Jean-Maurice Dehousse

Liège 11/10/1936

Député wallon : 1980-1981 ; 1981-1985 ; 1985-1987 ; 1988-1991 ; 1992-1995 ; 1995*
Ministre wallon : 1977-1978 ; 1979-1981 ; 1982-1985
3e Ministre-Président wallon 1979-1981 ; 1982-1985

Docteur en Droit de l’Université de Liège (1960), porteur d’une licence spécialisée de l’École des hautes études internationales de l’Université américaine John Hopkins (1961), diplômé des hautes études fédéralistes au Collège universitaire d’Aoste (1963-1964), aspirant FNRS (1962-1965), fils de Fernand Dehousse et de Rita Lejeune, Jean-Maurice Dehousse se forge, dès son plus jeune âge, une conscience wallonne et fédéraliste. Secrétaire de la Commission politique préparatoire au congrès de fondation du Mouvement populaire wallon (1961), il milite au sein du groupement créé par André Renard, est membre du PSB et affilié à la FGTB. Assistant à l’Institut d’Études juridiques européennes de l’Université de Liège (1966-1971), professeur à l’École supérieure de Traduction et Interprétations, à Bruxelles (1965-1971), il est délégué syndical FGTB pour le personnel scientifique de l’Université de Liège et se passionne pour les débats qui mobilisent les socialistes wallons tant à Tournai qu’à Verviers (1967). Affecté aux Services de Programmation de la Politique scientifique (décembre 1969), Jean-Maurice Dehousse est détaché au Cabinet de Freddy Terwagne, où il devient chef de Cabinet adjoint du ministre des Relations communautaires (1970). À la suite du décès de ce dernier et du départ de René Godefroid, il devient chef de Cabinet de Fernand Dehousse (1971).
Sollicité par André Cools, Jean-Maurice Dehousse se porte candidat au scrutin législatif de 1971 dans l’arrondissement de Liège. Il fait son entrée à la Chambre des représentants avec le but de contribuer à la fédéralisation de l’État belge et de faire émerger une Wallonie autonome. S’il ne soutient pas le projet de loi de régionalisation provisoire déposé par Robert Vandekerckhove et François Perin (1974), il en mesure les avancées, plaide en faveur d’un rapprochement entre le Rassemblement wallon et le PSB, et soutient le plan de régionalisation définitive conclu entre le PSB-BSP d’une part, la FGTB de l’autre (1976). Quand le PSB revient dans les majorités (1977-1981), son but est de réaliser la régionalisation définitive.
Ministre de la Culture française dans le gouvernement Tindemans, puis Vanden Boeynants (3 juin 1977-18 décembre 1978), Jean-Maurice Dehousse fait partie du Comité ministériel des Affaires wallonnes présidé par Guy Mathot. C’est à cette époque que sont signés les « fameux » accords Dehousse-Persoons qui établissent des critères solides de répartition budgétaire entre Wallons et Bruxellois francophones dans les matières communautaires. Dans l’entourage d’André Cools, J-M. Dehousse prend part aux longues et incessantes négociations institutionnelles. Dans le gouvernement Martens I qui se met en place en avril 1979, J-M. Dehousse est désigné au poste de ministre de la Région wallonne et est chargé de la présidence du premier Exécutif de la Région wallonne qui, à ce moment, continue de faire partie du gouvernement national, mais remplace le CMAW. En charge de l’Énergie, de la Fonction publique, du Budget et de la Tutelle des communes pour le territoire wallon, il conserve ces fonctions jusqu’au 21 septembre 1981, la régionalisation définitive ayant été adoptée entre-temps (en août 1980). Le député Dehousse peut ainsi siéger dès le 15 octobre 1980 au Conseil régional wallon et soumettre la politique de son gouvernement au contrôle d’une instance législative officielle.
Lors du scrutin du 8 novembre 1981, J-M. Dehousse quitte la Chambre des représentants pour le Sénat où il est un élu direct. Conformément aux accords conclus entre les partis traditionnels, le nouvel Exécutif régional wallon est formé à la proportionnelle et la présidence n’en est attribuée à J-M. Dehousse qu’à partir d’octobre 1982, exerçant depuis décembre 1981 les compétences de l’Économie régionale et de l’Emploi. La mise en place d’un nouveau niveau de pouvoir et de son administration est la priorité de son gouvernement. En 1983, le choix de Namur comme capitale est entériné, avec des dispositions de décentralisations vers les grandes villes wallonnes.
Après le scrutin législatif d’octobre 1985, J-M. Dehousse s’oppose à toute forme de fusion de la Région wallonne au sein de la Communauté ; dès lors, il ne peut y avoir d’accord avec le PRL et le PSC et la formule d’un exécutif wallon à la proportionnelle a fait son temps. Depuis les bancs de l’opposition, le sénateur prépare activement son retour, la crise fouronnaise lui procurant une occasion supplémentaire de réclamer de nouvelles avancées dans la réforme de l’État. Le succès électoral du PS, en 1987, laisse présager de grands espoirs que l’accord péniblement négocié durant cent jours au niveau national ne comble pas. La tension atteint des sommets au sein de la Fédération liégeoise du PS, J-M. Dehousse se positionnant contre la participation du PS au gouvernement national. Si sont notamment votées la communautarisation de l’enseignement, la régionalisation de nouvelles compétences et la reconnaissance de Bruxelles comme région-capitale, le clan Dehousse est en rupture avec le clan Cools : le rebelle est « persona non grata » dans les exécutifs mis en place et en conflit ouvert au conseil communal de Liège. Candidat à la succession d’Ed. Close, J-M. Dehousse est privé de la mairie liégeoise par H. Schlitz (janvier 1991), à l’heure où les socialistes wallons se réunissent en congrès à Ans. Dès 1989, il avait vu dans la « cogestion de la Communauté par les deux régions » la solution à suivre : à la Communauté, les compétences qui se plient mal à la discussion régionale (enseignement supérieur, recherche scientifique, RTBF), à la Région tout le reste. Si un consensus intervient entre socialistes wallons, il est loin d’en être de même à Liège.
