Ferdinand Puissant

Charleroi 08/03/1785, Charleroi 27/03/1833

Originaire du pays de Liège, la famille des Puissant – initialement nommé Pouchant – a fait souche dans l’Entre-Sambre-et-Meuse à la fin du XVIIe siècle. Spécialisés dans le travail du fer, les « puissants Pouchant » disposent de plusieurs forges, hauts-fourneaux, makas, fenderies disposés à proximité de forêt et de rivière fournissant l’énergie et d’exploitation de minerais ; verriers, ils sont aussi patrons de houillères. Après les Desandrouin, les Puissant forment l’une des grandes familles bourgeoises du pays de Charleroi à l’entame du XIXe siècle.

Devenu orphelin très jeune, Ferdinand Puissant est un membre de la branche de Marchienne-au-Pont qui se retrouve rapidement à la tête de plusieurs exploitations métallurgiques, tant à Gougnies qu’à Morialmé, à Biesme et autour de Charleroi. Marié en 1812 à Adelaïde Licot de Nismes, la fille d’un maître de forge du pays de Chimay, et par conséquent beau-frère d’Eugénie Licot-Bauchau, Ferdinand Puissant a conscience que ses affaires n’ont pas d’avenir s’il ne modifie pas profondément les méthodes traditionnelles. Le bourdonnement qui emplit le bassin de Liège le convainc de faire appel aux connaissances techniques de mécaniciens anglais. La rencontre entre Puissant et Thomas Bonehill est décisive. Plutôt que de moderniser l’usine de Gougnies, l’Anglais convainc Ferdinand Puissant d’investir dans un nouvel outil, mieux implanté. Quittant le site familial pour Marchienne-au-Pont, Puissant fait confiance à Bonehill et, ensemble, ils construisent un laminoir moderne à proximité d’une grande voie d’eau et surtout d’un site charbonnier. Dès leur mise en route en 1832, les Forges de la Providence à « Marchiennes » (aujourd’hui Marchienne-au-Pont) constituent l’une des installations les plus perfectionnées et rentables du moment, capables de produire annuellement 6.500 tonnes de produits finis. Ferdinand Puissant n’aura guère l’occasion d’apprécier le succès de son investissement. Il meurt en 1833 et sa veuve, Adélaïde Licot, reprend les affaires. En 1835, elle fonde avec le technicien anglais la société en nom collectif Veuve F. Puissant d’Agimont & Thomas Bonehill ; trois ans plus tard, les enfants Puissant, Edmond et Jules, agissant au nom de l’association E. Puissant frères &sœurs conviennent avec le même Bonehill de fonder la SA des Laminoirs, Hauts Fourneaux, Forges, Fonderies et Usines de la Providence (1838). Il y a désormais du côté de Charleroi une contribution à la révolution industrielle wallonne comparable à ce que John Cockerill avait réussi à réaliser du côté de Liège.
Personnalité marquante du pays de Charleroi, Ferdinand Puissant s’était fait construire un imposant château où, dit-on, Napoléon aurait dormi au soir de la bataille de Waterloo. Sous le régime « hollandais », Ferdinand Puissant devient bourgmestre de Charleroi en 1817-1818, avant d’être membre du Conseil de régence de Charleroi (1820-1823), puis de devenir à nouveau bourgmestre de 1824 jusqu’à la révolution de septembre 1830. Membre de la Chambre de Commerce de Charleroi (1827), Puissant est aussi l’un des députés de Charleroi aux États provinciaux du Hainaut toujours sous le régime hollandais. Anobli en 1829 par Guillaume d’Orange, il est autorisé à prolonger son patronyme des mentions « d’Agimont, de Heer et de Herlette ». Après la révolution de 1830, Ferdinand Puissant est élu sénateur de Charleroi, mandat qu’il exerce jusqu’à son décès (29 août 1831-27 mars 1833).

Ginette KURGAN, Serge JAUMAIN, Valérie MONTENS, Dictionnaire des patrons en Belgique, Bruxelles, 1996, p. 519-521

Jean-François POTELLE (dir.), Les Wallons à l’étranger, hier et aujourd’hui, Charleroi, Institut Destrée, 2000

La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Histoire. Économies. Sociétés, t. II, p. 35

Adriaan LINTERS, industria. Architecture industrielle en Belgique, Liège, Mardaga, 1986, p. 31

Histoire de la Wallonie (L. GENICOT dir.), Toulouse, 1973, p. 375

Hervé DOUXCHAMPS, La Famille Bauchau, vol. II, Bruxelles, 2003, Recueil de l’Office généalogique et héraldique de Belgique, t. LIII, p. 635-640

Georges DEREINE, Les Puissant de Marchienne-au-Pont et de Charleroi, maîtres de forges (1649-1838), Namur, 1999

Libre-sur-Sambre. Charleroi sous les révolutions 1789-1799, Bruxelles, Crédit communal, 1989, p. 16

Jean-Luc DE PAEPE, Christiane RAINDORF-GÉRARD (dir.), Le Parlement belge 1831-1894. Données biographiques, Bruxelles, 1996, p. 475

Bourgmestre de Charleroi (1817-1818, 1824-1830)
Député aux États provinciaux du Hainaut
Sénateur (1831-1833)

Paul Delforge, décembre 2013