant à son compte l’initiative d’un Armonaque borain, il rédige une série de textes – humoristiques, facétieux, etc. – et publie trois livraisons de l’Armonaque entre 1880 et 1882. Répondant à l’invitation de son frère cadet, Jules Dufrane-Friart qui, entre autres activités, est imprimeur, il devient le rédacteur en chef d’un nouveau journal, Tambour battant, en 1885, aux idées libérales démocratiques et anticléricales. Dans cette feuille destinée à la classe ouvrière, Joseph Dufrane mêle aux idées politiques son humour potache, voire graveleux, ce qui contraint à la cessation du journal (1888) ; il réédite alors son Armonaque (1889-1890). Mais en signant du pseudonyme de Bosquètia (écureuil) les articles du Tambour battant, Dufrane s’est fait une place dans le Borinage, ainsi que dans les milieux wallons.
En 1886, il avait fait imprimer ses Essais de littérature boraine, composés principalement de chansons et de fables. On y retrouve En’ c’èst nî co Fram’rîye qui est déjà considéré comme l’hymne de Frameries et de sa région. Cette chanson qui donne ses lettres de noblesse au wallon borain, Joseph Dufrane l’a composée en 1879 et il l’a interprétée pour la première fois au piano, en juillet, lors de la ducasse, sur un air emprunté à Béranger. Elle était parue pour la première fois dans les pages du premier volume de l’Armonaque borain. On rencontre encore Dufrane chroniqueur dans l’hebdomadaire La Gazette du Borinage (1888-1891), en vers et en prose.
À la fin des années 1880, Dufrane se met encore à adapter en borain les fables de La Fontaine et des pièces de Molière, qui sont fort appréciées. Son Cocu imaginaire ainsi que les « traductions » du Médecin malgré lui et du Misanthrope (L’hurson, 1907) connaissent un vrai succès populaire. Maître du vaudeville, il crée ensuite des œuvres originales, tant en prose que sous forme de chansons en opérettes ou de pièces de théâtre. Après son décès, survenu en 1906, son fils Louis entreprend de rassembler toute la production de son père et de la publier en trois volumes (1908).

Maurice PIRON, Anthologie de la littérature dialectale de Wallonie, poètes et prosateurs, Liège (Mardaga), 1979, p. 206
Wallonia, 1909, t. XVII, p. 103-106 ; 1913, t. XXI, 1913, p. 622
http://www.frameries.be/Loisirs/histoire/personnages-celebres-1/joseph-d... (s.v. septembre 2014)
Robert WANGERMEE (dir.), Dictionnaire de la chanson en Wallonie et à Bruxelles, Liège, Mardaga, 1995, p. 84-85
Alain JOURET, Jules Dufrane, dans Nouvelle Biographie nationale, t. VI, p. 181
La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. II, p. 471, 487
150ème anniversaire de Bosquetia (Joseph Dufrane) né à Frameries, le 23 décembre 1833 : manifestations commémoratives 1982-1983, Frameries, 1984, 3 tomes

Sa production
En’ c’èst nî co Fram’rîye paru dans Armonaque borain, 1880, p. 20 et dans Essais de littérature boraine, Frameries, 1886, p. 27-29.
Armonaque borain, 1880, 1881 et 1882
Essais de littérature boraine, 1886
Œuvres choisies, 1892

Comédies
Pierrot vet co !, 1907
Les Deux djaloux, 1907
El Cron Saudart, autremeint dèt l'volontaire dè dix-huit ceint treinte, 1907
Deux cos pou n'pouillette, 1907
El Testameint, 1907
El Mèdecin maugré lè, 1907
L’hurson, 1907
Les Tois swhaits (opérette), 1908
El Parvenu, 1908
C’est l’Diape !, 1908
Les bottes Bastien, 1908

Paul Delforge, décembre 2014