Jules Mélotte

Remicourt 07/08/1858,  Liège 11/07/1919

Au milieu du XIXe siècle, Guillaume Mélotte (1826-1878) est à la tête d’une fabrique qui construit du matériel agricole. À la fois menuisier et forgeron, il contribue à de nombreuses améliorations techniques qui sont fort appréciées par le monde agricole des riches terres de Hesbaye. Ses batteuses notamment ont une excellente réputation. C’est dans l’atelier paternel que Jules apprend le métier à partir de 1875, suivant ainsi l’exemple de son frère aîné, Alfred. Un an après l’implantation de nouvelles installations face à la sucrerie de Remicourt (1877), le père Mélotte décède, propulsant Alfred à la tête des « Ateliers de Construction de Veuve Mélotte ». N’ayant guère profité de sa scolarité, Jules Mélotte s’efforce de pallier ses lacunes ; esprit curieux, il lit énormément et multiplie les expérimentations dans l’atelier familial, poursuivant la tradition des petites mais précieuses améliorations techniques, pour lesquelles il dépose ses premiers brevets.
Conscients de la nécessité d’un plus grand savoir-faire et d’équiper leur usine de manière plus moderne, les frères Mélotte observent ce qui se fait lors des grandes expositions. Jules lui-même se fait engager comme ouvrier dans une usine spécialisée de Liège, vraisemblablement les Ateliers de la Meuse, et prendra exemple sur la Fabrique national d’Armes de Herstal. En 1884, il découvre l’écrémeuse Laval lors d’une exposition agricole, machine rare et chère dont le fonctionnement l’impressionne, de même que l’écrémeuse Burminster Wayn. Mais à l’instar des ordinateurs des années 1960, l’usage et l’accès paraissent limités tant la machine demande de place et d’énergie. Le génie de Jules Mélotte consista à créer un appareil maniable par une personne ordinaire et produisant un lait écrémé de qualité.
Le 23 juin 1888, Jules Mélotte dépose le brevet n°82314 scellant l’invention de l’écrémeuse à bol librement suspendu. En remportant le premier prix du Grand concours international de Bruxelles, la fameuse écrémeuse Mélotte offre une récompense de 10.000 francs à son inventeur qui décide de passer lui-même au stade de la fabrication industrielle. Alors qu’Alfred établit de nouveaux locaux à Gembloux où il se spécialise dans les instruments aratoires, Jules prend la tête de l’usine de Remicourt. En 1890, les premières écrémeuses Mélotte commencent à être commercialisées. Sans cesse améliorées, elles vont envahir le marché européen, puis mondial, dès la fin du siècle. Comme son frère, Jules met l’accent sur la qualité et l’innovation, et est particulièrement attentif à la productivité et à l’organisation de l’usine de Remicourt, comme à l’amélioration de la formation des ouvriers et de leurs conditions de vie. Cette préoccupation sociale se manifeste aussi dans les décisions que prendra Jules Mélotte comme échevin de l’Instruction publique de Remicourt. En 1900, le site de Remicourt est cité en exemple au niveau international ; plus de mille ouvriers y travailleront. Comme l’écrit Daniel Pirotte, cette entreprise est un très rare « exemple de développement industriel de très haut niveau en milieu rural ».
Réfugiés en France pendant la Première Guerre mondiale, les deux frères retrouvent, à l’Armistice, leurs usines dévastées et pillées par l’occupant allemand. Jules Mélotte n’y survit pas et, en 1919, Alfred hérite de l’usine de Remicourt qu’avait dirigée son frère. Créée en 1852, devenue « Usine Alfred Mélotte, successeur Jules Mélotte » en 1902, elle devient la SA Ecrémeuse Mélotte (1921) et va se spécialiser dans « la traite mécanique ». En 2012, le groupe Boumatic-Gascoigne-Mélotte reste présent à Remicourt qui est le centre unique de distribution en Europe.
Tout au long de leur vie, les deux frères ont conservé d’excellentes relations. Et en 1938, Alfred fera ériger un monument en l’honneur de son frère pour commémorer le cinquantième anniversaire de l’invention de la fameuse écrémeuse, « La Mélotte », produit-phare et géniale invention de l’entrepreneur hesbignon.

Daniel PIROTTE, Jules Mélotte, dans Grands hommes de Hesbaye, Remicourt, éd. du Musée de la Hesbaye, 1997, p. 57-64.
Alphonse LEUNEN, Jules Mélotte, dans Biographie nationale, t. XXXVIII, col. 579-588.
Jean-François POTELLE (dir.), Les Wallons à l’étranger, hier et aujourd’hui, Charleroi, Institut Destrée, 2000, p. 135.

Conseiller communal de Remicourt (1894-1917)
Échevin (1894-1917) 

Paul Delforge, septembre 2012