Henri l'Aveugle

Namur c. 1112, Echternach 14/08/1196

Quand Conrad II, comte de Luxembourg, meurt en 1136, il ne laisse aucun héritier. Fils de Godrefoi Ier comte de Namur et d’Ermesinde de Luxembourg, Henri est désigné pour succéder à son cousin Conrad, et prend le nom de Henri IV de Luxembourg. Il est soutenu par l’empereur qui ne souhaite pas qu’un comte français s’empare de ce comté. Trois ans plus tard, à la mort de son père (1139), Henri hérite du comté de Namur, ainsi que des comtés de Durbuy et de Laroche, et des avoueries des abbayes Saint-Maximin et Saint-Willibrod. En réunissant ainsi sur sa personne un vaste ensemble entre Meuse et Moselle, il devient un puissant prince territorial mieux connu, plus tard, sous le nom de Henri l’Aveugle (il devient aveugle en 1182) ou aussi de Henri de Namur.
S’il aide le prince-évêque de Liège à récupérer Bouillon au comte de Bar (1141), Henri l’Aveugle rend ses voisins prudents. Ses tentatives pour étendre encore ses biens se heurtent notamment au prince-évêque de Liège et au duc de Brabant, mais aussi à l’archevêque de Trèves. En 1151, la bataille d’Andenne se solde par une victoire écrasante de l’évêque de Liège. Le territoire d’entre Meuse et Moselle ne grandira pas, restant borné par ses puissants voisins. L’archiviste et historien Félix Rousseau a vu dans ces événements la préfiguration potentielle de l’émergence d’un espace wallon dont Namur aurait été la capitale, tout en constatant que les rivalités de l’époque empêchaient un tel destin, les princes du Hainaut, de Brabant et de Liège aspirant, sans le formaliser, à réaliser un projet similaire à partir de leur propre capitale.
D’autre part, il convient de retenir du règne d’Henri l’Aveugle qu’il « importe » les habitudes namuroises en Luxembourg, essentiellement le « droit de Namur », afin d’affaiblir le poids de la noblesse. Franchises et privilèges sont accordés aux villes et bourgeois, mais aussi étendus aux communautés rurales. En 1152, il fonde l’abbaye Notre-Dame de Leffe à Dinant et y installe des chanoines prémontrés.
Resté longtemps sans descendance, Henri l’Aveugle a fait naître de nombreux espoirs politiques concernant sa succession. Lui-même s’est aventuré dans des plans que son dernier mariage et la naissance d’une fille, en 1186, remettent en question, lésant les intérêts des comtes de Hainaut. Il faudra l’intervention de l’empereur pour démêler le conflit.
Réfugié à Luxembourg dont il favorise le développement, Henri l’Aveugle meurt en 1196 en laissant une fille de six ans comme seule héritière (Ermesinde). Les biens de Namur et de Luxembourg, réunis en 1136, sont à nouveau séparés (le premier revient au comte de Hainaut) et promis à des existences distinctes.

Félix ROUSSEAU, Henri l'Aveugle : comte de Namur et de Luxembourg, 1136-1196, Liège, Bibliothèque de la Faculté de philosophie et lettres de l'Université, 1921
Gilbert TRAUSCH (dir.), Histoire du Luxembourg. Le destin européen d’un « petit pays », Toulouse, Privat, 2010

Paul Delforge, septembre 2012