Walthère Spring

Liège 06/03/1848, Tilff 17/07/1911

Fils de l’éminent professeur Antoine Spring, ce Bavarois appelé en 1839 pour développer la physiologie avant de passer à la clinique médicale de la faculté de Médecine de l’Université de Liège, Walthère s’écarte résolument de la voie paternelle. Fâché avec les auteurs classiques, il rate sa rhéto. Conseillé par J-S. Stas, il entre comme ouvrier dans une armurerie et se révèle un artisan habile dans cet atelier où il approfondit aussi l’apprentissage du wallon liégeois qu’il pratique depuis l’école primaire. Ayant finalement passé l’obstacle de la rhéto, il va décrocher brillamment son diplôme d’ingénieur civil à l’École des Mines (1871), avant d’accomplir un stage fructueux à Bonn, auprès du chimiste Kékulé et du physicien Rudolph Clausius, entre 1871 et 1875.
Soutenu par des aides de l’État obtenues par Trasenster et s’appuyant sur sa capacité à fabriquer les instruments dont il a besoin, Walthère Spring mène des recherches sur la genèse des roches et démontre la diffusion des atomes à l'état solide, ainsi que le rôle de la pression et de l'eau dans les réactions chimiques. Par ses travaux et découvertes, il donne une impulsion majeure à la recherche en sciences chimiques au sein de l’Université de Liège : à partir de 1877, il enseigne la chimie organique et, dès 1880, la chimie minérale, sa spécialité. Les applications qui découlent de ses expériences pour l’industrie régionale seront-elles aussi de grande importance.
Expérimentateur doué, Spring a notamment résolu la question de la couleur propre de l'eau. Par divers instruments et techniques propres, il démontra que « l'eau est bleue par elle-même, et que ses variations de teinte, du vert au brun, résultent de la présence de suspensions, ou de matières dissoutes colorées ». Dès la fin du XIXe siècle, ce savant original avait attiré l’attention sur une tout autre problématique, à savoir les limites des ressources minières qui assuraient la prospérité wallonne. Par conséquent, il invitait à développer de nouveaux procédés inspirés des arts chimiques et des arts mécaniques. Persuadé de la nécessité de donner une formation scientifique aux ingénieurs, il fait ouvrir, en 1893, la faculté technique, avec la création d'un grade d'ingénieur chimiste. Il se démène pour faire émerger un Institut de Chimie générale, sous la forme de nouveaux bâtiments modernes, équipés et adaptés aux besoins de l’enseignement et de l’expérimentation au sein de l’Université de Liège ; cet Institut porta son nom de 1890 à 1996, mais dans les années ’60 la chimie « monta » au Sart Tilman et, depuis la fin des années 1990, les « lettres » ont remplacé la chimie. Correspondant de la Classe des Sciences de l'Académie royale de Belgique (1877), membre titulaire (1884), Walthère Spring accéda à la présidence de l'Académie en 1899.

Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
Robert HALLEUX, dans Freddy JORIS, Natalie ARCHAMBEAU (dir.), Wallonie. Atouts et références d’une région, Namur, 2005
La Wallonie. Le Pays et les Hommes. Lettres - arts - culture, t. IV, p. 11, 17-18, 259
J. TIMMERMANS, dans Biographie nationale, t. XXXII, col. 675-678
Gabriel HAMOIR, Naissance et survie de l’Institut Walthère Spring, Liège, (1997)

Paul Delforge, septembre 2012