Jules Vieujant

Nivelles 23/10/1842, Ixelles 07/11/1911

Ayant grandi à Nivelles, dans une famille où le père est commerçant et la mère couturière, Jules Vieujant accomplit ses humanités au collège communal de la cité des Aclots, avant de passer trois années à l’École normale de Liège. Son diplôme lui ouvre les portes de l’Athénée de Tournai, comme surveillant d’abord, professeur ensuite. En 1865, il délivre ses cours de latin et de français à l’Athénée de Mons. Promis à une belle carrière dans l’enseignement, Jules Vieujant y renonce définitivement en 1871. Depuis son mariage avec Célina Delhaize, en 1868, il est sollicité par son beau-frère, Jules, qui veut l’impliquer dans un projet ambitieux, reposant sur une idée simple : disposer d’une forte puissance d’achat de produits alimentaires à partir d’un dépôt central permet d’éliminer les intermédiaires (trop nombreux) et distribuer ces denrées à un prix attractif, avec une marge bénéficiaire intéressante, dans des succursales aux caractéristiques de vente et de présentation similaires.

Responsable de succursales à La Louvière et à Mons, Jules Vieujant s’engage dans la création d’une première société, en 1871, avec plusieurs de ses beaux-frères. En 1874, lorsque l’un d’eux, Adolphe, décide de voler de ses propres ailes, Jules Vieujant s’associe avec Jules et Édouard Delhaize pour former une nouvelle société et devient, par conséquent, l’un des trois principaux fondateurs du futur groupe multinational Delhaize Le Lion. L’ancien professeur de lettres devient l’homme des chiffres, assurant la comptabilité et le service administratif au siège central qui s’installe définitivement rue d’Osseghem, à Molenbeek en 1883.

En 1875, 21 vitrines « Au bon marché » sont implantées, principalement en pays wallon ; elles arborent désormais le sigle du « Lion » et la devise « L’Union fait la force ». Le nom du distributeur s’accroche aussi à certains produits-maison puisqu’à partir de 1893 et à l’initiative de Vieujant, sortent des articles diversifiés (chocolat, bonbon, savons, etc.) de la marque « Delhaize ».

En l’absence de descendant direct au décès de Jules Delhaize (1898), Jules Vieujant partage la direction de la société familiale avec la veuve d’Édouard Delhaize, décédé depuis 1888. Ensemble, ils transforment l’entreprise en SA Établissements Delhaize Frères et Cie. Le Lion (1907), dont Vieujant préside le Conseil d’administration, et qui comptera près de 750 succursales à la veille de la Grande Guerre. Les descendants de Vieujant et de la veuve Éd. Delhaize – notamment Louis Vieujeant (1872-1948) et Jules Delhaize (1872-1928) actifs dès 1907 – se partageront la direction du « Groupe Delhaize » jusqu’en 2013, année où, pour la première fois, l’administrateur délégué est recruté en dehors du cercle familial, après le départ de Pierre-Olivier Beckers-Vieujant. Fils du couple formé par Guy Beckers et Denise Vieujant, celui-ci est l’arrière-petit-fils de Jules Vieujant.

Serge JAUMAIN, dans Ginette KURGAN, Serge JAUMAIN, Valérie MONTENS, Dictionnaire des patrons en Belgique, Bruxelles, 1996, p. 646-647 et 190-191

Emmanuel COLLET, Pierre DUMONT, Jacques WITMEUR, Delhaize « Le Lion » : épiciers depuis 1867, Bruxelles, Racine-Groupe Delhaize, 2003

Nicolas COUPAIN, Serge JAUMAIN, Ginette KURGAN-VAN HENTENRYK, La distribution en Belgique : Trente ans de mutations, Bruxelles, Racine, 2005

Paul Delforge, décembre 2013