Gautier Morberius

né Walter MORBIERS

Lieu et date de naissance inconnus avec précision, Liège 03/1595

Traditionnellement, on accorde à Gutenberg de Mayence la paternité de l’imprimerie et les historiens retiennent le début des années 1450 comme date du premier livre imprimé. Cette révolution gagne l’Europe, l’Italie et la France d’abord, l’Espagne et les provinces du nord ensuite. Les villes brabançonnes (Louvain et Bruxelles) et flamandes accueillent leur premier imprimeur sous le long règne de Charles Quint, tandis que le pays wallon attend 1558, année où des lettres de patentes sont accordées à Liège à Gautier Morberius. À de nombreuses reprises, les spécialistes se sont efforcés de trouver une date antérieure et un précurseur autre que Morberius ou que Guillaume Le Roy parti s’installer à Lyon, mais les événements de 1466 et 1468 (pillage, incendie et destruction de Dinant puis de Liège par les Bourguignons) ont laissé des traces, tandis que ni le Hainaut ni Tournai ne font figure de précurseurs.

Peut-être né à Saint-Trond, alors en principauté de Liège, Walter Morbiers a d’abord exercé son art à Anvers, où les imprimeries sont nombreuses ; c’est là qu’en 1555, le prince-évêque l’invite à rejoindre les bords de la Meuse. Trois ans plus tard, il est reconnu comme le « premier imprimeur juré de la cité », où il s’établit durablement, puisqu’il y mourra à la fin du siècle.

Typographe et littérateur, adoptant le nom de Gautier Morberius, il donne satisfaction aux princes-évêques qui se succèdent, puisqu’il s’abstient de publier le moindre texte qui contreviendrait à la religion catholique et se soumet à la censure. Datant de 1560/61, le Breviarum in usum venerabilis ecclesiae collegiatae sancti Pauli Leodiensis constitue sa première impression incontestée. De nombreuses autres suivront témoignant à la fois de ses qualités de typographe et d’une grande culture personnelle. Empruntant inévitablement à Plantin, Morberius s’aligne résolument sur la mode française. « Du point de vue technique et esthétique, l’imprimeur s’inspire du classicisme de Garamond et, par instants, du maniérisme du Lyonnais Granjon, dont le caractère de civilité eut tant de succès à Anvers. Mais il manifeste une prédilection marquée pour l’italique dont il emprunte, une fois de plus, la variante, allègre et légère, à Garamond » (Chestret).

Baron DE CHESTRET DE HANEFFE, dans Biographie nationale, t. XV, col. 235-237

Jacques STIENNON, dans La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. II, p. 12-15

Paul Delforge, décembre 2013