Jules Bosmant

Liège 24/04/1893, Liège 22/04/1975

Mobilisé comme brancardier en 1914, Jules Bosmant est fait prisonnier ; il est interné jusqu’en 1915. Achevant sa formation d’instituteur en dépit de la Grande Guerre, il entame une carrière dans l’enseignement au lendemain de l’Armistice. Parallèlement, il cultive sa passion pour les beaux-arts en acceptant de tenir une chronique dans l’hebdomadaire artistique et littéraire, Liège-Échos (de 1924 à 1934) ou en suivant le cours d’Art wallon dispensé à l’Université de Liège par Olympe Gilbart dont il devient l’ami. Proche de nombreux artistes de Liège, conférencier notamment lors du congrès international des Amitiés françaises (1930), il y affirme l’existence d’une école wallonne de peinture. Président-fondateur du cercle l’Art vivant au Pays de Liège (1932), celui qui reçoit le prix Rouveroy pour son ouvrage La peinture et la sculpture au pays de Liège de 1793 à nos jours organise un salon de l’art wallon contemporain. Il se fait un ardent défenseur de l’art wallon. Au nom de la ville de Liège, Bosmant participe à la vente des œuvres étiquetées comme Art dégénéré qu’Hitler organise à Lucerne le 30 juin 1939, et y acquiert les Picasso, Gauguin et autres Chagall conservés précieusement aujourd’hui encore par la ville de Liège.

L’engagement politique de Jules Bosmant en faveur de la défense des valeurs démocratiques le conduit à être l’un des fondateurs, avec le professeur Victor Bohet, du Comité de Vigilance des Intellectuels antifascistes (CVIA), puis de la Ligue contre le Racisme et l’Antisémitisme. Résistant, membre fondateur du Front de l’Indépendance, ses prises de position antinazie le placent sous la surveillance étroite de l’occupant : le 22 juin 1941, il est arrêté et envoyé à la citadelle de Huy. Libéré quelques semaines plus tard, il rejoint les rangs des Milices patriotiques et sera reconnu, après la Libération, comme résistant armé.

Nommé conservateur-adjoint des Musées des Beaux-Arts de la ville de Liège (septembre 1944), conservateur en titre en 1948, cette forte personnalité devient conservateur en chef en mai 1952 d’une institution qui s’occupe désormais aussi de l’Art wallon. Critique d’art et écrivain, chroniqueur, auteur de nombreuses monographies (Heintz, Ochs, Massart, Rets, Mambour), artiste, esthète, professeur, il est engagé dans le Mouvement wallon où il réclame régulièrement une autonomie wallonne en matière de beaux-arts. On peut affirmer que l’ouverture du Musée de l’Art wallon, en mai 1952, à Liège doit beaucoup à l’intelligence et à la persévérance de Jules Bosmant : « Le musée de l’art wallon devrait devenir un musée national, où l’Art wallon prouvera son existence par sa prise de conscience et par la présence de ses témoins les plus authentiques ». Présent au Congrès national wallon (Liège, octobre 1945), commissaire du Conseil national wallon de la Radiodiffusion (1946), signataire du Manifeste des Intellectuels wallons et flamands, aussi appelé Accord Schreurs-Couvreur (3 décembre 1952), membre actif du deuxième Congrès culturel wallon (octobre 1955), Jules Bosmant s’était engagé dans la défense de la cause fouronnaise et avait été l’un des 645.499 signataires du pétitionnement fédéraliste wallon de l’automne 1963. Sans s’être lancé sur le terrain politique, il exprimera continuellement son attachement à la France dans l’ensemble de ses activités. À la fin de sa vie, il rassemble ses Souvenirs d’un ancien Belge, dans un livre paru en 1974 et dont le titre doit être davantage compris comme un manifeste que comme une manifestation de nostalgie.

Encyclopédie du Mouvement wallon, Charleroi, Institut Destrée, 2000, t. I, p. 172

La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. III, p. 384-385

Pierre COLMAN, dans Nouvelle Biographie nationale, t. 10, p. 50-52

Dictionnaire des Wallons (2013)   

Paul Delforge, décembre 2013