Yvonne Vieslet

Monceau-sur-Sambre 8/06/1908, Marchienne-au-Pont 12/10/1918

Le nom d’Yvonne Vieslet est associé à un épisode dramatique de la Grande Guerre dans le pays de Charleroi. Après avoir survécu aux privations et aux souffrances des quatre années de guerre, Yvonne Vieslet est une petite fille de dix ans qui, en toute innocence, est victime de la folie meurtrière des « grands ». En octobre 1918, les soldats allemands sont en pleine débandade. La fin de la guerre est proche et des convois refluent vers l’Allemagne. Néanmoins, tout espoir n’est pas perdu pour la soldatesque teutonne qui achemine avec elle des prisonniers de guerre français. Protégé de barbelés et de grillages, un camp de passage est aménagé à Marchienne-au-Pont, à hauteur du cercle Saint-Édouard. Après la distribution matinale habituelle de couques et de pains aux élèves de l’entité grâce à l’intervention du Comité de Secours local, la petite fille accompagne sa maman à Marchienne où travaille son père. Elle se retrouve à proximité du camp des prisonniers et est émue par leur état. Bien que cela soit interdit, elle tend sa couque à un détenu et la sentinelle allemande de faction tire dans sa direction, la touchant mortellement. Le drame fait rapidement le tour du village et du pays de Charleroi, confortant l’animosité et l’exaspération à l’égard de ceux qui occupent le territoire depuis quatre ans.

De l’événement, de très nombreuses versions existent, multipliant les détails, précisions et références à connotations philosophiques ou nationalistes. L’événement ne laisse personne indifférent et prend une dimension internationale. À titre posthume, le président français Raymond Poincaré décernera la médaille de la Reconnaissance française en argent (1919). Les écrits se multiplient (poèmes ou récits), apportant toujours davantage de précisions... Une médaille commémorative est frappée ; des milliers de photographies de la petite victime sont vendues ; les autorités communales de Marchienne-au-Pont et de Monceau-sur-Sambre attribuent à une rue le nom d’Yvonne Vieslet et une souscription publique contribue à l’élévation d’un premier monument, rue de Châtelet, à Marchienne-au-Pont, à l’endroit même où la petite fille a été tuée. Dès 1919, une plaque commémorative a été apposée dans la cour de l’école de Monceau-sur-Sambre. En 1956, un second monument verra le jour, à Monceau, devant l’école fréquentée par la petite Vieslet. Quant à l’Athénée de Marchienne-au-Pont, il porte aussi son nom.

L’émotion provoquée par la mort violente de la petite Yvonne a-t-elle masqué la réalité des événements ? Dans un ouvrage publié en 1984, Claude Daubanton s’appuie sur le témoignage d’un témoin pour donner une version différente des faits qui se sont déroulés le 12 octobre 1918. Il y avait bien des soldats français retenus prisonniers dans la cour du Cercle Saint-Édouard, à Marchienne. Depuis la rue, les passants observaient la tension manifeste qui opposait les prisonniers épuisés et les Allemands en déroute, chacun éprouvant les mêmes difficultés pour se nourrir. Un quignon de pain jeté depuis la rue atterrit dans la cour et sème le trouble entre détenus et geôliers. La sentinelle allemande qui repousse violemment un prisonnier français est prise à partie verbalement par les Carolorégiens. Sentant la tension monter, un soldat tire pour disperser la foule et la balle atteint mortellement la jeune Vieslet.

Centre d’archives privées de Wallonie, Institut Destrée, Revues de Presse
Louis GOFFIN, Yvonne Vieslet, Monceau-sur-Sambre, Collet, 1956
http://www.bel-memorial.org/cities/hainaut/marchienne-au-pont/marchienne-au-pont_monument_yvonne_vieslet.htm
Claude DAUBANTON, Royale Feuille d’Etain de Marchienne-au-Pont, Marchienne-au-Pont, 1984

 

 

Paul Delforge, septembre 2012