François Kelmin

Rambervilliers 19/02/1784, Trévoux 06/07/1855

Chimiste, François Kemlin est, avec Auguste Lelièvre, l’un des deux fondateurs de la cristallerie du Val Saint-Lambert. C’est à Vonêche, en province de Namur, que François Kemlin met d’abord ses compétences au service du maître verrier de l’époque, son oncle Aimé-Gabriel d’Artigues. Ensemble, ils contribuent à donner à Vonêche une dimension européenne, par l’importance qualitative et quantitative de la production. Sa présence à l’intérieur des frontières de l’empire français n’est pas étrangère à son développement.
Vers 1820, un autre Français, Auguste Lelièvre, s’initie aussi aux techniques traditionnelles et participe aux tentatives d’amélioration de la qualité du verre et du cristal produit à Vonêche. Mais d’Artigues qui détient des participations importantes dans les verreries de Saint-Louis-Lès-Bitche (1791), Vonêche (1802) et Baccarat (1816) s’épuise à la tâche et décide de vendre Baccarat (1823). Bien qu’il ait confié la direction de Vonêche au duo Kemlin-Lelièvre pendant qu’il est à Paris (Kemlin a été nommé directeur en 1816), d’Artigues refuse de vendre son joyau namurois qui reste l’une des plus belles cristalleries d’Europe.
Les deux collaborateurs décident alors de chercher fortune ailleurs. Rapidement, ils jettent leur dévolu sur une abbaye cistercienne abandonnée qui présente, par sa situation privilégiée, toutes les conditions requises pour y installer une manufacture de cristaux. Dès 1825, le Val Saint-Lambert est acheté, grâce au soutien d’un groupe financier, et aménagé par Auguste Lelièvre qui accompagne François Kemlin dans son entreprise. Ils sont aidés par une douzaine de verriers, transfuges de Vonêche. Un an plus tard, à peine le premier four était-il allumé (mai) que naissait la Société anonyme des Verreries et Établissements du Val-Saint-Lambert, comptant parmi ses actionnaires le roi Guillaume Ier d’Orange et surtout John Cockerill. Plus moderne et plus performante, la cristallerie serésienne s’impose sur de nombreux marchés et force la fermeture de Vonêche (1831). En 1836, la cristallerie est achetée par une filiale de la Société générale de Belgique. Au Val-Saint-Lambert, avec Lelièvre, Kemlin développe une action sociale par la construction d’habitations pour les ouvriers, la création d’une caisse d’épargne et d’une caisse de secours aux malades, ainsi que de cercles de musique et de dessin.
Directeur général de la cristallerie (1826-1838), Kemlin se lance dans un autre projet : en 1837-1838, il fonde la première glacerie du pays, dans les anciens bâtiments de l’abbaye d’Oignies, à Aiseau-Presles, avec la collaboration éphémère du chimiste français Clément Désormes. En 1840, il met sur pied, avec Lelièvre, la Société de Vedrin qui exploite une concession de mines de plomb, fond le métal et extrait la pyrite. Chercheur éminent, Kemlin a mis au point un nouveau procédé pour la fabrication de l'acide sulfurique par l'emploi immédiat de la pyrite. Chef d'industrie d'un dynamisme exceptionnel, il jette ainsi les bases de l’industrie chimique en Wallonie. Retiré des affaires vers 1842/1843, Kemlin se retirera en France.

Rosette CHONÉ, La circulation des idées et des hommes entre Meuse et Rhin, Metz, 2010
La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts – culture, t. II, p. 286-287 ; t. IV, p. 213
Musée des Beaux-Arts, Exposition Le romantisme au pays de Liège, Liège, 10 septembre-31 octobre 1955, Liège (G. Thone), s.d., p. 219
L’art du verre en Wallonie de 1802 à nos jours, Charleroi 1985
Léon DUBRUL, Deux français fondateurs d'industries belges : François Kemlin et Auguste Lelièvre, dans Revue du Conseil économique wallon, n° 24-25, Liège, 1957, p. 85-87
André SPINEUX, Vonêche, berceau de la cristallerie belge, dans Revue du Conseil économique wallon, n° 28,  Liège, 1957, p. 65-66
Joseph PHILIPPE, dans Biographie nationale, t. XLI, col. 457-460
Léon DUBRUL, dans Bulletin du Conseil économique wallon, n°24-25, janvier-avril 1957, p. 85-87

Paul Delforge, septembre 2012