Nicolas Bosret

Namur 5/03/1799, Namur 18/11/1876

Entre Nicolas Bosret et Namur, il existe une histoire d’amour qui remonte au milieu du XIXe siècle. Depuis lors, les deux noms sont indissociablement liés lorsqu’on évoque la chanson en wallon et le folklore. Depuis 1856, la ville de Namur dispose en effet de son propre hymne, le fameux Bia bouquet qui a dépassé depuis longtemps les frontières de la seule cité mosane. Bosret en est l’auteur ; sa muse n’était pourtant pas Namur, mais sa jeune épouse et le sujet ne répond en rien à un classique chant patriotique puisqu’il évoque les états d’âme d’un homme à la veille de son mariage.
Aveugle en raison d’un accident domestique survenu alors qu’il avait 17 ans, Nicolas Bosret avait contourné son handicap en apprenant la musique auprès de l’organiste de l'Église Saint-Loup.  Violoniste et organiste, il avait obtenu d’être titulaire des orgues de la chapelle Saint-Jacques (1832) puis à l’église Saint-Nicolas (1842), tout en enseignant des leçons de solfège. Par ailleurs, son handicap n’empêchait pas Bosret de faire partie d’une sorte de cabaret dont les membres s’amusaient en racontant des mensonges.
Le 27 septembre 1843, il est parmi les fondateurs d’une nouvelle société d’agrément tournée vers la chanson wallonne et composée d’artistes tout aussi facétieux. Prenant le nom du village français de Moncrabeau qui entretient une solide réputation de menteurs, l’association se donne pour objectifs de conserver les traditions populaires et de défendre la langue wallonne. Au sein de cette Académie des Quarante Molons (quarante toqués), Nicolas Bosret créera un orchestre dont les instruments sont des mirlitons aux formes exotiques, les sons étranges et la disposition lors des représentations sont aussi originaux que les costumes des compères (1857).

Donnant des concerts pour venir en aide aux nécessiteux, la bande de Bosret connaît un vrai succès, sur des compositions nombreuses et originales de son mentor. Sans être un musicien exceptionnel, Bosret réjouit ses contemporains qui s’entichent de la chanson Li bouquet del Mariée, composée en 1851. L’engouement est réel et alors que le morceau est dignement interprété en 1856 lors d’une visite du roi Léopold Ier, la ville de Namur en fait son hymne officiel, sous le titre Li Bia Bouquet. Les autorités locales octroient aussi une pension permettant à Bosret de se consacrer au divertissement de ses contemporains, jusqu’à son dernier jour. Marié à Anne Quertaimont en 1842, il semblerait que Li Bia Bouquet lui était spécialement dédié.
Entré de son vivant dans le cœur des Namurois, Bosret n’en sortira jamais. Pour honorer sa mémoire à d’autres moments qu’en chanson, une rue porte son nom depuis 1878 et un important buste a été réalisé et installé en 1928. Placé en face du théâtre de Namur, sur un piédestal en forme de siège, il accueille chaque année, en septembre, les candidats au concours de menteries de la Société Moncrabeau.

Histoire de la Wallonie (L. GENICOT dir.), Toulouse, 1973, p. 395
La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. II, p. 470 ; t. IV, p. 375
Ernest MONTELLIER, dans Biographie nationale, t. 30, col. 183-187, avec bibliographie complémentaire
Paul COPPE et Léon PIRSOUL, Dictionnaire bio-bibliographique des littérateurs d'expression wallonne, Gembloux, 1950

Paul Delforge, septembre 2012