Maurice Grevisse

Rulles 7/10/1895, La Louvière 4/07/1980

Que le nom de l’auteur supplante le titre de son ouvrage n’est pas chose courante. Quand la publication est une sorte de grammaire, l’auteur n’en a que plus de mérite. Comme le Schumacher en langue allemande, le « Ragon-Dain » pour le grec, le « Grevisse » s’est imposé comme la référence pour le bon usage en langue française.
À l’origine, l’objectif n’était nullement d’éditer un volume de plusieurs centaines de pages. Professeur de français consciencieux, Maurice Grevisse souhaite mettre davantage à la portée de ses élèves un manuel de grammaire courant ; il y ajoute tant de nouveaux feuillets que, finalement, on ne retrouve plus trace de la grammaire initiale. Cette transformation correspond bien à l’évolution personnelle de son auteur. Destiné, par tradition familiale, à reprendre la forge paternelle, le jeune Grevisse a décidé de devenir instituteur, mais sa formation à l’École normale de Carlsbourg (1914) lui a donné l’envie d’aller plus loin : il poursuit ses études, toujours à Malonne, et devient régent littéraire. Professeur de français à l’École des Pupilles de l’Armée à Marneffe, Grevisse s’initie alors au latin et au grec en autodidacte, avant de s’inscrire en Philologie classique à l’Université de Liège. Après avoir défendu une thèse de doctorat (1925), il se retrouve professeur à l’École royale des Cadets à Namur (1927), puis à Bruxelles.
Aménageant les feuillets de sa « grammaire personnelle » sous une forme totalement neuve, il trouve un éditeur de Gembloux, Jules Duculot qui, contrairement à ses confrères plus prestigieux, accepte de publier Le Bon usage (1936). Rapidement, le livre s’impose auprès des philologues et des auteurs. André Gide, le premier, cite Le Bon usage comme son ouvrage de référence (1947). Peu d’années après le réquisitoire de Joseph Hanse contre La Grammaire de l’Académie française, un autre Wallon impose ainsi « la » référence, la meilleure grammaire française, faisant autorité dans tous les pays francophones. C’est l’examen des faits de langue chez les auteurs reconnus, les plus divers, qui permet à Grevisse d’en dresser, sans volonté normative, un constat d’usage. Là est l’originalité du Grevisse.
Volumineux, constamment réédité, le Bon Usage est constamment mis à jour. Peu avant sa mort, Grevisse voyait sortir la onzième édition d’un ouvrage de 1532 pages, consultées par des millions de francophones à travers le monde, toujours édité par Duculot. Gendre de Maurice Grevisse, André Goosse assure la continuité de l’ouvrage qui connaît sa 14e édition en 2007, avec une version électronique.
Professeur jusqu’en 1957, membre du Conseil international de la Langue française (1967-1980), Maurice Grevisse a encore publié des ouvrages scolaires ou philologiques complémentaires à son œuvre essentielle (Précis de grammaire française (surnommé Le Petit Grevisse), Cours de dictées, Le Français correct). Chroniqueur dans La Libre Belgique, il a réuni ses articles en plusieurs volumes sous le titre collectif Problèmes de langage (1961-1970).


GREVISSE Maurice    KLEIN Jean-René, Nouvelle Biographie Nationale, t. II, p. 210-212
La Wallonie. Le Pays et les hommes (Arts, Lettres, Cultures), Bruxelles, t. III
DELFORGE Paul, Cent Wallons du Siècle, Liège, 1995
GREVISSE Maurice    prix De Keyn de l’Académie royale de Belgique (1939), médaille d’or de l’Académie française (1946), prix Vaugelas à Genève (1961), officier de la Légion d’Honneur (1971)
Précis de grammaire française, 1939 (aussi connu sous le titre Le petit Grevisse)
Exercices sur la grammaire française, 1942
Cours de dictées, 1944
Problèmes de langage, 1961-1970
Le Français correct, 1973
Savoir accorder le participe passé, 1975
Quelle préposition ?, 1977
La force de l’orthographe, 1982
Nouvelle grammaire française, 1982

Paul Delforge, octobre 2011