Jean D'Outremeuse

Liège 02/01/1338, Liège 1399

D’origine noble, fils de Jean Despreis, citain de Liège, Jean Desprez, dit d’Outremeuse, est clerc public des autorités apostolique et impériale et de la cour de Liège, mais aussi notaire et audidencier (huissier chargé du service des audiences). C’est cependant surtout en tant que poète et chroniqueur qu’il est le plus illustre. Auteur fécond, on peut lui attribuer avec certitude, outre un lapidaire, deux chansons de geste et une chronique en prose.

La chanson d’Ogier le Danois, qui racontait les hauts faits du héros de prédilection de Jean d’Outremeuse, est perdue, mais elle est partiellement connue par les passages que le chroniqueur a insérés dans son œuvre en prose. Jean d’Outremeuse a aussi écrit La Geste de Liège (52.000 alexandrins monorimes) consacré à son « pays ». En « rymes françoises », cette œuvre qui s’intitule précisément La Généalogie avec les faicts et gestes des roys et eveskes, assçavoir de Tongres, Liège e Treit, et avecque che les fundations d’icelles : translateit de latin en vulgaire et commun langage ligeois, ordyneit en quart parteit ou volumes et reduyctes en rymes par ung vray clerc ligeois apparaît sans grande valeur d’un point de vue historique, mais sa qualité littéraire est quant à elle remarquable. Il s’agit d’un roman chevaleresque, rédigé pour la noblesse de l’époque, et tourné vers « son » pays. « Le sentiment national liégeois est devenu si vif et si conscient que Jean d’Outremeuse voit dans les annales de son pays le thème d’une Geste dont les héros ne sont ni Charlemagne ni ses preux ni les grands féodaux, mais la Cité et le Pays de Liège » (Jean Lejeune).

Rédigée dans un style original, sa chronique en prose, Le Myreur des histors, s’adresse davantage au « peuple ». Il s’agit d’une œuvre majeure historiquement parlant : dans cette chronique universelle remontant au déluge, Jean d’Outremeuse laisse libre cours à son imagination qui se faufile à travers divers événements d’apparence véritable ; parvenu au XIIe siècle, l’écrivain devient davantage chroniqueur en reprenant tous les événements marquants concernant Liège, la Flandre, l’Angleterre et la France, sans négliger de citer ses sources. Il a également eu recours aux traditions orales et a consulté et inséré dans son récit des pièces diplomatiques, relevant encore sa valeur historique. Pendant des siècles, l’histoire racontée par Jean d’Outremeuse a valu comme un éclairage sérieux sur le passé, avant que Godefroid Kurth ne démonte l’illustre chroniqueur dans un virulent réquisitoire : s’il n’était pas historien, Jean d’Outremeuse inaugura, à sa manière, une sorte d’approche mémorielle du passé.

Un troisième ouvrage est dû à sa plume de ce Clerc appartenant à l’officialité liégeoise : La scienches des pierres précieuses.

Émile VARENBERGH, Jean Desprez, dans Biographie nationale, t. V, col. 784-788
Freddy JORIS, Natalie ARCHAMBEAU (dir.), Wallonie. Atouts et références d’une région, Namur, 2005
Histoire de la Wallonie (L. GENICOT dir.), Toulouse, 1973, p. 118, 180
Rita LEJEUNE, dans La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. I, p. 132-133, 183-184
Jean d’Outremeuse, Ly Myreur des histors, Chronique de Jean des Preis dit d’Outremeuse, publiée par Adolphe BORGNET, Bruxelles, Hayez, 1864-1887
Godefroid KURTH, Étude critique sur Jean d’Outremeuse, Bruxelles, 1910
Louis MICHEL, Les Légendes épiques carolingiennes dans l’œuvre de Jean d’Outremeuse, Bruxelles, 1935

Marie Dewez, septembre 2012