Alphonse Stiénon du Pré

Thieusies 1/08/1853, Tournai 26/07/1918

Propriétaire et administrateur de sociétés, Alphonse Stiénon du Pré consacre l’essentiel de son existence à la musique, tout en réservant une autre partie à la politique. Fondateur de la Société de Musique de Tournai, dont il a été le président dès 1888, il n’a de cesse d’animer la vie culturelle tournaisienne par l’organisation de trois grands concerts annuels d’une qualité exceptionnelle, donnant à entendre les artistes de son temps, en particulier le répertoire wallon. En avril 1890, il fait venir César Franck pour un concert. À la veille de la Grande Guerre, les rendez-vous tournaisiens avaient acquis une notoriété considérable que l’organisation, en juillet 1913, d’un tournoi de chevalerie vint encore renforcer. Au-delà des animations musicales et folkloriques, Alphonse Stiénon du Pré s’était lancé en politique dès 1881, année où il est élu conseiller communal de Tournai, ville où les libéraux possèdent la majorité depuis 1868.

Membre du parti catholique, il est élu député de l'arrondissement de Tournai en 1898, avant d’entrer au Sénat, en 1900. Ce mandat, il devait l’exercer jusqu’à son dernier souffle, en juillet 1918, à quelques semaines de la fin d’un conflit mondial où sa fonction de bourgmestre de Tournai fut mise à contribution. Car bourgmestre de Tournai, Alphonse Stiénon du Pré l’est devenu à la surprise générale dix ans plus tôt. Après 25 années de maïorat au cours desquelles il a transformé Tournai de fond en comble par la construction de nouveaux quartiers à la place des fortifications démantelées depuis 1859, le libéral François-Louis Carbonnelle considère avoir perdu les élections d’octobre 1907 et présente sa démission. Ses amis politiques ne l’entendent pas ainsi et obtiennent de la députation provinciale du Hainaut l’invalidation du scrutin. Alors que les Tournaisiens s’apprêtent à retourner aux urnes, le gouvernement catholique annule la décision de la députation permanente à majorité de gauche. Le 3 mars 1908, le roi nomme Alphonse Stiénon du Pré bourgmestre de Tournai ; il devient le premier catholique à exercer cette fonction depuis 40 ans. La décision de Léopold II ne souffre pas de discussion, comme en témoigne le titre de baron accordé à Stiénon au mois de mai suivant.

Après des mois de discussions politiques locales, l’invasion allemande d’août 1914 met un terme aux querelles. Dès la prise de la ville, le 22 août, le bourgmestre, une partie du conseil communal et l’évêque de Tournai sont pris en otage, emmenés à Ath, puis à Bruxelles, pendant que leurs concitoyens rassemblent les millions de francs que réclament les Allemands. Rentré dans la cité aux cinq clochers (30 août), le maïeur aura à veiller à protéger, ravitailler et défendre la vie de ses administrés, en tenant compte de l’évolution du statut territorial. En octobre 1916, Tournai est incorporée à la zone d’étapes de la VIe armée et restera jusqu’au bout à la lisière des principaux champs de bataille.

Paul TINEL, dans Biographie nationale, t. 32, col. 684-686

Michel STOCKHEM, Eugène Ysaÿe et la musique de chambre, Liège, Mardaga, 1990, p. 90-92

Conseiller communal de Tournai (1881-1918)

Député (1898-1900)

Sénateur (1900-1918)

Bourgmestre (1908-1918)

Paul Delforge, décembre 2013