Remacle Fusch

Limbourg c. 1507, Liège 21/12/1587

Né à Limbourg, dans le duché du même nom, Remacle Fusch bénéficie de la situation florissante de l’instruction publique dans la capitale de la principauté de Liège, recevant une excellente formation sur les auteurs classiques auprès des Frères de la Vie commune. Ensuite, il voyage en Allemagne, en Suisse et en Italie où il s’intéresse à la médecine. Il suit vraisemblablement les cours du célèbre botaniste Othon Brunfels, à Strasbourg, qui l’aide certainement à réunir les informations pour rédiger la vie de 175 médecins depuis Hippocrate jusqu’à ses contemporains (Illustrium medicorum vitae, Paris, 1541) : cet ouvrage est l’une des toutes premières histoires de la médecine jamais réalisées.
Dès son retour à Liège (1533), nanti du titre de docteur en Médecine, Remacle Fusch enseigne son art et reçoit de son frère, Gilbert, sa charge de chanoine à la Collégiale Saint-Paul. C’est entre 1541 et 1546 que Fusch va éditer la plupart de ses ouvrages consacrés à la médecine et à la botanique. Son travail est alors particulièrement apprécié. Son nom ne doit cependant pas être confondu avec celui du botaniste bavarois Léonard Fuchs, son contemporain, dont le nom est devenu commun grâce au Fuchsia.
Dans son premier traité, il décrit la syphilis, ses effets et ses symptômes, et donne des conseils pour la soigner : le titre indique clairement qui a apporté cette maladie dans nos régions… (Morbi hispanici, Paris 1541). S’efforçant d’adapter, tant bien que mal, les dogmes des anciens à la réalité nouvelle, il n’a cependant pas une vue moderne de la médecine. S’intéressant aux plantes médicinales, les anciennes comme celles qui arrivent des Amériques, Fusch clarifie autant que possible les nomenclatures et traditions héritées du passé et de langues différentes : dans son dictionnaire (Plantarum omnium nomenclaturae, Paris, 1541), il identifie 350 plantes relativement connues et mentionne souvent des synonymes en wallon de Liège ; par ce fait même, il s’agit de l’une des plus anciennes attestations imprimées du parler wallon. Dans un autre ouvrage (De plantis antehac ignotis, Venise, 1542), il traite de 85 plantes inconnues des Anciens : il les décrit de manière rigoureuse et méthodique, rendant compte de son expérience personnelle. Par sa démarche fondée sur l’observation, le botaniste fait œuvre de pionnier. Mais de manière plus générale, par son travail de comparaison et de clarification un peu maladroit, fondé sur la compilation, il se trouve à la transition entre la scolastique et l’école de l’observation, et précède ainsi de peu l’essor de la botanique scientifique insufflé par les Flamands Dodoens, L’Escluse et de L’Obel. Pour ses contemporains, il apparaissait comme un grand savant « ayant la science et la connaissance des herbes et de toutes autres choses que la terre peut produire ».
Ce premier botaniste liégeois, qui est représenté sur l’un des vitraux de l’église Saint-Paul, a encore traité des eaux et de concoction pharmaceutique à base de plantes (Historia omnium aquarum, Paris 1542) et a classé les médicaments par types et par effets (Pharmacorum omnium tabulae, Paris 1546). Du fait de leur commodité, ces tables ont connu plusieurs éditions. Le nom de Fusch s’est quelque peu perdu dans la mémoire collective quand, au XIXe siècle, les travaux de Charles Morren contribuèrent à montrer les qualités de l’érudit : désormais son nom est porté par une variété de fleurs et par une rue de Liège située à côté du Jardin botanique…

La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. II, p. 354-355
Ed. MORREN, Biographie nationale, t. VII, col. 364-382

Paul Delforge, décembre 2012