Henri Herd

Liège 12/08/1884, Liège 04/11/1965

Fasciné dès son plus jeune âge par les exploits d’un lutteur répondant au nom de Constant-le-Boucher, Henri Herd entend réaliser son rêve : devenir un lutteur célèbre, portant le surnom de Constant-le-Marin, afin de pouvoir voyager à travers le monde. Le rêve a quasiment été exhaussé, mais selon des modalités que le gamin d’Outremeuse ne pouvait prévoir. Commençant les compétitions vers 1903, il se hisse au premier rang d’une discipline aux règles encore indécises. Quatrième au championnat d’Europe 1906, deuxième en 1907, cet enfant né dans une famille de saltimbanques en a fini d’amuser la galerie de ses exploits pour quelques pièces de monnaie. En 1910, à Buenos-Aires, il décroche la ceinture d’or en battant le Français Paul Pons au terme d’un combat long de 4 heures. En battant le premier champion du monde professionnel, il s’inscrivait au firmament de sa discipline, au niveau international. Plusieurs titres confirment cette performance lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale. Mobilisé, le quadruple champion du monde s’engage ensuite comme volontaire au sein du Corps belge des Autocanons.

Aux côtés notamment de Marcel Thiry et de Julien Lahaut, Henri Herd quitte Brest à destination d’Arkangel, et participe pour la première fois à des combats, en 1916, en Galicie. Envoyés en renfort pour soutenir le tsar, les volontaires sont surpris par les révolutions russes qui portent les bolchéviques au pouvoir. Alors que la paix de Brest Litovsk est en pour-parler, ordre est donné de rentrer en France, mais les troupes sont bloquées à Kiev jusqu’à l’arrivée de l’armée rouge, fin janvier 1918. Après bien des périples, Henri Herd regagne l’Europe via Vladivostok et la traversée du Pacifique, des États-Unis et de l’Atlantique.

Invalide de guerre à son retour au pays, Henri Herd veut redevenir Constant-le-Marin. Et il atteint son objectif en décrochant, le 15 mars 1921, un ultime titre de champion du monde. Auréolé de ses exploits, il parcourt ensuite le monde en décrochant les « prize-money » de l’époque. Réfugié à Paris en mai 1940, il s’occupe ensuite d’un centre de réfugiés avant de quitter Bordeaux pour l’Argentine. Il ne rentre à Liège qu’en 1946 ; il ouvre une salle de sports au sous-sol du café dont il est le patron et donne encore quelques leçons aux jeunes qui viennent côtoyer la légende vivante et s’initier à la lutte gréco-romaine ainsi qu’au... catch. Un passage voûté (arvô) d’Outremeuse porte une inscription évoquant sa mémoire.

Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
Théo MATHY, dans Freddy JORIS, Natalie ARCHAMBEAU (dir.), Wallonie. Atouts et références d’une région, Namur, 2005
Paul Delforge, septembre 2012