Jean Froissart

ou Jehan

Valenciennes 1337, Chimay entre 1404 et 1410

Poète ou historien, chanoine ou amateur de la vie de cour, Jean Froissart présente cette singulière particularité d’être resté à travers les siècles un personnage de référence par les qualités de ses multiples facettes, dont la principale reste d’être le plus prolixe chroniqueur de l’époque médiévale.
Implantés depuis plusieurs générations à Beaumont en Hainaut où ils sont connus comme marchands et « changeurs »,  les Froissart comptent une branche de marchands installés à Valenciennes ; c’est là, dans le sud du Hainaut, que Jean Froissart passe sa jeunesse, vivant dans l’aisance et recevant une formation sérieuse. Très vite inspiré par les plaisirs de la vie, il excelle dans la poésie courtoise et la multiplication de ses écrits lui valent la protection de gens de cours, d’abord dans le comté de Hainaut. L’Espinette amoureuse, court roman en partie autobiographique, est particulièrement réussi.

Rimaillant avec aisance et légèreté, Froissart est aussi capable de narrer des sujets plus sérieux et devient ainsi davantage « historien » déjà à partir de 1357. Sa prose est imagée et rend compte de son époque grâce à une multitude de détails qui, sans être toujours très précis, sont généralement le fruit de ses propres « enquêtes ». Vers 1361, il semble avoir rejoint Philippa de Hainaut à Londres ; c’est en tout cas le moment où il présente un « poème » historique relatant la bataille de Crécy (de 1346), et où il célèbre ainsi l’héroïsme de Jean l’Aveugle, oncle de la reine… Attaché à la cour d’Angleterre, protégé de Philippa, le trouvère wallon se fait conteur et chroniqueur. De ses multiples participations à la vie fastueuse de l’époque, il nous donne des descriptions de faits, de lieux et de personnes de toute première main. À la fois historien, reporter, messager, explorateur et écrivain, il continue à composer des poèmes et des romans, et entame la rédaction de chroniques reflétant ses impressions de voyages. Après six années passées en Angleterre, il séjourne en France, revient dans sa province, repart en Italie, fréquentant durant toutes ces années la haute société de son temps, décrivant consciemment ou non une certaine décadence féodale.

Fatigué de sa vie mondaine et d’errance, Froissart est résolu, en 1372, à entrer en religion. Grâce à la maison de Brabant, il parvient à bénéficier de la jouissance de la riche cure de Lestines (aujourd'hui Estinnes-au-Mont et Estinnes-au-Val), entre Mons et Binche (1373-1383), sans pour autant diminuer son train de vie ni ses dépenses. Poursuivant ses écritures, il reste sollicité par les princes des environs qui souhaitent sa plaisante compagnie lors de leurs fêtes. Après avoir bénéficié du patronage du duc Wenceslas de Bohême à la cour de Brabant, Froissart trouve un nouveau protecteur auprès de Guy II de Châtillon, comte de Blois, qui lui permet de devenir chanoine de Chimay et de bénéficier des avantages de la charge (1384-1391). Tout en lui ouvrant de nouvelles portes de châteaux, en France comme dans les provinces du nord, le comte de Blois est encore celui qui encourage Froissart à mettre de l’ordre dans ses multiples écrits ; comme Gaston Fébus, Aubert de Bavière et Guillaume d’Ostrevant pourvoiront aussi à ses besoins matériels.

De nouveaux voyages attendent encore Froissart, dans les cours comme sur les champs de bataille, lors de mariages, de conférences diplomatiques ou du siège militaire de cités. Par ses récits, Froissart est une source incontournable pour appréhender les premières décennies de la Guerre de Cents Ans. De 1370 et jusqu'en 1400, il a en effet rédigé en moyen français des Chroniques de France, d'Angleterre et des païs voisins, qu'il remaniera sans cesse. Couvrant les années 1327 à 1400, elles relatent les événements depuis l'avènement d'Edouard III d'Angleterre jusqu'à la mort de son petit-fils Richard II.
Vers 1395, Froissart repart pour l’Angleterre, mais le « gentil trouvère de Windsor » des années 1360 est totalement dépaysé et s’en revient vite sur « ses » terres. Il semble passer ses dernières années au cloître de Sainte-Monegonde, dont il est chanoine-trésorier, toujours grâce à Guy de Blois : il y remanie et perfectionne son œuvre. La tradition place sa sépulture à l'intérieur de la chapelle Sainte-Anne dans l'église de Chimay.

Si ses chroniques émergent de son œuvre abondante, Froissart laisse aussi des poèmes et des romans, où émergent Meliador – dernier roman du cycle arthurien qui n’eut guère de succès à son époque –, Le joli Buisson de Juvence, La Prison amoureuse, autant de divertissements de rhétorique courtoise, à travers lesquels se décalquent les événements de son temps. Si certaines descriptions du pays wallon se retrouvent dans ses écrits, les spécialistes relèvent également des tournures langagières inspirées des parlers wallon et picard.

Jules STÉCHER, dans Biographie nationale, t. VII, col. 317-339

http://www.arlima.net/il/jean_froissart.html (s.v. mai 2013)

Freddy JORIS, Natalie ARCHAMBEAU (dir.), Wallonie. Atouts et références d’une région, Namur, 1995

Histoire de la Wallonie (L. GENICOT dir.), Toulouse, 1973, p. 180

La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. I, p. 146-148, 177, 179-183

Maurice WILMOTTE, Froissart, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1943, coll. Notre Passé

  • Courte énumération de l’œuvre de Froissart
  • Le paradys d'Amour, 1361-1362
  • Le débat du cheval et du lévrier, 1365
  • L'orloge amoureus, 1368
  • L'espinette amoureuse, 1369
  • La prison amoureuse, 1371-1373
  • Le joli buisson de jeunesse, 1373
  • Le dit don florin, 1389
  • Meliador, 1362-1369, revu en 1381-1382
  • Chroniques de France, d'Angleterre et des païs voisins
Paul Delforge, décembre 2013