Johannes Ciconia

Liège 1370, Padoue 1411

Aux XIVe et XVe siècles, il n’est pas rare que Rome recrute en pays wallon des chantres pour la Chapelle pontificale. Le Liégeois Johannes Ciconia est l’un d’eux. Jeune musicien, il va faire carrière en Italie, plus particulièrement à la cathédrale de Padoue, et passer à la postérité comme un des précurseurs de la polyphonie, théoricien de la Nova musica et auteur de cantates, et le représentant le plus représentatif de l'Ars Nova après Guillaume de Machaut. Néanmoins, pendant quelques années, un mystère a plané à son sujet. Le musicologue Heinrich Besseler évoque en effet la possibilité de deux Ciconia, père et fils, le second né vers 1370 ou 1380, qui aurait pu être le Cantor de Padoue attesté en 1405.

« Prêtre liégeois protégé par Aliénor de Comminges-Turenne, nièce du pape d'Avignon Clément VI, le premier Ciconia fait partie de la suite du cardinal Albornoz en Italie. Là, Jehan de Chywogne ajoute à sa connaissance éclairée de l'art français de Philippe de Vitry et Guillaume de Machaut celle des maîtres italiens de Florence et de Lombardie. De retour à Liège où il est prébendier de Saint-Jean l'Évangéliste de 1372 à 1402 » (Maillard dans WPH, t. I). Il aurait eu plusieurs enfants naturels, dont Johannes Ciconia. Formé d’abord à Liège, celui-ci voyage aussi en Italie et se rend en Avignon où il reçoit l’enseignement de Philippe de Caserta. En Italie, c’est le fils qui est accueilli à la cour de Padoue.

S’il y a pu y avoir des doutes concernant l’identité civile, il n’y en a pas sur les qualités musicales du personnage. En l’absence de datation de ses œuvres (des chansons françaises à deux et trois voix, italiennes dont des ballades et des madrigaux, ainsi que des canons, des motets et des fragments de messe), elles présentent cependant toutes la caractéristique de faire une synthèse de l'Ars nova française et italienne et d’inscrire leur auteur qui se fait aussi théoricien parmi les pionniers de la messe polyphonique. Il est le « libérateur des contraintes philosophiques du Moyen âge »

La présence de Ciconia en Italie y attirera d’autres musiciens et contribuera au développement de la musique italienne qu’il contribue à vivifier, en apportant à la tradition du sud la rigueur de la science acquise dans les écoles du nord. Ciconia annonce aussi Guillaume Dufay.

Robert WANGERMÉE, dans Freddy JORIS, Natalie ARCHAMBEAU (dir.), Wallonie. Atouts et références d’une région, Namur, 2005
Robert WANGERMÉE, Guillaume Dufay et la renaissance en musique, dans Robert WANGERMÉE et Philippe MERCIER (dir.), La musique en Wallonie et à Bruxelles, t. I : Des origines au XVIIIe siècle, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1980, p. 130-133
Histoire de la Wallonie (L. GENICOT dir.), Toulouse, 1973, p. 182, 183, 261
La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. I, p. 473-475 ; t. II, p. 309-310 ; t. IV, p. 354
Suzanne CLERCX-LEJEUNE, Johannes de Ciconia théoricien, dans Annales musicologiques Moyen Âge et Renaissance (III), 1955, publication de la Société de Musique d'autrefois, p. 39-75
Philippe VENDRIX, Johannes Ciconia: musicien de la transition, Turnhout, Brepoels, 2003
http://www.lamediatheque.be/travers_sons/ciconia.htm

Paul Delforge, septembre 2012