Marie Howet

Libramont 24/03/1897, Rochehaut 24/03/1984

L’art wallon est parsemé de personnalités ou de petits foyers d’artistes aux caractères marqués. En province de Luxembourg, une vraie école de la Semois a vu le jour au début du XXe siècle autour d’Albert Raty, de Camille Barthélemy et de Marie Howet. Celle-ci, très jeune, se voit décerner le Prix de Rome (1922), que le ministre des Sciences et des Arts, Jules Destrée, vient de moderniser. L’événement n’est pas anodin puisque c’est une femme qui remporte ce premier prix, (12.000 francs de l’époque) qui « impose » à l’artiste un séjour minimum d’un mois dans la capitale italienne.
Ce ne sera ni le premier ni le dernier voyage de la jeune Ardennaise. À l’issue de l’École moyenne d’Arlon, Marie Howet a d’abord été tentée par la musique, avant de se tourner vers la peinture. À 15 ans, elle entre à l’Académie de Bruxelles où, pendant un an, elle est l’élève de Constant Montald, le même qui jouera un rôle important dans la formation d’un René Magritte ou d’un Paul Delvaux. Cette collaboration est interrompue par la Grande Guerre. Avec sa famille, la jeune fille se réfugie en France, du côté de Viroflay, à quelques kilomètres de Paris, où son père médecin est fort sollicité. Elle suit alors des cours à l’Académie des Beaux-Arts de la capitale française (auprès de Ferdinand Humbert), fréquente les milieux artistiques et entame sa carrière artistique. Très tôt, elle a acquis une réelle maturité sans trop s’astreindre aux cours académiques qu’elle déteste. De retour au pays, elle installe son atelier à Rochehaut (1919), dont les paysages l’inspirent.
Le prix de Rome doit lui ouvrir l’esprit à l’art antique, mais son voyage en Italie (1923) lui fait surtout découvrir les couleurs dans la variété des paysages, des Alpes à la Campanie, en passant par les grandes cités du Nord ; elle y retournera à plusieurs reprises. En 1926, elle part à la découverte de la Grèce qu’elle visite de long en large. Elle est surtout impressionnée par la luminosité des montagnes, des villages, des étendues ; ses aquarelles en témoignent, ainsi qu’une suite de 25 poèmes (Chansons d’Evangelia, 1927). Ensuite, c’est en Irlande qu’elle décide de planter ses chevalets (1929). Terre natale de son arrière-grand-père paternel, l’Irlande lui offre également des atmosphères particulières, sauvages et mystérieuses. Ici aussi, ses pinceaux se partageront ses sensations avec sa plume : À la source d’Ara est une sorte d’épopée illustrée de 25 aquarelles (1932). Une dizaine de fois, l’artiste ardennaise retournera en Irlande malgré des conditions de vie et de voyage difficiles. Cela ne découragera jamais Marie Howet qui, au départ de Rochehaut ou de Vresse, effectuera encore de nombreux séjours en Bretagne, à Paris et aux Pays-Bas, et pas seulement pour s’occuper de l’accrochage de ses nombreuses expositions.
Peintre (la peinture est un mélange d’intuition et de connaissance, disait-elle), aquarelliste et dessinatrice, Marie Howet réalise portraits (souvent de personnalités très connues), figures et paysages, natures mortes et opulents jardins, ou encore des illustrations de livres. Son œuvre est tout à fait singulière, ne se rattache à aucune école même si son style – figuratif – s’apparente tantôt au fauvisme tantôt à l’expressionnisme ou à l’impressionnisme dans ses paysages et intérieurs de l’Ardenne, une autre de ses sources d’inspiration. « Je n’ai jamais pensé à donner une image de l’Ardenne, disait-elle. L’Ardenne me sert dans mon travail, parce que je la vois. Je ne cherche pas à savoir si c’est une image de l’Ardenne ou pas ».
Peignant pour son plaisir, M. Howet refuse à la fois de participer à des jurys de concours et d’assumer une fonction de professeur d’Académie qui aurait simplifié sa vie matérielle. Outre des poésies, elle publie encore des souvenirs de voyages, illustrés de dessins et d’aquarelles (Cathédrales de France, Trente jours en Hollande), des recueils de contes (Feu de bois, Le Mendiant de Saint-Ange), mais aussi les conseils et les encouragements qu’elle réservait aux peintres qu’elle guidait (Lettre ouverte à un jeune peintre 1955, Cahier d’Étude, Histoire naturelle d’une peinture). De manière originale, elle s’est attachée aux lieux où vivaient les écrivains et a rassemblé les toiles faites sur ce thème dans une exposition intitulée Cadres de vie des écrivains. C’est dans le même esprit qu’elle avait effectué un tour de France des cathédrales.

 GILQUIN Guy, Marie Howet, 1897-1984, Charleroi, IJD, 1989, coll. Nos Artistes
CASO Paul, Marie Howet, Bruxelles, 1956

Prix Conté 1928 du Salon d’Automne

H29C    Marie Howet (s.d.) – Coll. Institut Jules-Destrée.

Paul Delforge, octobre 2011