Jean Libon

Antheit 17/09/1946

Producteur à la RTBf, Jean Libon a lancé, avec Marco Lamensch, un nouveau genre de documentaire en décortiquant la société dans le cadre du magazine Strip-Tease. Un genre, une griffe, Strip-Tease s’est imposé comme « l’émission qui vous déshabille », ainsi qu’avait l’habitude de le dire Martine Matagne dans le spot de présentation. Preuve du succès du genre, le trio André Bonzel – Remy Belvaux – Benoît Poelvoorde va s’en inspirer largement pour réaliser le film choc du début des années 1990 : C’est arrivé près de chez vous.
Étudiant de l’IAD en mai 1968, cameraman, Jean Libon n’entendait pas faire carrière dans le milieu cinématographique ; ce qui l’intéressait avant tout, c’était le genre documentaire. Engagé à la RTBf, il est l’assistant de Pierre Manuel et Jean-Jacques Péché pour les sujets destinés au magazine Faits divers. Dès cette époque, il propose une autre manière de percevoir le monde, en demandant aux images de s’exprimer sans avoir besoin du soutien de la voix. Après sept années de Faits divers, Libon rêve d’autres horizons, mais « l’école Mordant » est formatrice et quelques reportages originaux le retiennent à la RTBf, dans le cadre du magazine 9 Millions 9, puis À suivre ; si les sujets sont singuliers, le style reste cependant trop stéréotypé pour Jean Libon qui nourrit d’autres perspectives.
Avec Lamensch, Libon propose à sa direction un nouveau concept, celui de Strip-Tease. Autorisé à tourner quelques pilotes avec des techniciens à forte personnalité de la maison, le duo Libon-Lamensch diffuse ses premiers résultats en 1985. D’emblée, le public est séduit par ce style de documentaire sans commentaire, où l’image est saisie « comme au cinéma », uniquement avec le son direct, sans que les techniciens interfèrent sur les « acteurs », en l’occurrence « des gens ». Avec une série de réalisateurs de la trempe de Manu Bonmariage, Yves Hinant, Benoit Mariage, Philippe Dutilleul et André François notamment, Streap-Tease s’impose comme un ovni dans le paysage audiovisuel et, après vingt années de production, Jean Libon totalise 850 numéros promis assurément à un avenir pour les futurs sociologues et ethnologues. Ici, il ne s’agit absolument pas de « Téléréalité », mais de la réalité du quotidien à la télévision.
À partir de la saison 2002-2003, orphelin de Marco Lamensch (retraité), Streap-Tease se transforme en Tout çà (ne nous rendra pas le Congo) notamment pour des raisons très pratiques de réalisation ; le format a aussi changé, passant d’un 13 minutes à un 52 minutes, avec une narration forcément différente. Depuis 1992, les documentaires avaient aussi débordé les frontières du pays wallon, trouvant du côté français un terrain propice, à la fois pour les sujets et pour leur diffusion sur la chaîne France 3.
Sans « boite de production », Jean Libon travaille par conséquent en permanence entre Paris et Bruxelles. En octobre 2011, le second père fondateur de Streap-Tease passe la main à la jeune génération, sans garantie sur le mode de « rhabillage » de son concept. En janvier 2012, le Festival international de Programmes audiovisuels (FIPA) rend hommage au duo Libon-Lamensch en remettant aux deux hommes son EuroFipa d’honneur pour l’ensemble de leur carrière de producteur, « au service d’une télévision créative et impertinente ». En 2002, le Parlement de la Communauté française avait remis le Prix du Journalisme à l’ensemble de l’équipe Streap-Tease.

Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse, en particulier Télérama du 03/04/2008, entretien de Hubert Heyrendt, dans La Libre, 08/10/2011 ; Le Monde Culture, 03/07/2012
http://www.sonuma.be/archive/quelle-%C3%A9poque-jean-libon (s.v. décembre 2014)

Paul Delforge, décembre 2014