Octave Pirmez

Châtelet 19/04/1832, Acoz 30/04/ou 01/05/1883

Développant une écriture centrée sur sa personne, sa vie sentimentale et une profonde mélancolie, l’écrivain Octave Pirmez se livre à une forte introspection psychologique et apparaît, aux yeux de certains critiques, comme le parangon de l’écrivain wallon. À l’inverse, d’autres considèrent que l’œuvre de « ce dandy désuet » ne mérite pas de survivre (Piron). La lecture de son œuvre offre tous les éléments de sa biographie. Mais si ses Jours de solitude (1869) ont fait l’objet d’un excellent accueil, Pirmez qui reste sous l’influence du romantisme se confinera dans le confidentiel. Quant au système philosophique qu’il construit à travers Les feuillées et Heures de philosophie, il ne parviendra pas à trouver d’émules ; Marguerite Yourcenar n’y verra d’ailleurs qu’un « insupportable bourdonnement des lieux communs ».
Cultivant pour la chasse la même passion que son père, profitant d’une jeunesse oisive tournée vers la découverte de la nature, le jeune Pirmez n’apprécie de sa brève formation scolaire que les rares leçons de musique. Déjà, il préfère interpréter seul son répertoire plutôt que devant un auditoire, et ses parents, aisés, lui procurent les services d’un précepteur plutôt que de lui imposer la fréquentation de condisciples. Il ne s’attarde pas non plus à l’Université libre de Bruxelles, préférant entreprendre une série de voyages en Ardenne, en France, en Allemagne et en Italie qui inspireront les belles pages de ses Jours de solitude. Mais la romantique vallée d’Acoz satisfera largement ses goûts et son inspiration : Les feuillées, pensées et maximes (1861), Jours de solitude (1869) et Heures de philosophie (1873), Remo. Souvenir d’un frère (1881) et ses nombreuses lettres à José de Coppin (Lettres à José, 1881) sont écrites à l’ombre de la tour d’Acoz. Acquis par sa mère en 1856, le château d’Acoz est entièrement restauré (1859) et sera le lieu de résidence de l’écrivain.
Cet éloignement du monde se marque aussi dans ses choix littéraires. Si Montaigne, J-J. Rousseau et surtout Pascal ont retenu son attention, il ignore volontiers tous les autres écrivains. Très sélectif, tourné vers la nature et le divin, austère et contemplatif, amoureux de la solitude, chantre de l’intime, l’écrivain Octave Pirmez ne sera véritablement découvert que bien longtemps après sa disparition. Seule La Jeune Belgique rend très tôt hommage à l’écrivain romantique attardé en pleine époque réaliste.

Maurice WILMOTTE, dans Biographie nationale, t. 17, col. 622-637
Maurice PIRON, Les lettres wallonnes dans la Littérature française, Paris, Larousse, 1969, t. II p. 372
Marguerite YOURCENAR, Souvenirs pieux, Paris, 1973
La Vie wallonne, 15 novembre 1922, XXVII, p. 110 et ssv. ; 15 août 1924, XLVIII, p. 481-495 ; 15 septembre 1924, XLIX, p. 14 et ssv. ; 15 novembre 1924, LI, p. 93-106 ; 15 décembre 1924, LII, p. 133-152 ; mars 1931, CXXVII, p. 323-327 ; 1963, I, p. 73
Histoire de la Wallonie (L. GENICOT dir.), Toulouse, 1973, p. 399
Joseph HANSE, dans La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. II, p. 384-385
http://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:tSKUttIxxQAJ:www.la...
Cécile VANDERPELEN-DIAGRE, Des hommes d’élite ? L’identification des écrivains à une classe sociale en reconstruction (Belgique, XIXe siècle), Contextes 8, 2011, http://contextes.revues.org/4717 (s.v. octobre 2014)

Paul Delforge, décembre 2014