Eugène Ysaÿe

Liège 16/07/1858, Bruxelles 12/05/1931

Dans la lignée des virtuoses wallons, le nom d’Eugène Ysaÿe s’inscrit en lettres d’or à la suite des François Prume, Guillaume Lekeu et autre Henri Vieuxtemps. Véritable étoile internationale, Ysaÿe a marqué sa génération. « Maître de Chapelle de la Cour de Belgique », il a créé et donné son nom à un concours de très grande réputation, le Concours Ysaÿe (1937), qui deviendra par la suite le Concours musical international reine Elisabeth (1951).
Entré au Conservatoire de Liège à l’âge de 7 ans, il en est chassé quatre ans plus tard en raison des critiques de son père (musicien lui-même) envers l’enseignement qui y est dispensé. Par hasard, Vieuxtemps croise la route du jeune Eugène Ysaÿe et est impressionné par son talent. Le maître verviétois obtient sa réintégration au Conservatoire, dans la classe de Rodolphe Massart. Premier Prix au Conservatoire de Liège (1873), Ysaÿe est désormais sous l’aile tutélaire de Vieuxtemps qui lui octroie une bourse et lui permet ainsi de suivre les leçons du Polonais Wieniawski, soliste à la cour de St-Pétersbourg et remplaçant de Vieuxtemps à l’Académie de Bruxelles, avant de le faire venir à Paris, sous sa direction (1877). Accueilli ensuite à Cologne, Ysaÿe devient premier violon à Berlin (1880), où viennent l’écouter Franz Litz et Arthur Rubinstein. Moscou, Oslo accueillent ensuite le prodige pour lequel écrivent spécialement les plus grands (Debussy, Saint-Saëns, Fauré…). Continuateur de Vieuxtemps, Ysaÿe, devenu à son tour célèbre, conservera l’esprit de son maître, défendra et imposera la musique de ses amis et des jeunes qu’il aura, à son tour, reconnus (notamment comme professeur au Conservatoire de Bruxelles de 1886 à 1898). Il exerce ainsi une influence déterminante sur la musique de son temps en Wallonie.
Organisateur du Quatuor à cordes Ysaÿe (1894), créateur des Concerts Ysaÿe (1895-1914), de la Société de Concerts symphoniques, il parcourt l’Europe et l’Amérique à partir de 1883 ; il donne cent concerts par saison, comme chef d’orchestre et violoniste virtuose ; directeur musical de l’Orchestre symphonique de Cincinnati (1918-1921), Ysaÿe reste constamment en contact avec sa ville natale, ainsi qu’avec Bruxelles (où il professe 12 ans au Conservatoire), et passe régulièrement du temps dans sa maison de campagne à Godinne-sur-Meuse (La Chanterelle). Véritable étoile internationale, ses partenaires s’appellent Rachmaninov, Rubinstein, Clara Haskil, Pablo Casals ; il interprète Bach et Beethoven, mais aussi des compositeurs français de l’école franckiste, ainsi que Grétry, Lekeu, Vieuxtemps, Jongen, Vreuls et Théo Ysaÿe. Les critiques qui saluent le son de son archet sont dithyrambiques. Il crée les œuvres les plus représentatives de son temps ; il écrit de nombreuses pièces pour violon mais ce sont surtout ses Six Sonates pour violon seul qui constituent « le chef-d’œuvre d’un homme à la fin de son automne, qui sait tout sur le violon et qui en renouvelle la technique en même temps que l’expressivité » (J-J. Servais).
Des problèmes de santé mettent un terme à la carrière de concertiste, mais l’enseignant et le compositeur restent actifs. Une jeune élève américaine de 45 ans sa cadette qu’il a épousée en secondes noces le pousse à réaliser un projet qui lui tient particulièrement à cœur : la composition d’un opéra inspiré d’un incident tragique auquel il a assisté dans sa jeunesse lors de violentes grèves à Liège. Une femme avait été tuée en tentant d’éloigner une bombe placée par son mari sous la fenêtre du patron. L’opéra Pier li Houyeu, dont le livret est en wallon, est créé au Théâtre royal de Liège le 4 mars 1931 ; Ysaÿe très diminué entend sa retransmission à la radio ; très peu de temps après, se brise définitivement la corde de son violon.

José QUITIN, Biographie nationale, t. 33, col. 763-778
La Wallonie. Le Pays et les hommes (Arts, Lettres, Cultures), Bruxelles, t. III
La Wallonie. Le Pays et les hommes (Arts, Lettres, Cultures), Bruxelles, t. IV
Paul DELFORGE, Cent Wallons du Siècle, 1995

Six sonates pour violon, op. 27 dédiées à de grands violonistes et composées selon leur style (Joseph Szigeti S1, Jacques Thibaud S2, Georges Enesco S3, Fritz Kreisler S4, Mathieu Crickboom S5, Manuel Quiroga S6)
10 préludes (études) pour violon seul, op. posth.
Sonate à 2 violons (dédiée à la Reine Élisabeth)
Sonate pour violoncelle seul, op. 28

Poème élégiaque, op. 12 (Roméo & Juliette) pour violon et orchestre
Scène au rouet, op. 13 pour violon et orchestre
Chant d'hiver, op. 15 pour violon et orchestre
Poème de l'Extase, op. 21 pour violon et orchestre
Poème de l'amitié, op. 26 pour 2 violons et orchestre
Poème Nocturne, op. 29 pour violon, violoncelle et orchestre
Harmonie du soir, op. 31 pour quatuor solo et orchestre à cordes
Exil !, op. 25 pour orchestre à cordes sans basses
Fantaisie pour violon et orchestre, op. 43,
Divertimento, op. 24

Piére li houyeû, Opéra en wallon, 1931

 

Paul Delforge, octobre 2011