Paul Reuter

Clausen (grand-duché de Luxembourg) 31/07/1865, Arlon 14/07/1949

Successeur de Numa Ensch-Tesch à la tête de la ville d’Arlon en 1921, Paul Reuter est avant tout un municipaliste qui perpétue une tradition libérale bien ancrée dans le chef-lieu de la province de Luxembourg. Depuis 1830 en effet, le parti libéral a toujours compté l’un de ses représentants à la tête du collège communal. Après « Numa le bâtisseur » (bourgmestre de 1901-1921), auquel il était apparenté, Paul Reuter abandonne l’échevinat de l’Instruction publique qu’il exerçait depuis 1895 pour ceindre l’écharpe maïorale. Sans cesse, il conforte la majorité libérale durant toute la durée de son mandat qui s’achève en 1949.
Pour celui qui est né à Clausen, au grand-duché de Luxembourg en 1865, et qui défend la primauté de l’usage du français, la question de l’emploi des langues reste en permanence un enjeu important. Lorsque Maurice Wilmotte souhaite organiser à Arlon le deuxième Congrès international pour l’Extension et la Culture de la Langue française, l’échevin Reuter lui apporte tout son soutien, accueillant dans sa « petite cité » des invités et des manifestations de grande réputation (1908). Durant les occupations allemandes, celle de 14-18 comme celle de 40-45, Paul Reuter ne renie rien de ses choix politiques. Face aux projets de germanisation de l’administration et de l’enseignement communal sous la première occupation, le bourgmestre manifeste clairement son opposition et présente un rapport contestant la volonté allemande de faire de sa commune une localité de langue allemande : cette prise de position courageuse est sanctionnée par une mesure de déportation en 1917. En 1941, ce défenseur de la culture française fâche à nouveau l’occupant qui l’écarte du maïorat. Après trois années d’activités clandestines périlleuses, il reprend ses fonctions à l’hôtel de ville le 10 septembre 1944, jour de la libération du chef-lieu du Luxembourg.
Dans l’Entre-deux-Guerres, le bourgmestre d’Arlon contribue à renforcer l’ancrage de sa cité dans le monde roman. Celui qui siège à l’Assemblée wallonne de 1927 à 1940 s’insurge notamment contre une mesure du gouvernement belge visant à imposer l’allemand, comme langue véhiculaire dans l’enseignement, à la population de la région frontalière du sud Luxembourg (1927 et 1931). Rallié au programme fédéraliste de la Concentration wallonne (1931), Reuter mène encore campagne contre un mouvement culturel financé par l’Allemagne, le Bund der Deutsch-Belgier qui réclame un statut spécial pour la région arlonaise. Jusqu’en 1935 et la disparition du Bund, Paul Reuter, Omer Habaru et des Arlonais francophones se mobilisent en affirmant : « Nous ne voulons pas être des Prussiens ». Membre du comité de patronage du premier Congrès culturel wallon qui se tient à Charleroi en 1938, Paul Reuter contribue aussi au développement de sa ville, notamment au travers de son soutien à l’Institut archéologique luxembourgeois dont il était membre.

Paul DELFORGE, dans Encyclopédie du Mouvement wallon, Charleroi, Institut Destrée, 2001, t. III, p. 1416.
Maurice WILMOTTE, Mes mémoires, Bruxelles, 1949, p. 169-180.
Jean-Marie TRIFFAUX, Combats pour la langue dans le pays d’Arlon aux XIXe et XXe siècles. Une minorité oubliée ?, dans Annales de l’Institut archéologique du Luxembourg, Arlon, années 2000-2001, t. CXXXI-CXXXII, p. 169-212.

échevin d’Arlon (1895-1921)
bourgmestre (1921-1949)

Paul Delforge, décembre 2014