Jean-Joseph Merlin

Huy 6/09/1735, Londres 4/05/1803

Dans la « Bonne ville » de Huy, les Merlin sont connus comme des artisans du métal. Maître-serrurier, le grand-père de Jean-Joseph contribua notamment au dais en ferronnerie qui couvre la fontaine du Bassinia. Inscrit au « métier » de ses pères depuis son plus jeune âge, Jean-Joseph Merlin n’aura guère l’occasion d’exposer son art devant ses contemporains hutois. La famille semble en effet avoir migré vers Paris dans les années 1740, et c’est là que le jeune homme s’initie à l’horlogerie et à la mécanique fine. Ses essais de fabrication d’instruments de musique plaisent particulièrement à l’ambassadeur extraordinaire d’Espagne en Angleterre qui engage Merlin.

Installé à Londres, dès le mois de mai 1760, au service du comte de Fuentès, Merlin y jongle avec toute une série de mécanismes de précision et y crée des horloges, des balances fines, voire des automates musicaux. Après avoir mis au point « une rôtissoire hollandaise » (tournebroche activé par un ventilateur), il contribue à améliorer un modèle de chaise roulante connue sous le nom de « chaise Merlin ». Au-delà d’une balance de toute petite taille mais de très grande précision destinée à peser des pièces d’or, il met au point l’un des tout premiers pèse-personne. La liste est longue des créations aussi originales que farfelues, parfois.

Doté d’une imagination particulièrement fertile, J-J. Merlin va aussi inventer la toute première paire de patins à roulettes quand il fixe deux rouleaux en métal sous une plaque de bois. Les roues sont encore à ce moment alignées, sur le modèle des lames des patins à glace et ce n’est qu’au milieu du XIXe siècle que les patins sur essieux feront leur apparition. Si Merlin revendique la paternité de l’invention, il semble cependant qu’il se soit approprié ce que des Hollandais avaient créé avant lui. Doté d’un sens inné de la publicité et de l’autopromotion, le Hutois avait bien compris l’intérêt de confondre son patronyme avec celui du magicien anglais : enchanteur, le Merlin en avait fait l’enseigne de son musée-atelier de curiosités mécaniques qu’il avait établi à Londres.

P. BAUWENS, Jean Joseph Merlin, né à Huy, inventeur génial à Londres (1735-1803), dans Annales du Cercle hutois des Sciences et Beaux-Arts, t. 42, 1988

M. HAINE et N. MEEUS, Dictionnaire des facteurs d'instruments de musique en Wallonie et à Bruxelles du 9e siècle à nos jours, Liège, 1986

Exposition Merlin, Huy, septembre 1988

Paul Delforge, décembre 2013