Pierre de Bex

Liège circa 1570, Herstal, 22 février 1651

Après Guillaume Beeckman et Sébastien La Ruelle, Pierre de Bex est l’un des porte-parole du parti populaire liégeois au XVIIe siècle. Il est issu d’une famille de la bonne bourgeoisie de Liège qui a déjà fourni à la Cité plusieurs magistrats. Par ailleurs, on sait qu’en 1603, le prince-évêque a été contraint d’accepter un nouveau règlement électoral qui s’avère plus « démocratique », en tout cas favorable aux métiers, et que son successeur a voulu le supprimer, en imposant le « règlement dit de 1613 ». Depuis que l’avancée démocratique concédée par Ernest de Bavière a été remise en question par Ferdinand de Bavière, les Liégeois se divisent en deux camps, les Chiroux, d’une part, les Grignoux, de l’autre. C’est dans ce camp que se range Pierre de Bex.
Il a déjà été élu deux fois bourgmestre de Liège : une première fois en 1623, élu en même temps que Beeckman et en 1632, en même temps que Raes de Heers, sans le moindre trouble. Mais il a déjà été accusé de « menées séditieuses (1629) et il n’a dû qu’à ses talents d’avocat de se défaire des accusations de la Cour des échevins. Pourtant, il apparaît plutôt comme un modéré et c’est sans aucun doute pour cela qu’il est appelé à succéder à Sébastien La Ruelle, après l’assassinat de celui-ci, lors de l’élection de juillet 1637. Considéré comme l’un des chefs des Grignoux, « jurisconsulte distingué », de Bex est chargé de négocier avec le prince-évêque la paix de Tongres (1640) : le prince essaye en effet de renouer avec les Liégeois des relations rompues depuis l’assassinat de La Ruelle. Appelée « la paix fourrée » parce que personne ne souhaite vraiment en respecter les dispositions, elle en revient notamment au règlement de 1603 et permet le retour du prince-évêque à Liège, de même que celui des chefs Chiroux exilés. Chaque camp dépose officiellement les armes, mais plus aucun « Grignoux » n’est plus désigné bourgmestre… Pierre de Bex craint même pour sa vie et doit se réfugier à Maastricht (1641-1646). Lors de l’élection de juillet 1646, une émeute éclate à Liège et le parti des Grignoux prend le pouvoir. De Bex rentre dans sa Cité.
La « commune liégeoise » va durer de 1646 à 1649 et, en 1647, Pierre de Bex exerce la fonction de bourgmestre pour la 3e fois. En juillet 1649, les soldats impériaux investissent Liège et rétablissent le prince-évêque. La répression est terrible ; il n’est plus question du règlement de 1603 ; avant de passer la main à Maximilien-Henri, Ferdinand de Bavière impose le règlement de 1649, privant les métiers de tous droits politiques. Les chefs Grignoux sont forcés à l’exil. Pierre de Bex s’est réfugié à Herstal, enclave pour partie brabançonne et pour l’autre relevant des Provinces-Unies ; il pense y jouir de l’immunité. Violant un territoire étranger, des soldats du prince-évêque s’emparent de la personne de Bex et l’emmènent à Liège. Jugé « pour sédition et trahison envers l’autorité princière », il est condamné à mort par le tribunal des échevins. Refusant de demander pardon au prince-évêque, l’octogénaire est décapité. Trois ans plus tard, à la demande du fil de Bex, le prince-évêque publiera un acte solennel de réhabilitation, davantage destiné aux descendants qu’au condamné.

Ulysse CAPITAINE, dans Biographie nationale, t. 2, col. 395-398
Félix MAGNETTE, dans La Vie wallonne, novembre 1933, CLIX, p. 69-78 ; décembre 1933, CLX, p. 114-
Félix MAGNETTE, Précis d’histoire liégeoise à l’usage de l’enseignement moyen, Liège, 1929, 3e éd., p. 222-240

Paul Delforge, décembre 2014