Auguste Mambour

Liège 13/05/1896, Liège 30/10/1968

Quand le ministre Jules Destrée modernise le Prix de Rome en 1922, c’est une jeune fille de Libramont qui remporte le Premier Prix, au grand dam du Second Prix, le Liégeois Auguste Mambour qui ne dissimule pas son désarroi. Dessinateur et surtout portraitiste doué, installé comme agent en publicité et en décoration au lendemain de la Grande Guerre, le personnage possède déjà une solide réputation, tant par son orgueil qui dérange que par ses toiles qui choquent. Par révolte contre l’impressionnisme, l’académisme voire le réalisme, il est très vite passé d’une période fauve hachurée à un expressionnisme passionné. Mais il ne veut pas peindre les paysages, préférant les hommes et les femmes qu’il représente sous des formes sculpturales.
Second Prix de Rome 1922, contrairement à l’habitude qui veut que l’on se rende en Italie ou en Grèce, Auguste Mambour décide d’apprendre l’art nègre et part six mois au Congo... afin de retrouver un « primitivisme dont le monde occidental avait perdu jusqu’à la trace » (1923). Pas plus qu’il n’avait peint le paysage wallon, il ne peindra le paysage congolais. Il rend les seuls gestes les plus quotidiens ainsi que des têtes et des bustes. Loin de persévérer dans une veine africaine, Mambour se lance dans une série de nouvelles toiles qui déroutent et scandalisent par leur présentation de corps ou parties de corps jugées érotiques. Il entreprend ensuite de rompre petit à petit avec sa manière de représenter la réalité (1924-1926) : il en arrive ainsi à adhérer au surréalisme (1926-1929). Mais au moment où Magritte devient une référence, Mambour lui, isolé, découragé, cesse de peindre (1929) – ou du moins de se manifester – pendant plusieurs années.
Pour assurer sa subsistance, il fonde une nouvelle agence de publicité (1928-1935) et réalise des affiches parfois exceptionnelles. Notamment pour la FN, qui est un client régulier (1929-1932). En renouant avec le style des années 1923-1924, Mambour refait surface (1931) et est désigné comme professeur de dessin à l’Académie des Beaux-Arts de Liège (1931), où il obtient un statut définitif (1933). Nommé de surcroît professeur du cours d’art décoratif (1935), il va enseigner jusqu’en 1945.
« En réalité, son œuvre tient dans une large décennie (mettons de 1919 à 1931). Dès 1931, nommé professeur à l’Académie des Beaux-Arts, il se prend, à l’étonnement général, d’une telle passion pédagogique, qu’il ne peint plus guère. Sa production d’après-guerre ne sera qu’une resucée de sa grande période et d’une qualité fort inférieure, pour ne pas dire médiocre » (Jules Bosmant).
La fin de la Seconde Guerre mondiale sonne le glas. Déjà maudit, le peintre va être désormais honni. Arrêté (fin 1944), il est condamné à cinq ans de prison avec déchéance de ses droits pour avoir propagé des propos racistes et avoir collaboré avec l’ennemi en acceptant d’exposer en Allemagne. Libéré en 1947, Mambour connaît la misère. En 1963, à l’initiative de Marcel Florkin, l’APIAW organise une grande exposition rétrospective, la première depuis 1929, qui réhabilite quelque peu l’artiste, du moins son talent.

Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée

Paul Delforge, septembre 2012