Louis Gallait

Tournai 10/05/1810, Schaerbeek 20/11/1887

La récente indépendance du nouvel État belge inspire les artistes. Rompant avec la tendance néo-classique, une école romantique « nationale » voit le jour avec l’anversois Gustave Wappers et le tournaisien Louis Gallait. Quand il présente à Paris, en 1841, l’impressionnante toile intitulée Abdication de Charles Quint, Gallait rencontre un succès tel que cette œuvre apparaît comme le manifeste d’un nouveau courant, « un romantisme modéré », débarrassé des excès de couleurs et de composition des premiers romantiques, tout en donnant davantage de mouvement que les derniers néo-classiques. Abandonnant les sujets antiques pour trouver l’inspiration dans un passé national en construction et plus récent, l’artiste n’aura de cesse de mettre en scène, avec talent, des moments historiques marquants : Le couronnement de Baudouin de Constantinople (1847), Les derniers moments du comte d’Egmont (1848), Les derniers honneurs rendus aux comtes d’Egmont et de Hornes (1851), Jeanne la Folle (1856), La lecture de la sentence aux comtes d’Egmont et de Hornes (1864) et bien d’autres dont La peste à Tournay en 1092 (1882), sa dernière œuvre majeure.

Cinquième de neuf enfants vivant dans un milieu fort modeste, orphelin à l’âge de 12 ans, Louis Gallait est encouragé par sa mère dans la voie artistique qui s’est manifestée de façon précoce. Formé à l’Académie de Tournai, il apprend le dessin sous les conseils de Corneille Cels puis d’Auguste Hennequin, dans un esprit néo-classique. Il aborde modestement le genre particulier du paysage urbain, influencé par l’importance de l’industrie lithographique tournaisienne, mais la peinture d’histoire a ses faveurs. Distingué par un premier prix reçu à Gand (1832), il complète sa formation à Anvers, avant d’être soutenu par des mécènes tournaisiens et un subside officiel qui permettent au jeune homme de s’initier au romantisme, à Paris, au contact d’Ary Scheffer et de Delaroche. En 1835, le tableau Le Serment de Vargas est salué par la critique parisienne et lui ouvre les portes du Musée historique de Versailles qui l’honore de plusieurs commandes. La consécration arrive en 1841, lorsqu’il présente L’Abdication de Charles Quint au salon de Paris. Applaudie par l’ensemble de la critique, l’œuvre fera le tour des capitales européennes avant d’atterrir à titre définitif à Tournai, au Musée des Beaux-Arts, en 1948… Criblé de récompenses et distinctions honorifiques, Gallait parvient à garder la tête froide et à produire d’autres œuvres marquantes.

Les nombreuses commandes du gouvernement belge ont ramené l’artiste à Schaerbeek, où il produit de manière régulière tant des compositions d’histoire que de nombreux portraits. Parmi d’autres réalisations, son Godefroid de Bouillon et autre Charles Quint (1873) s’ajoutent à la quinzaine de portraits historiques réalisés pour la salle du Sénat (entre 1872 et 1877). Membre de l’Académie impériale des Beaux-Arts de Vienne (1843), membre ordinaire et étranger de l’Académie de Berlin (1843), membre de la Classe des Beaux-Arts de l’Académie de Belgique (1845), il devient le directeur puis le président de cette Classe en 1871 et 1880. Les Pays-Bas (1853), la France (1870) et l’Espagne (1873) accorderont aussi une place de correspondant à Gallait dans leur académie. Reconnu de son vivant, Gallait bénéficiera d’une consécration populaire exceptionnelle le 9 septembre 1883 : ce jour-là, Tournai célèbre l’enfant du pays avec tous les fastes dus à son rang.

Décédé à Schaerbeek, le corps de Louis Gallait est transféré dans la cathédrale de sa ville natale qui lui consacre des funérailles grandioses. Un an plus tard, une rétrospective est organisée dans le cadre de l’exposition d’Anvers, tandis que la ville de Tournai décide d’ériger un monument dans le parc communal. Si Gallait apparaît aux yeux de certains comme une gloire nationale (de plein pied et légèrement de profil, il incarne le « métier des peintres » sur une tapisserie réalisée pour la salle gothique de l’hôtel de ville de Bruxelles), d’autres se font plus critiques à l’égard du genre historique national belge traité par le Tournaisien. « Nous n’eûmes pas un Delacroix pour exprimer notre affranchissement artistique, la peinture d’histoire wallonne se plaçant sous la férule de Delaroche et de l’École de Düsseldorf. Dès lors, nous n’aurons droit qu’à un héroïsme de théâtre avec Louis Gallait, le seul artiste wallon à triompher aux Salons ouverts à Bruxelles et dans toute l’Europe à côté des Gustave Wappers, Nicaise de Keyser et autres Édouard de Biefve. En fait, Gallait ne fit qu’adapter les sujets au goût du jour en les choisissant dans l’histoire nationale. Pour le reste, il croit qu’il suffit de recouvrir ses mannequins de costumes d’époque pour leur donner vie. Ses œuvres historiques sont cependant préparées par des esquisses intéressantes qui valent par leur énergie ou leur réalisme » (Guy Vandeloise, WPH).

Serge LE BAILLY DE TILLEGHEM, Louis Gallait (1810-1887). La gloire d’un romantique, Bruxelles, Crédit communal, 1987

Freddy JORIS, Natalie ARCHAMBEAU (dir.), Wallonie. Atouts et références d’une région, Namur, 1995

Histoire de la Wallonie (L. GENICOT dir.), Toulouse, 1973, p. 393

La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. II, p. 508-510

Paul Delforge, décembre 2013