Joseph Jaspar

Liège 26/07/1823, Liège 9/04/1899

Ouvrier bijoutier, fabricant d’appareils de précision, Paul Jaspar a fait l’acquisition de son savoir-faire à l’occasion d’une forme de compagnonnage effectué en France. Loin de l’activité de son père (maître de chapelle à la cathédrale Saint-Paul), il se perfectionne dans la réalisation de pièces d’armurerie et d’appareils scientifiques destinés au laboratoire de physique de l’Université de Liège. C’est dans le domaine de l’électricité que sa passion va s’exprimer. Perfectionnant un procédé du physicien français Léon Foucault, il met au point un régulateur très simple qui lui permet de revendiquer la paternité de la première lampe à arc du pays (1849). Breveté en 1852, son appareil photo-électrique ne cessera d’être perfectionné et, en 1878, le « régulateur Jaspar » vaudra à son inventeur une quantité de récompenses.

Certains auteurs avancent que les liégeois Joseph Jaspar et Zénobe Gramme se seraient rencontrés à l’Exposition de Paris de 1878 et que c’est là qu’ils auraient convenu de réaliser des affaires ensemble. Après avoir mis au point la méthode d’éclairage, Joseph Jaspar va en effet bénéficier du soutien de l’inventeur de la dynamo et s’engager dans la fabrication de générateurs d’énergie plus fiables et performants que les anciennes générations. Dans les ateliers de la rue Jonfosse où, depuis 1856, il fabrique des machines de son invention, Jaspar va produire ces dynamos « nouvelle génération » de manière industrielle. Ici aussi, il apporte ses propres perfectionnements et, très vite, la demande en « dynamos Jaspar » nécessite l’accroissement de ses ateliers ; à la fin du siècle, devenue la SA Les Ateliers Jaspar (1895), sa société est une des plus importantes du pays wallon, comparable dans son évolution à ce que fait Julien Dulait dans la région de Charleroi.

Car, le dynamique Joseph Jaspar s’est aussi lancé le défi de concurrencer le monopole du gaz dans l’éclairage public. Vantant les mérites de la fée électricité, il obtient de plus en plus de commandes d’installations. Après les ateliers de Luttre de la Société des Chemins de fer belge (1882), c’est la gare des Guillemins qui est éclairée en 1884 par les dynamos et les lampes à arc de la société Jaspar, en même temps que la Grand Place de Bruxelles. Celui qui avait reproduit l’expérience du pendule de Foucault dans l’église Saint-André de Liège est l’exemple type de ces entrepreneurs et inventeurs wallons du XIXe siècle, habiles de leurs mains, prompts à assimiler et à exploiter l’information.

Après la mort du fondateur, la société Jaspar poursuivra ses activités sous la direction de deux de ses huit enfants. André en sera directeur et Paul – l’architecte – la présidera jusqu’au moment où les ACEC – constitués en 1904 à l’initiative du baron Empain autour de la société E&H de Dulait – deviennent actionnaires majoritaires (1910). Ayant cessé d’être familiale, la société qui se spécialisera dans la fabrication d’ascenseurs poursuivra ses activités jusqu’en 1977.

Victor-G. MARTINY, dans Nouvelle Biographie nationale, t. 3, p. 200

Alexis-Michel TERLINDEN et Jean-Pierre ZEHNLÉ, dans Nouvelle Biographie nationale, t. 9, p. 223-225

La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Histoire. Économies. Sociétés, t. II, p. 93

Robert Halleux, dans Freddy JORIS, Natalie ARCHAMBEAU (dir.), Wallonie. Atouts et références d’une région, Namur, 1995

Paul Delforge, décembre 2013