Pol Bury

Haine-Saint-Pierre 26/04/1922, Paris 27/09/2005

En évoquant « l’extraordinaire Pol Bury », Léon Koenig parlait d’un « Poète, découvreur, peintre, sculpteur, tour à tour narquois et inquiétant qui, à travers le surréalisme, l’abstraction lyrique et l’abstraction géométrique, s’est forgé, sans rien renier de ses expériences successives, un art qui intègre le temps, l’espace, le mouvement et la forme en une éblouissante synthèse qui lui vaut l’admiration universelle ».
Après des études à l’Académie de Mons, Pol Bury rencontre Achille Chavée, le maître à penser du surréalisme dans le Hainaut, et fréquente les membres du groupe surréaliste Rupture (1938). L’artiste louviérois découvre Magritte et Tanguy, et participe à l’exposition internationale du Surréalisme en 1945. En 1947, il se laisse gagner par l’abstraction. Il rencontre Christian Dotremont et, avec Pierre Alechinsky, est un des fondateurs et animateurs du groupe CoBrA (1948-1951).
À l’entame des années 1950, l’indomptable Bury fonde le groupe Art abstrait, découvre le Mouvement et abandonne la peinture pour créer ses premiers plans mobiles mus par des moteurs. Fondateur, avec André Balthazar, de l’Académie de Montbliard (1955) d’où sortira plus tard la revue puis le groupe/maison d’édition « Le Daily-Bul » (1957), Pol Bury passe du surréalisme au mouvement abstrait et place désormais au centre de ses préoccupations le mouvement, ou plus précisément ses lenteurs, symbole de la précision et du calme d’une méditation en action. Considéré comme le père du cinétisme, il utilise comme matériaux tant le bois, le liège, l’inoxydable que le cuivre. Fort originales, ses œuvres résistent assez bien à l’usure des modes.
En 1961, il présente sa première exposition personnelle à Paris où il s’établit. Représentant de la Belgique à la Biennale de Venise (1964), il découvre New York et les États-Unis qui le fascinent (1965) et où il se rend fréquemment notamment pour enseigner six mois à l’Université de Berkeley et trois mois au College of Art and Design de Minneapolis. Points, boules, hémisphères, tiges, bâtons, colonnes, ses sculptures en bois ou en métal poli appartiennent au mouvement cinétique, animé par des aimants ou des moteurs. De 1970 à 1972 sont organisées deux grandes rétrospectives de son œuvre qui circulent, la première à travers les principaux musées américains, la deuxième à travers ceux d’Europe.
C’est de cette époque aussi que date une œuvre gigantesque illustrant l’art d’utiliser des boules-billes. Le Monument horizontal dédié à douze mille billes (1971) est un grand tambour muni d’aimants, à la surface duquel dérivent des milliers de grains argentés, se tamponnant, s’accolant, se séparant selon les appels magnétiques. Ce mouvement lent apporte ainsi des variations à l’infini, selon la lumière et l’environnement. Cet exemple n’est qu’une des facettes de l’œuvre moderne, originale et multiple d’un artiste wallon qui jouit d’une renommée internationale.
À l’entame des années 1970, il réalise sa première fontaine hydraulique. L’eau est utilisée pour déséquilibrer l’équilibre instable de volumes d’acier, cylindres, sphères, coupelles, d’abord silencieuses, ensuite harmonieuses. Tentant de maîtriser le temps et l’espace, il s’attaquera aussi aux girouettes, mais ce sont ces fontaines en acier inoxydable poli qui marquent le plus les esprits, trouvant aisément place dans le paysage de nos villes et des parcs publics.
Ecrivain, critique d’art, pamphlétaire, poète, Pol Bury est encore le créateur de bijoux et le réalisateur de plusieurs courts métrages expérimentaux.

La Wallonie. Le Pays et les hommes (Arts, Lettres, Cultures), Bruxelles, t. III
La Wallonie à l’aube du XXIe siècle, Namur, Institut Destrée, Institut pour un développement durable, 2005
BALTHAZAR André, Pol Bury : Les volumes figés, les volumes miroirs, les papiers collés, 2000
CANONNE Xavier, Le surréalisme en Belgique, 1924-2000, Fonds Mercator, Bruxelles, 2006

Paul Delforge, octobre 2011