Eugène Monseur

Liège 17/09/1860, Bruxelles 6/12/1912

À la fin du XIXe siècle, l’intérêt pour les traditions wallonnes connaît un renouveau. Langue, folklore, traditions figurent parmi les préoccupations d’Eugène Monseur, brillant philologue classique qui va être notamment à l’origine de réalisations aussi diverses que la Société du Folklore wallon, la revue Wallonia ou la Ligue belge des Droits de l’Homme.

Docteur en Philosophie et Lettres de l’Université de Liège (1884), Eugène Monseur ajoute un doctorat en Droit à sa formation (1885), afin de rencontrer la volonté paternelle de voir son fils devenir avocat, comme d’autres membres de la famille. L’histoire des religions, celles de l’Inde en particulier, l’attire cependant davantage que le Barreau de Liège. Formé au sanscrit, lauréat du concours des bourses de voyage, élève de l’École des Hautes Études de Paris (1886-1887), puis de l’Université de Berlin (1888), il est chargé d’une série de cours à l’Université libre de Bruxelles à partir de 1888. Professeur extraordinaire (1890-1900), professeur ordinaire (1900-1912), il mène de front de solides recherches dans des domaines variés (sa bibliographie scientifique en témoigne), tout en s’investissant dans des questions de société. De manière un peu étonnante, c’est son intérêt pour l’histoire des origines indo-européennes qui le conduit à plaider en faveur de mesures urgentes pour la conservation des traditions et croyances du peuple wallon.

En décembre 1889, Eugène Monseur est parmi les principaux fondateurs de la Société du Folklore wallon, à côté de Maurice Wilmotte et d’Auguste Stécher. Dès 1891, il édite un Questionnaire du folklore wallon qui, à la suite des nombreuses réponses reçues, sera refondu par lui en 1892 sous le titre Le folklore wallon pour la Bibliothèque belge des connaissances modernes. Curieux des superstitions et des mœurs du pays wallon, il contribue presque entièrement à la parution du Bulletin de Folklore (1891). Partisan d’en faire une revue scientifique, il n’est pas suivi par les membres de la Société qui préfèrent mettre l’accent sur la vulgarisation et disposer d’une publication paraissant à un rythme plus rapide. C’est ainsi que naît Wallonia, en décembre 1892, Recueil mensuel de littérature orale, croyance et usages traditionnels, à l’initiative d’Oscar Colson, collaborateur de Monseur, ainsi que de Georges Willame et Joseph Defrecheux. Wallonia n’empêche pas Monseur de poursuivre le Bulletin de Folklore, dont les 13 fascicules sont les seuls, à cette époque, à s’intéresser de manière rigoureuse au folklore.

Auteur d’articles de réflexion critique sur la question de l’enseignement supérieur, Eugène Monseur anime le débat idéologique sur la chahutée question scolaire. Favorable à une réforme profonde de l’orthographe française, Eugène Monseur prend aussi parti dans la question de l’orthographe wallonne (L’orthographe walone (sic), Liège, 1896) et s’intéresse à l’idée d’adopter une langue internationale artificielle qui ne serait pas l’espéranto. Membre du Comité Francisco Ferrer (1909), Monseur est présenté par Georges Lorand « comme le véritable créateur de la Ligue des droits de l’homme, (…) il en a été l’âme, même s’il n’a voulu en être que le vice-président » (Despy). Dans la foulée de la ligue française née de l’Affaire Dreyfus, cette « Ligue belge des Droits de l’Homme » est en effet née en mai 1901, à l’initiative d’un homme aussi discret que déterminé.

Andrée DESPY-MEYER, dans Encyclopédie du Mouvement wallon, Charleroi, Institut Destrée, 2001, t. II, p. 1114-1115

Andrée DESPY-MEYER, dans Nouvelle Biographie nationale, t. 1, p. 274-277

Histoire de la Wallonie (L. GENICOT dir.), Toulouse, 1973, p. 340

La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. III, p. 240 ; t. IV, p. 386-388

Paul Delforge, décembre 2013