Les disputes sont permanentes en Cité ardente et l’assassinat d’André Cools (18 juillet 1991), après avoir provoqué stupeur et consternation, n’apaise pas les rivalités. Ce sont les électeurs qui assurent à Jean-Maurice Dehousse la légitimité de son positionnement. Le scrutin de 1991 se transforme en un triomphe personnel, dont bénéficie l’ensemble du PS. Si la présidence du gouvernement wallon lui est interdite par l’auto-désignation de Guy Spitaels, J-M. Dehousse accepte de devenir ministre de la Politique scientifique (8 mars 1992-24 décembre 1994) dans le gouvernement national de Jean-Luc Dehaene qui doit s’atteler à la phase suivante de la réforme de l’État. En charge des Institutions culturelles et scientifiques nationales (Monnaie, Beaux-Arts, etc.), le ministre n’abandonne ni sa ville ni la Wallonie. À la suite de son collègue socialiste bruxellois et ministre des Affaires sociales Philippe Moureaux, il assume pendant plusieurs semaines une fonction officieuse de ministre des affaires régionales wallonnes pour le compte du PS et de gardien de l’application des conclusions du Congrès d’Ans. Comme député, J-M. Dehousse vote les dispositions issues des accords dits de la Saint-Michel et de la Saint-Quentin (1992-1993). La Belgique devient réellement fédérale et la primauté est accordée aux Régions.
Choisi comme administrateur de l’Institut Destrée (décembre 1991), membre actif de Wallonie Région d’Europe, nommé président de l’asbl Le Grand Liège (mars 1992), le conseiller communal liégeois brigue le maïorat de la Cité Ardente en octobre 1994. La coalition PS (18)-PSC (12) est reconduite et J-M. Dehousse abandonne son portefeuille ministériel pour se consacrer exclusivement à ses nouvelles fonctions maïorales. Il ne renonce pas à son mandat de député et ne résiste pas à l’idée d’être élu directement au Parlement wallon le 21 mai 1995. Il ne manque pas ce rendez-vous historique, obtenant la confiance de l’arrondissement de Liège (et d’un socialiste sur quatre) pour figurer parmi les 75 premiers députés élus directement au Parlement wallon. L’acte est éminemment symbolique. Après avoir participé à la séance inaugurale du nouveau Parlement wallon, le bourgmestre de Liège renonce au mandat de député wallon dès juillet pour se consacrer exclusivement à la Cité ardente.
Cependant, entre Liège et son maïeur, l’histoire d’amour tourne au vinaigre et, en 1999, quand la nomination de Ph. Busquin en tant que Commissaire européen libère son siège au Parlement, Jean-Maurice Dehousse, premier suppléant, choisit de démissionner de ses fonctions de bourgmestre de la ville de Liège et d’opter pour l’hémicycle européen (1999-2004). Dans le même temps, il pose sa candidature à la présidence du PS, avec un programme qu’il veut résolument de gauche. La première élection d’Elio Di Rupo à la présidence du PS, la première au suffrage universel des membres, ne souffre cependant d’aucune discussion.
Eurodéputé, J-M. Dehousse est amené à travailler à la préparation de textes fondamentaux pour la consolidation de la construction européenne. Partisan d’une Charte européenne, il déplore l’absence « d’Europe sociale » dans le texte de la Constitution européenne qui est soumise à ratification et mène résolument bataille contre son adoption. Après cinq années de travail parlementaire tant à Bruxelles qu’à Strasbourg, Jean-Maurice Dehousse n’est plus candidat aux élections européennes du 13 juin 2004. Candidat aux élections communales du 8 octobre 2006, il n’est pas réélu et quitte le Conseil communal liégeois au terme de 30 années d’activité municipale.

Cfr Encyclopédie du Mouvement wallon, Parlementaires et ministres de la Wallonie (1974-2009), t. IV, Namur, Institut Destrée, 2010, p. 163-168

député (1971-1981)
conseiller communal de Liège (1977-2006)
ministre de la Culture française (1977-1978)
membre du Comité ministériel des Affaires wallonnes (1977-1978)
ministre de la Région wallonne (1979-1981)
président des cinq Exécutifs régionaux wallons au sein des gouvernements Martens et Eyskens (1979-1981)
membre du Conseil régional wallon (1980-1981)
sénateur (1981-1991)
membre du Conseil régional wallon (1981-1991)
ministre de l’Exécutif régional wallon (1981-1985)
président de l’Exécutif régional wallon (1982-1985)
député (1992-1995)
membre du Parlement wallon (1992-1995)
ministre fédéral (1992-1994)
bourgmestre de Liège (1995-1999)
député wallon (1995)
député européen (1999-2004)

Paul Delforge, décembre 2014