Guillaume-François Renardi

Liège XVIIe siècle, Liège 9/10/1684

Déjà bourgmestre de Liège en 1679, durant le long règne perturbé de Maximilien-Henri de Bavière, Guillaume-François Renardi est à nouveau choisi en juillet 1684, avec Henri-Paul Gilotton, pour exercer la prochaine magistrature. 1684 est une année déterminante dans l’histoire de la principauté de Liège. Après plusieurs années d’errance du pouvoir, les troupes bavaroises forcent les portes de la cité de Liège (26 août 1684) et rétablissent le prince-évêque qui se montre intransigeant à l’égard de ceux qui ont contesté son autorité. Parmi les Liégeois exécutés, Guillaume-François Renardi paie de sa vie sa volonté de permettre aux métiers de contrôler le pouvoir du souverain. Il est exécuté sur la place publique.
Successeur de Ferdinand comme prince-évêque de Liège, archevêque-électeur de Cologne et évêque de Hildesheim, Maximilien-Henri de Bavière – nommé en outre évêque de Munster en 1683 – règne sur la principauté de Liège pendant trente-huit ans (1650-1688), du moins de manière chaotique. La terreur devait être sa méthode de gouvernement. Dès 1651, un ancien bourgmestre, l’octogénaire Pierre de Bex, est exécuté, à l’exemple d’autres opposants, tandis que le prince obtient des États l’argent nécessaire à la construction de la citadelle de Sainte-Walburge : cette forteresse est destinée à défendre le prince-évêque contre les tentatives de soulèvements du petit peuple… contraint à la corvée de sa construction ! De surcroît, les maladresses diplomatiques du prince de Bavière suscitent guerres et pillages sur les terres pourtant neutres de la principauté et sa volonté de maintenir des hommes en armes, mesure coûteuse, finit par susciter contre lui la révolte. Ce sont cependant les troupes françaises de Louis XIV qui apportent la délivrance, lors de la Guerre de Hollande : Liège tombe sans coup férir aux mains du baron de l’Estrades. Après le siège de Maastricht, quand les troupes françaises se retirent, Louvois ordonne la destruction de la citadelle liégeoise. Envoyant des troupes pour la reprendre, Maximilien est repoussé par les Liégeois unanimes. Au lendemain du Traité de Nimègue, métiers comme Chapitre cathédral, Conseil de la Cité comme artisans et boutiquiers, profitent de l’absence du prince pour renouer avec le règlement électoral de 1603 qui est d’application de 1679 à 1684.
Et c’est selon le règlement de 1603 que Renardi est désigné comme bourgmestre pour la première fois en 1679. Fils du jurisconsulte Bauduin Renardi, celui qui est parfois présenté comme un avocat apparaît comme le chef principal du parti qui défend les droits et « privilèges » de la bourgeoisie et des métiers. Mais la belle unanimité liégeo-liégeoise vole en éclats et les luttes deviennent fratricides. Face aux radicaux conduits notamment par Renardi, le parti des modérés prônent la conciliation, la paix et le respect des prérogatives princières. En 1682, sous la conduite de H-P. Gillotton (ou Giloton) et G-Fr. Renardi, qui sont les principaux meneurs des « métiers » et refusent des propositions de transaction du comte de Furstemberg, les bourgmestres en place fuient à Maastricht ; les partisans des bourgmestres déchus sont privés de leurs droits et deux chefs « émeutiers » sont élus bourgmestres (Jean le Rond et Walerand-Lambert de Rickman). En juin 1683, c’est le parti de Renardi qui est mis en minorité et ses dirigeants – dont Renardi – sont obligés de fuir.
Les deux bourgmestres modérés et pro-espagnols (Jean de Graan et Nicolas Remouchamps) négocient un compromis de paix avec Maximilien et parviennent à un accord (traité du 17 novembre 1683). En amnistiant les anciens « révolutionnaires », les négociateurs laissent cependant passer une occasion : dès leur retour dans la cité, les métiers bloquent la ratification de la réconciliation (fin 1683). L’antagonisme entre les mangeurs de tartes et les mangeurs de boudins, comme on dit à l’époque, reprend de plus belle ; les modérés sont chassés des métiers. Avec l’élection de Guillaume-François Renardi et de Henri-Paul Gillotton (ou Giloton) en juillet 1684, les radicaux témoignent de plus d’intransigeance encore. Conscient que le temps de la conciliation n’est plus de mise, que les Liégeois sont isolés et faibles et ne disposent pas de l’aide de Paris, Maximilien envoie ses troupes. Le 26 août, les Bavarois entrent dans Liège et rétablissent Maximilien dans ses titres et fonctions, tandis que la répression s’abat sur les rebelles : Gillotton s’enfuit, tandis que Renardi est arrêté, condamné à mort et exécuté sur l’échafaud. Quelques heures après cette exécution, Maximilien, qui avait quitté Liège en 1671, fait sa rentrée dans la cité et impose une régence à ses ordres pour administrer la ville. Enlevant tout pouvoir aux métiers, un nouveau règlement, celui du 28 novembre 1684, régit désormais les élections des magistrats : « le règlement dit de Maximilien » réduit à peau de chagrin les droits politiques des Liégeois, il anéantit leurs institutions démocratiques. Avec Renardi, disparaissent les derniers partisans intransigeants du règlement de 1603, se prévalant de « droits démocratiques », du moins avant que n’éclate la révolution de 1789.

Alphonse LE ROY, Maximilien-Henri de Bavière, dans Biographie nationale, t. 14, col. 170-178
Louis ABRY, Jean-Guillaume LOYENS, Recueil héraldique des bourguemestres de la noble cité de Liège…, Liège, 1720, p. 469-470
Théodose BOUILLE, Histoire de la ville et pays de Liège, Liège, 1732, t. III
Félix MAGNETTE, Précis d’histoire liégeoise à l’usage de l’enseignement moyen, Liège, 1929, 3e éd., p. 222-240

Paul Delforge, décembre 2014