Jules Hentjens

Herstal 13/02/1883, Liège 02/08/1938

Durant l’occupation allemande de 1914-1918, la frontière séparant les Pays-Bas de la Belgique est sévèrement gardée. Les patrouilles sont nombreuses et une clôture électrisée doit décourager les téméraires. Pour de nombreux Wallons, gagner Maastricht ou le Limbourg hollandais constitue un défi et surtout la porte de la liberté, soit pour retrouver de la famille réfugiée à l’étranger soit pour rejoindre les rangs de l’Armée belge. Dès lors, les initiatives sont nombreuses, parfois spectaculaires comme celles de ces bateaux qui forcent le passage, fin décembre 1916 et début janvier 1917. Derrière les deux expéditions, celle de l’Anna et celle de l’Atlas, on trouve un même homme, Jules Hentjens.

Comme son père, maître-batelier, le jeune Hentjens roule sa bosse sur les canaux et sur la Meuse depuis plusieurs années. Dans le milieu des affréteurs et des pilotes fluviaux, il est réputé pour son audace, son endurance et la hardiesse de ses idées. Marié et père de trois enfants, il ne va pas hésiter à organiser les deux opérations qui sont autant de pied-de-nez à l’envahisseur. Dans un premier temps, Jules Hentjens convainc un batelier alsacien, Joseph Zilliox, pilote bien malgré lui d’un remorqueur allemand, de transpercer les filins allemands qui traversent le fleuve et d’emmener aux Pays-Bas une petite cinquantaine de personnes : non sans mal, l’expédition réussit (6 décembre 1916), mais la répression coûtera cher à ses protagonistes : Zilliox est exécuté en juillet 1917 et sept complices subissent le même sort.

Jules Hentjens, quant à lui, ne remettra pas les pieds à Liège avant la fin de l’année 1918. C’est à bord de l’Atlas V qu’il est arrivé aux Pays-Bas dans la nuit du 3 au 4 janvier 1917, selon un scénario identique au précédent. Profitant de la crue de la Meuse, une centaine de personnes bénéficient de cette action d’éclat : le remorqueur piloté par Hentjens parvient à gagner Eisden, arrachant au passage un pont de service allemand à hauteur de Visé, culbutant un petit navire ennemi et arrachant le câble électrique et les chaînes placés au travers du fleuve, à la frontière. Dès le matin du 4 janvier, tout Liège puis le pays wallon sont renseignés sur ce fait d’armes. La famille Hentjens est suspectée, l’épouse et la sœur du capitaine Hentjens seront arrêtées et condamnées à 10 et 13 ans de prison. Un des fils du capitaine, Edmond, alors bébé, vécut six mois en détention avec sa maman.

Rentrant par Petit-Lanaye, le 11 novembre 1918, Jules Hentjens retrouve les siens et poursuivra ses activités jusque dans les années 1930. L’épopée de l’Atlas V deviendra un fait d’armes majeur de la Grande Guerre. L’un des ponts de Liège porte son nom, Atlas, en souvenir.

Édouard DEHARENG, L’odyssée du remorqueur Atlas V, Visé, s.d.

L'Atlas V, Liège, Vonêche, 1930

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Paul Delforge, décembre 2013