Louis (né Antoine) Hennepin

Ath 12/05/1626, lieu inconnu vraisemblablement en 1705

Missionnaire, surnommé « l’explorateur du Mississipi », auteur à succès, Louis Hennepin est un personnage énigmatique qui n’a pas encore révélé tous ses secrets. Après s’être formé à l’école latine de sa ville d’Ath et avoir revêtu la bure franciscaine au couvent des Récollets de Béthune (1643), il a poursuivi ses études au couvent de Montargis avant d’être ordonné prêtre. Déjà d’esprit fort voyageur, Hennepin se rend à Rome et visite plusieurs monastères en Italie et en Allemagne, avant de revenir dans « ses » Pays-Bas : tout en prêchant, sa curiosité est attisée par les récits des marins et navigateurs de haute mer, davantage que par les soins qu’il est amené à administrer aux blessés laissés sur les champs de bataille de Louis XIV (siège de Maastricht et bataille de Seneffe, 1673-1674). Pourtant, c’est à la demande du roi de France que les Récollets peuvent désigner cinq missionnaires pour la Nouvelle-France, et Hennepin est l’un d’eux (1675).
Accompagnant dans ses expéditions René Robert Cavelier, sieur de La Salle, Louis Hennepin en devient le chapelain, parcourt ainsi la région des Grands Lacs et y propage « la bonne parole ». Après Québec et ses alentours, il est appelé pour un remplacement au fort Cataraqui, près du lac Ontario (Frontenac) (1676). Sa « maison de mission » est alors fréquentée par des Iroquois. Revenu à Québec en 1678, il repart pour une nouvelle mission plus périlleuse. De Frontenac, une expédition traverse le lac Ontario pour installer le fort Conti sur la rivière Niagara (décembre 1678). Sa mission n’est pas achevée ; toujours avec La Salle, ou un peu avant lui (selon les écrits de Hennepin), il descend le cours du Haut-Mississipi qu’il découvre ainsi (1680), croise des Sioux, et est fait prisonnier. C’est durant sa captivité qu’il découvre des chutes auxquelles il donne son premier prénom, les chutes Saint-Antoine. Aujourd’hui encore une plaque rappelle son passage. Libéré des Indiens, il retourne au Canada avant de rentrer en France. Dès son retour en Europe (fin 1681), Louis Hennepin se retire au couvent de Saint-Germain-en-Laye pour rédiger une Description de la Louisiane qu’il publie à Paris en janvier 1683 et qui enthousiasme un public qui découvre le Nouveau Monde à travers ses récits exotiques, bientôt traduits en plusieurs langues. De manière fulgurante, Hennepin acquiert une célébrité internationale, devenant « l’auteur populaire le plus à la mode » (Jean-Roch Rioux). Il est le premier à décrire les grands lacs ; sa description des chutes du Niagara impressionne autant que celle de la Louisiane ou des peuples sioux qu’il a croisés.
Nommé vicaire du couvent de Cateau-Cambrésis (1683), il devient supérieur du couvent de Renty qu’il contribue à rebâtir (1684-1687). Sans que l’on en connaisse les vraies raisons, Hennepin tombe soudain en disgrâce au sein de son ordre. Relégué au couvent de Saint-Omer, il est ensuite expulsé de la province d’Artois. Réfugié à Gosselies (1687-1692), où il est aumônier auprès des sœurs récollectines et où il reconstruit la chapelle, il est à nouveau poursuivi par les autorités civiles et ecclésiastiques.
Clandestin sur ses propres terres, il tente d’intéresser le roi d’Angleterre aux riches contrées du nouveau continent, et obtient la permission de gagner les Provinces-Unies, aux frais du roi, pour publier ses livres et préparer une nouvelle traversée vers l’Amérique. Réfugié à Utrecht, il y publie deux autres récits de voyages (Nouvelle Découverte d'un très grand Pays situé dans l'Amérique entre le Nouveau Mexique et la mer Glaciale en 1697, où il offre la première vue jamais connue des chutes du Niagara, et Nouveau Voyage d'un Païs plus grand que l'Europe en 1698). Le fait de dédicacer ses livres au roi d’Angleterre met le roi de France d’autant plus en colère que Hennepin affirme avoir caché dans son livre de 1683 qu’il avait découvert, deux ans avant le Français de La Salle, l’embouchure du Mississipi ! Son succès de librairie n’efface cependant pas les invraisemblances de ce qui apparaît surtout comme un roman d’aventures dont Hennepin est le héros. À l’heure où Anglais et Français se disputent les terres du Nouveau Monde, les écrits de Hennepin apparaissent comme autant de brûlots. Trois siècles plus tard, l’accusation de plagiat portée au XIXe siècle ayant été écartée par les découvertes de Louant dès 1956, il reste que Hennepin peut être considéré comme l’inventeur d’un genre littéraire nouveau, celui des récits de voyage.
Mais les 46 éditions réservées à sa seule Description de la Louisiane ont certainement attisé des jalousies que Hennepin n’a probablement rien fait pour calmer. Au contraire. Réfugié à Utrecht, il tente de créer une mission des Récollets destinée aux catholiques (souvent réfugiés) de langue française et son initiative paraît se heurter à l’opposition de la hiérarchie catholique d’Utrecht. En publiant un troisième ouvrage à Utrecht, sorte d’autobiographie où il fait part publiquement de ses démêlés apostoliques et où il accuse l’Église d’Utrecht de tendance janséniste (La Morale pratique du jansénisme, 1698), il s’attire les foudres des autorités de la ville et est contraint à l’exil.
Personna non grata en France, dans les Pays-Bas et les Provinces-Unies, il transite par Cadix avant de se réfugier à Rome (1699), au couvent de Saint-Bonaventure-sur-le-Palatin, puis au couvent de l’Ara cœli, sur le Capitolin (1701). Ensuite, on perd la trace de ce personnage intrig(u)ant, qui a peut-être été victime des rivalités entre jansénistes et récollets, des concurrences politiques entre puissances coloniales, et surtout de son caractère, voire de son imagination.
De nos jours, un Géant d’Ath porte son nom, de même qu’un comté du Minnesota, dont le siège est Minneapolis, ville où sa statue trône sur une place publique, sous un drapeau américain.

 

Catherine BROUÉ, Louis Hennepin (1626-1705) : missionnaire, explorateur, écrivain, dans Québec français, n°142, 2006, p. 45-48 cfr http://id.erudit.org/iderudit/49752ac
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Jean STENGERS, Revue belge de philologie et d'histoire, t. XXXII, p. 246-256
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Paul Delforge, septembre 2012