Guillaume Dufay

Cambrai ou Chimay 1400, Cambrai 27/11/1474

Durant le premier tiers du XVe siècle, se forme autour de Cambrai « un premier grand centre de rayonnement international de la polyphonie ». Son principal protagoniste se nomme Guillaume Dufay, dont on n’est pas certain qu’il soit né à Cambrai ; une hypothèse le fait naître à Chimay. Quoi qu’il en soit, le wallon du Hainaut Guillaume Dufay devient l’un des musiciens les plus célèbres du XVe siècle, apprécié par les têtes couronnées les plus illustres du temps, mais pas seulement. À côté de musiques destinées à la liturgie (messes, motets, hymnes, antiennes, magnificat), Dufay a composé beaucoup de musique profane (des ballades, rondeaux et virelais). Pour la période entre 1430 et 1460, Dufay est considéré comme le représentant idéal de la perfection.

Au-delà de la qualité de ses compositions, Guillaume Dufay est l’initiateur d'un style nouveau. Peut-être a-t-il pris exemple sur des musiciens anglais, mais il emprunte aussi aux Italiens et aux Français pour réaliser une synthèse qui donne à la musique une technique nouvelle et une esthétique qui s'oppose aux usages du XIVe siècle. Au regard des ballades ou rondeaux traditionnels, très contrastés, saccadés, aigus voire maniérés, la musique de Dufay paraît empreinte d'une grande souplesse et d'une grande douceur. En orientant la musique dans des voies vraiment nouvelles, en assurant ainsi sa rénovation, G. Dufay apparaît comme le premier artiste à avoir tiré la musique de ses erreurs, comme le premier maître de sa renaissance. Renouvelant la mélodie, le rythme, le contrepoint et le sens de la tonalité, il introduit une « autre esthétique ».

Ainsi, dans le contrepoint, invite-t-il à renoncer à certaines duretés de l'époque antérieure en n'utilisant la dissonance qu'avec discrétion et circonspection. Désormais la dissonance n'est plus guère mise en évidence sur les points d'appui rythmique ; elle n'apparaît le plus souvent que comme le prolongement d'une consonance, comme la suspension provisoire d'une voix sur une autre en mouvement et elle se résout rapidement dans une nouvelle consonance. Aux environs de 1430, la musique de Dufay est considérée comme une véritable ars nova. Il se situe ainsi à l'aube du contrepoint classique, qui sera normalisé plus tard par Josquin Desprez.

Choral à la cathédrale de Cambrai, le jeune Dufay suit l’évêque de Cambrai au concile de Constance (1417) et vit à la cour des Malatesta, à Rimini et Pesaro (1420-1426), avant de se rendre à Bologne, dans l’entourage du cardinal Louis Aleman, légat du pape : il rejoint ensuite la chapelle pontificale où il retrouve quelques Liégeois (1428-1433). Après le Liégeois Ciconia, Guillaume Dufay est l’un des premiers musiciens « du Nord » à faire carrière en Italie. À partir de février 1434, il fait partie de la cour d’Amédée VIII de Savoie comme chapelain d’abord, comme magister capellae ensuite (1433-1435, 1437-1445). En juin 1435, il réintègre la chapelle du pape Eugène IV qu’il suit à Florence (où il compose un motet pour l’inauguration du dôme de Brunelleschi), à Bologne et à Ferrare. Quand il revient à Cambrai, en 1437 ou 1439, Guillaume Dufay bénéficie de la part du pape d’un canonicat à la cathédrale de la ville : il dirige la maîtrise de garçons et le chœur de la cathédrale ; resté en contact avec l’Italie, notamment avec les Médicis de Florence, il retourne quelques fois en Italie, est nommé de manière honorifique chapelain et chantre du duc de Bourgogne, Philippe le Bon, mais c’est en Savoie qu’il séjourne de 1450 à 1458, à la cour du duché, avant d’achever sa carrière musicale au service de la cathédrale de Cambrai ; il a aussi servi la collégiale Sainte-Waudru à Mons.

Robert WANGERMÉE, dans Freddy JORIS, Natalie ARCHAMBEAU (dir.), Wallonie. Atouts et références d’une région, Namur, 2005
Robert WANGERMÉE, Guillaume Dufay et la renaissance en musique, dans Robert WANGERMÉE et Philippe MERCIER (dir.), La musique en Wallonie et à Bruxelles, t. I : Des origines au XVIIIe siècle, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1980, p. 130-133
Histoire de la Wallonie (L. GENICOT dir.), Toulouse, 1973, p. 183, 261-263
La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. I, p. 479-486 ; t. II, p. 303-310
Albert LOVEGNÉE, Le wallon Guillaume Dufay : 1398-1474, Charleroi, Institut Destrée, 1980

Paul Delforge, septembre 2012